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Les multiples visages du Campus numérique francophone

jeudi 24 juillet 2003

D’aucuns se demandent, peut-être, où en est l’Université virtuelle et l’introduction des Nouvelles technologies dans l’enseignement supérieur sénégalais. Des projets ont été présentés, qui ont peut-être fait croire à une révolution rapide dans l’éducation. Force est de reconnaître cependant quelques années plus tard que, dans ce secteur, les progressions sont souvent plus lentes que prévu et que l’implémentation des Nouvelles technologies au cœur des enseignements universitaires demeure une œuvre, comme on dit couramment, de longue haleine. L’expérience du Campus numérique de Dakar montre qu’il y a pourtant des motifs de satisfaction et des raisons d’espérer.

Parmi les projets d’éducation virtuelle et d’utilisation des Nouvelles technologies dans l’enseignement supérieur, il y a, depuis quelques années, celui de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF), intitulé aujourd’hui Campus numérique francophone (CNF) [1]. Le Conseil national d’orientation du campus de Dakar a tenu, le jeudi 10 juillet 2003, sa réunion annuelle. À cette occasion, la quarantaine de participants a pu prendre acte et discuter du bilan et des perspectives. C’était sous la présidence de Bonaventure Mvé-Ondo, directeur du Bureau Afrique de l’Ouest de l’AUF, Momar Dieng, directeur de l’Enseignement supérieur, Abdou Salam Sall, nouveau recteur de l’université Cheikh Anta Diop (UCAD) et Ndiawar Sarr, recteur de l’université Gaston Berger (UGB). Les participants venaient du Collège universitaire, de la Coopération, de structures techniques. Il y avait aussi des utilisateurs et des spécialistes de l’enseignement.

On peut sans doute affirmer, aujourd’hui, pour reprendre la conclusion de M. Mvé-Ondo, que " le Campus numérique francophone de Dakar a pris sa vitesse de croisière ". Selon son recteur, Richard Aubry (qui va d’ailleurs rejoindre sa nouvelle affectation au Gabon), le CNF est aujourd’hui un fournisseur d’accès plein avec des installations techniques entièrement achevées pour un coût compris entre 35 et 40 millions de FCFA. Il a fallu quand même deux ans pour arriver à un tel résultat, souligne, M. Aubry. Cependant, souligne-t-il, en tant que fournisseur d’accès, le CNF reste " fiable " parce que disposant d’un matériel performant, notamment d’"onduleurs intelligents" qui assurent sans faille, et dans la plus grande sécurité pour les machines et les données, la continuité de service en cas de panne du circuit électrique.

Par ailleurs, a révélé M. Aubry, le parc informatique du CNF va être rénové. Soixante-quatre machines attendent d’être installées pour remplacer les anciennes machines qui montrent aujourd’hui leurs limites et dont seules quelques PC seront conservés.

ESPRIT DE PARTENARIAT

Les multiples activités du Campus numérique tournent autour des formations et des services proposés. Présentées par le directeur des Formations, Olivier Sagna, les formations se déclinent en formations qualifiantes présidentielles, formations diplômantes à distance, formation de formateurs, formations à l’Internet et à la bureautique, et outils d’auto-formation.

Le CNF forme aux Nouvelles technologies des enseignants et des chercheurs et même de plus en plus d’étudiants, voire de nouveaux bacheliers dont une centaine ont été formés avant leur entrée dans les facultés. M. Sagna reconnaît cependant qu’il n’y a pas eu "assez de formations qui prennent en charge les collègues de l’université", avis qui semble confirmé par la "doléance" du doyen de la Faculté des Lettres et Sciences humaines qui estimait que son département était un peu le parent pauvre du Campus numérique. En conclusion, M. Sagna déclare vouloir "prendre son bâton de pèlerin", sans doute pour mieux vendre ses différentes offres de formations présidentielles qui peuvent aussi, d’ailleurs, se faire à la carte.

Pour les formations à distance, divers programmes sont proposés, parmi lesquels le DESS UTICEF (utilisation des TIC pour l’éducation et la formation), un cursus d’une année débouchant sur un diplôme de 3e cycle délivré par l’Université française Louis Pasteur. En 2002/2003, deux Sénégalais étaient inscrits à cette formation.

De nouvelles formations diplômantes à distance sont approuvées, comme celles sur le droit de l’environnement (DUDE, 3e cycle, diplôme de l’université de Limoges), sur les droits fondamentaux (DUDF, 3e cycle, diplôme de l’université de Nantes), sur l’éthique des droits de l’homme (DUEDH, 2e cycle, université de Nantes), ainsi que la licence des métiers de l’Internet (université de Paris V). On pourrait croire que tous ces diplômes sont l’aboutissement d’un schéma d’acquisition du savoir traditionnel Nord-Sud. Il faut tempérer cet avis si l’on en croit Richard Aubry pour qui "chaque projet est toujours conçu par des établissements du Nord et du Sud" dans un esprit de partenariat.

