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Le prix de la liberté

vendredi 28 août 2009

Propriété intellectuelle

Les différentes fréquences de « Wal-Fm » ont été contraintes hier, jeudi 27 août au silence. La télévision « Walf-Tv » également. Le groupe de presse « Wal fadjri » ainsi frappé d’une interdiction d’émission a vu aussi une partie de son matériel logé à l’immeuble Kébé, saisie. L’autorité semble prendre prétexte d’un bras de fer qui l’oppose avec le Bureau sénégalais du droit d’auteur (Bsda) pour clouer une voix qui dérange.

Certes, le Bsda et les artistes dont il défend les intérêts brandissent un arrêt du juge des référés et assurent de leur bon droit. Mais il s’agit plus de faire prévaloir dans des rapports aussi utiles que nécessaires le dialogue, la concertation, la raison. Ici plus qu’ailleurs. Les artistes doivent vivre. De leurs œuvres. Du produit de ces dernières. Tout le monde le comprend et devrait se battre pour, surtout dans un pays qui n’a ni or, ni diamant, ni bauxite, encore moins du pétrole. Un pays qui n’a que sa culture et la culture comme principale richesse.

Les professionnels de l’information et de la communication qui ont partie liée sont en premières lignes d’un tel combat. Et c’est le cas. Mais nos amis et partenaires obligés que sont les artistes peuvent-ils se passer des supports de promotion, de diffusion et de vulgarisation de leurs produits que sont les médias ? Hier, ne se battaient-ils pas seulement et uniquement à la suite et/ou avec des politiciens, notamment de l’opposition, des membres de la société civile que pour accéder aux médias d’Etat pour pouvoir s’exprimer, exister ? Seuls quelques fous de professionnels de l’information et de la communication sociale, considérés même comme fou à lier, se battaient eux, pour un pluralisme médiatique affirmé dans notre pays. On les recrutait ensuite chez les responsables des quatre « mousquetaires » de la presse écrite indépendante : Walfadjri, le Témoin, le Cafard libéré et Sud hebdo. Ils œuvraient pour une vulgarisation et une popularisation à la suite de la presse écrite, des ondes et plus tard de la télévision.

Depuis, le paysage médiatique se décline sur tous les tons et épouse les teintes de l’arc-en-ciel. C’est heureux pour la démocratie, pour le pluralisme médiatique conséquemment. Les radios privées d’abord, les télévisions ensuite en démocratisant davantage l’information et la communication, l’espace communicationnel en un mot, ont permis en outre à bon nombre d’artistes de s’affranchir de la tutelle pesante et plombante de certains ténors qui monopolisaient par leur entregent et/ou leurs intérêts liés, les médias d’Etat et leur refusaient par conséquent toute promotion. Combien sont-ils, ces chanteurs et chanteuses dont certains trônent aujourd’hui au Conseil d’administration et jouent même au père fouettard tout en se défendant de faire de la politique « lancés » par les stations FM depuis 1994 ? Nombreux assurément !

Le pluralisme de l’information et de la communication dont notre pays se glorifie aujourd’hui, n’est donc pas un don de Dieu. Il est le fruit d’une lutte sans concession et l’expression d’une soif inextinguible pour une information plurielle, des informations riches, justes et variées, produites par des professionnels au service d’un peuple qui sait que la liberté d’opinion fonde la liberté de presse. C’est un acquis démocratique.

Une conquête que l’autorité politique et les pouvoirs cherchent perpétuellement à remettre en cause. Selon eux, la question des médias et de leur avenir est une question trop sérieuse pour être abandonnée aux seuls professionnels, notamment ceux qui refusent de courber l’échine, de servir d’écho au prince. Pourtant le droit d’informer et le droit à l’information sont indissociables. Ces droits ne sauraient être arbitrairement mutilés par quelque pouvoir que ce soit, car on ne saurait prétendre que le droit d’informer est exaucé quand la majorité des citoyens en sont exclus et que le droit à l’information est garanti quand il est arbitrairement mutilé.

Aucune voix ne doit être aphone à ce sujet. Il ne s’agit pas ici en tout cas pas seulement d’une question financière ou de comptabilité encore moins de reddition ou de règlement de compte, mais d’une question éminemment démocratique. Nos amis, les artistes, parmi lesquels on trouve d’authentiques défenseurs des libertés ne doivent pas voir leur combat pour une juste rétribution de leur travail dévoyé, être au service d’autres intérêts qui sont aux antipodes de la liberté, de la démocratie et surtout de la promotion de la Culture. Les radios et les télévisions ne souffrent-elles pas comme tous les autres producteurs d’œuvres de l’esprit, de bien matériel et immatériel de la piraterie, dont font l’objet maintes de leurs émissions et productions ?

Les acteurs des médias, de la société civile, de la politique, de la Culture, et l’opinion publique doivent se convaincre d’une chose : ce qui se passe aujourd’hui avec Walf relève de l’arbitraire et des méthodes despotiques d’une autre époque. Walf- comme d’autres médias de même nature- dépasse de loin la personne de son fondateur, de leurs fondateurs, dont les mérites sont incontestables. Walf fait partie du patrimoine sénégalais et africain. À ce titre on ne doit pas porter atteinte à son existence fut-elle pour des questions financières.

Il en était de même hier, quand, au petit matin, les services du ministre de l’Information de Diouf forçaient au silence Sud FM Sen radio au motif d’une redevance à payer à son concurrent, la Rts. Ainsi qu’avant-hier, quand la « soldatesque » de Ousmane Ngom, alors ministre de l’Intérieur de Me Wade débarqua à l’aurore à l’immeuble Fahd pour couper le son et embastillé le pauvre personnel présent à cause d’une interview du chef rebelle casamançais, Salif Sadio. Le tollé soulevé par une opinion publique et des démocrates décidés et engagés a fait reculer les tenants du pouvoir et arraché les journalistes et personnels des griffes de la Division des investigations criminelles (Dic).

Le 22 mars dernier, on a tenté d’imposer le silence radio sur l’étendu du territoire national pour que les reporters ne relayent les résultats des bureaux de vote. Il est vrai que les libéraux au pouvoir ont trouvé exemple chez leurs devanciers socialistes. On se souvient qu’un actuel édile « socialiste » d’une commune de banlieue prônait le musellement de la presse, surtout parlée en 2000. Son candidat et son pouvoir furent balayés.

Youssou Ndour et son groupe : Rfm sont encore interdits de fréquence de télévision tout comme le groupe Sud communication, précurseur incontestable en la matière. Dénominateur commun à tout cela : une tentative de bâillonner les voix du peuple et des organes dont les citoyens se dotent pour s’informer et s’exprimer. La raison est toujours la même. Sud indomptable, Rfm turbulente, Walf incontrôlable. Mais au-delà des différences et divergences qui sont en fait le reflet et le relais des contradictions qui travaillent la société sénégalaise dans toute sa diversité, il s’agit aujourd’hui comme hier de faire face à ceux d’en face et de faire feu sur le quartier général des tyranaux tropicaux liberticides.

C’est un combat de principe avec lequel, on ne saurait louvoyer. Et au-delà des décomptes et des mécomptes du Bsda, certains cercles du pouvoir et de rentiers de la culture qui s’acharnent aujourd’hui sur Sidy Lamine Niasse et le groupe Walfadjri cherchent à faire payer à la presse au prix fort, son attachement à défendre la liberté, toutes les libertés. Elle, qui refuse de s’en laisser conter et compter ! Ensuite et pour dire vrai, le droit d’exister ne donne pas le droit d’empêcher d’exister.

Madior Fall

(Source : Sud Quotidien, 28 aout 2009)

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