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Le numérique à l’université sénégalaise, ce que le Covid-19 fait apparaître

jeudi 16 avril 2020

Dans son point de vue sur ‘l’Afrique et le monde face au Covid-19‘, Sem Macky Sall, dont le vœu d’un ‘Nouvel ordre mondial‘ est, entre autres, ‘d’exclure toute forme de discrimination, de stigmatisation et de préjugés, en particulier envers le continent africain’ ; soutenait ainsi que, ‘de façon générale, les besoins de l’Afrique dans le secteur de la santé se posent aussi en termes de formation de ressources humaines en qualité et quantité suffisantes’. Cette déclaration solennelle donne aussi à l’éducation (dans toute l’acception du terme) la ‘responsabilité première de faire face à la crise’, d’être l’éducation d’un nouvel ordre mondial.

Le débat porte sur la responsabilité, au moment où l’on sent le besoin collectif de servir la Nation, l’Afrique voire le Monde au nom d’un nouvel ordre mondial, l’étudiant africain qui devrait être éprouvé par le faire, le savoir-faire est assigné au seul objectif d’attendre que les choses se calment. Questions ouvertes : a l’heure du numérique, fermer le système éducatif en temps de crises au vain bonheur des étudiants, n’est-ce pas une réponse somme toute classique. A quoi servent les politiques numériques du supérieur pour celui qui devrait symboliser la relève, qui doit se dire que sa situation n’est que transitoire, n‘est-il pas en train de rater le coche des nouvelles technologies ?

Ce sont des questions que devrait se poser tout étudiant en Afrique et au Sénégal plus particulièrement. Car, être étudiant, n’est et ne restera que provisoire. Et l‘étudiant africain a un double défi, couper le cycle infernal où c’est tardivement qu’il trouve un travail à cause de ses études prolongées par des crises et qui contribuent à ralentir son entrée dans le monde professionnel.

Or, il n’existe aucun jeune africain qui ne soit habité par la hantise de vite prendre la relève, de démontrer en tant qu’agent à l’œuvre qu’il est désormais capable de donner au lieu de recevoir, de défier les situations. Le Covid-19 est de ces défis pour étudiants, parents d’élèves et enseignants-chercheurs, un défi pour notre système éducatif. Dans quelle mesure l’université (pour se limiter à elle) s’est-elle préparée pour faire face à ce type de crise ?

Dans un contexte qui amène à évaluer la place de l’Afrique dans un nouvel ordre mondial, c‘est l’image du Sénégal à travers son éducation qui nous intéresse. Situons les responsabilités, avec l’esprit ‘qu’à formation égale, la vérité triomphe’ ; les premiers concernés de la communauté éducative ayant compris qu’il n’y aura jamais de formation égale si aucun plan de continuité pédagogique n’est élaboré face au confinement.

Un Mesri fin prêt

‘Investissement massif dans les Tic avec l’interconnexion des établissements d’enseignement supérieur, création d’une bibliothèque nationale virtuelle, mise en place de l’Uvs s’appuyant sur des Eno dans chaque département, mise en place d’un Système d’information et de gestion de l’enseignement supérieur et de la recherche (Sysger)‘, ce sont autant de réalisations en ‘vue d’améliorer la qualité de l’enseignement comme de la recherche, de faciliter l’accès aux ressources numériques, d’appuyer le développement de l’enseignement à distance et surtout de mieux armer les étudiants‘ (Sagna, NdarInfo, 2014).

Nous ne sommes plus au tout début de la manifestation du numérique quand la question de l’utilisation des Technologies de l’information et de la communication (Tic/Ntic) pour l’éducation était très controversée. Pour le ‘corps enseignant, cela s’apparentait à une remise en cause de leurs pratiques et certitudes pédagogiques, qu’un simple processus de modernisation ; alors qu’avec la rareté des moyens, ces politiques ne dépassèrent guère la phase expérimentale et leurs principales conclusions sur l’informatique dans le système éducatif, restèrent pendant longtemps lettre morte‘. (Sagna, 2001).

La modernisation de notre système éducatif avec ses questions subsidiaires -à savoir dans quelles conditions les Tic en général, et le télé-enseignement en particulier, peuvent répondre aux défis qui touchent l’éducation et avec quelles implications sur le plan pédagogique- répondait au souci de ‘ne pas reproduire les échecs des expériences passées au risque de sacrifier de nouvelles générations d’élèves et d’étudiants’. La longue expérience sénégalaise et les nombreuses tentatives pour introduire les Tic dans les établissements scolaires et universitaires – utilisation de la Radio, 1960 ; la Télévision scolaire du Sénégal, 1972 ; le langage Logo, 1982 – ont payé. Rares sont les partenaires du système éducatif qui douteraient de la capacité des Ntic à apporter des solutions concrètes face à l’explosion de la demande en éducation sous les effets démographiques ou face à toute autre crise adjointe.