Le DESS UTICEF, par exemple, est le fruit d’une collaboration entre plusieurs établissements, sous la coordination de l’université Louis Pasteur : université de Mons en Belgique, TECFA de l’université de Genève, Centre supérieur de documentation de Tunis, Ecole supérieure polytechnique et Ecole normale supérieure de Dakar.

À la période de mai 2003, 22 offres de FOAD (Formation ouverte à distance) étaient parvenues à l’AUF. Dix d’entre elles ont reçu une appréciation "très favorable", deux "favorable", quatre " réservée", tandis que les six autres n’ont pas fait l’objet d’évaluation faute d’informations suffisantes. Le website du Bureau de l’Afrique de l’Ouest (BAO) de l’AUF (http://www.refer.sn/) détaille toutes les offres d’enseignement du Campus numérique, y compris le modules d’autoformation qui consistent en des Cd-Rom sur la bureautique et l’Internet, les sciences de l’ingénieur, les sciences médicales et les sciences humaines.

BANQUES DE DONNÉES ET AUTRES SERVICES

Le Campus numérique francophone, c’est aussi un ensemble de services proposés aux utilisateurs. En dehors de la fourniture d’accès pour la communauté universitaire (actuellement une cinquantaine de sites hébergés), le Campus abrite un centre de ressources où chercheurs et étudiants, moyennant un modique abonnement - environ un cinquième du coût pratiqué par les fournisseurs d’accès commerciaux - peuvent disposer d’une connexion sécurisée à large bande passante, leur permettant de consulter leur courrier, surfer sur le web, etc. Ils peuvent aussi avoir accès à des banques de données, dont l’information est validée, et y recueillir la documentation souhaitée. Très utiles pour les chercheurs et universitaires, ces banques documentaires ouvrent l’accès à des articles scientifiques et à des diverses données. Les textes intégraux peuvent être achetés. Ainsi, le CNF absorbe une partie de la demande des étudiants en accès Internet, surtout avec l’expérience avortée du projet privé "Salta" dont l’ambition, sans doute démesurée à l’époque, était de satisfaire entièrement et rapidement les besoins de la communauté universitaire de Dakar.

L’incubateur d’entreprises est également un des services du Campus, même si son bilan est mitigé (voir encadré " Tout n’a pas fonctionné comme prévu"), tout comme l’espace de développement offert aux revues électroniques (voir encadré "L’université adopte une nouvelle manière de publier") et aux créateurs de contenu pédagogique (voir encadré "Sur le web, un laboratoire des sciences de la vie et de la terre").

Il faut aussi inclure, dans la gamme des services du CNF, les vidéoconférences. Elles ont aujourd’hui des visages multiples, nous a expliqué Olivier Sagna dans un entretien. Des chercheurs de l’IRD de Dakar "se réunissent " ainsi périodiquement avec leurs collègues de Montpellier à travers ce média. Mais aussi, des utilisations personnelles apparaissent : entretiens d’embauche à distance, inscriptions universitaires, voire soutenances de thèse. Et, bien sûr, les utilisations à l’occasion de manifestations scientifiques.

Au total, le Campus numérique francophone, s’il n’a pas eu un développement spectaculaire et toujours visible, répond quand même plutôt bien aux besoins de la communauté universitaire. C’est sans doute pour illustrer les difficultés traversées avant d’arriver aux résultats enregistrés, et pour contrer les éventuelles réserves sur une progression qui pourrait être jugée trop timide, que le directeur du Bureau régional de l’AUF, M. Bonaventure Mvé-Ondo, a rappelé ce proverbe plein d’images : " Ceux qui mangent des œufs ne savent pas comment la poule a eu du mal à les pondre ".

Alain-Just Coly

(Source : Le Soleil 24 juillet 2003)

Post-Scriptum

Voir aussi :

- Académie Cisco, incubateurs d’entreprises... Tout n’a pas fonctionné comme prévu
- Sur le Web, un laboratoire des sciences de la vie et de la terre
- Une nouvelle manière de publier des revues scientifiques électroniques
- Plates-formes et revues électroniques : L’Internet au secours de l’éducation

[1] Bien que le campus numérique francophone (CNF) de Dakar soit le plus important de tous les campus, on trouve aussi des CNF à Abidjan, Bamako, Cotonou, Ouagadougou et bientôt à Niamey, pour ne parler que de l’Afrique. De tels cadres, nous disait il y quelques jours le directeur des formations, M. Olivier Sagna, ne cherchent pas à se substituer aux universités africaines, mais les encouragent à mieux utiliser les Nouvelles technologies pour l’appropriation des savoirs.

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