Quid de la crise du Covid-19 avec la perturbation d’un système éducatif médiocrement stable où chaque jour de perdu dans le calendrier académique est un combat de perdu contre le temps et un risque supplémentaire d’échecs. L‘isolement n’est pas le but ultime dans une université à l’ère du numérique où toutes les connaissances se dématérialisent pour être disponibles au bout d’un clic. Le Mesri va donc devoir prouver au monde entier le degré de modernisation du supérieur, où en est-on avec le numérique, et plus particulièrement le distanciel (télé-enseignement) : son implication dans l’enseignement ne suffirait-elle pas pour un plan de continuité pédagogique dans l’université présentielle ?

Une université avec les compétences qu’il faut pour réagir

Naguère, il s’avérait que la réticence des universitaires par rapport aux Tic était liée à la ‘reproduction d’un modèle figé ou peu évolutif, qui était une valeur cardinale de la pédagogie‘. Il s’avère aussi que ces mêmes universitaires ont joué un rôle déterminant dans l’introduction de l’internet au Sénégal, conscients du ‘caractère rapide et imprévisible des changements faisant que la clé de la réussite se trouve désormais dans les capacités d’adaptation et d’innovation’. Ils adhérèrent ainsi au ‘concept de solidarité numérique supposé résorber le gap digital‘ qui se matérialisait à travers l‘ouverture de structures comme l’Université virtuelle africaine, et francophone.

Cette solidarité numérique a aussi nourri une quête de souveraineté intellectuelle, l’urgence de s’approprier le rôle de sa mission à l’ère des Tic et de l’enseignement à distance qui devait participer à rendre l’enseignement supérieur un produit de référence. S’y ajoute que les premières universités virtuelles voyaient ‘les enseignements proposés dans les universités africaines comme étant dépassées, n’encourageant ni l’élaboration d’une pensée critique ni l’habileté nécessaire pour la créativité’ (InfoDev 1997). Nous étions témoin et acteur du duel lancé par les universités virtuelles (externes) avec la création de l’Institut Virtuel d’Histoire des Esclavages et des Traites (Ivheet) dirigé par l’actuel Recteur de l’Ucad à l’initiative de la Chaire de recherche du Canada en Histoire comparée de la mémoire. L’institut reposait sur ‘la collaboration à distance de chercheurs et d’institutions internationales autour des questions d’esclavages et de traites abordées de façon multidisciplinaire, et offrait une plate-forme numérique de formation à la recherche‘. Tout ceci pour dire que le Cv du Pr Thioub confirme sa position de capitaine devant le confinement qui est un dernier défi à lui lancer pour une meilleure adéquation du numérique à l’enseignement supérieur face aux potentielles crises. L’université est en mesure de mettre en place et dans les meilleurs délais, des aménagements pédagogiques. En plus, des crises, peut-être de basse-intensité, le Sénégal en a connu et en connaîtra encore ; mais des coïncidences réelles de l’ampleur du Covid-19 sont des marqueurs structurels -restons néanmoins conscients que l’Uasz est dans une région en crise, que le terroir (au sens mamadoufallien) où elle se révèle porte la mémoire des attaques ayant conduit à la fermeture des écoles ; au-delà du scénario faiblement extrême que nous refermons- ce serait dommage que l’université présentielle où qu’elle soit, devienne le facteur d’une nouvelle explosion des effectifs par faute d’accorage entre le présentiel et le distanciel.

Etre étudiant ou prolonger son adolescence

Des étudiants en liesse ont accueilli la mauvaise nouvelle de fermeture des universités. A la tactique de guerre contre la pandémie, l‘anarchie intellectuelle qui commande le cortex réflexif de nos étudiants a transformé le campus social en cours de récréation au lieu d’en faire un camp de volontaires.

Ne minimisons pas leur peur panique face au Covid-19. Mais cette crise pandémique en cache une autre bien plus complexe qui n’ôte pas la vie, mais joue avec elle en donnant cette impression que l’université est un emploi de jeunesse très confortable alors que c’est un sélecteur biologique où l’on finit entre produit de la crétinisation ambiante ou du Pr Mamadou Kandji. Les situations donc qui s’imposent à lui ne devraient plus relever d’un irrationnel fatalisme encore moins une source de perte de temps pour celui que la science bombarde de connaissance et de techniques sans pérennité. Ce n’est que l’issue d’une longue histoire de la connexion des mondes (Ly) qui est aussi le début de l’ère de la promotion des valeurs à court terme ; et l’étudiant qui manipule un nouveau smartphone tous les ans devrait savoir que les crises prochaines mettront à l’épreuve sa capacité à s’adapter aux bouleversements inédits.

Il doit s’adapter aux possibilités du numérique, à la continuité pédagogique dont parle le ministre de l’Education nationale avec les risques d’inégalités sociales dans un ministère qui ‘est loin d’une mise en place du système‘ (ça ne s’impose pas, ça se planifie). Planification pour une continuité pédagogique présente dans l’esprit des politiques du Mesri qui font qu’un étudiant sénégalais peut étudier à distance.

L‘enseignement à distance est une réalité et l’étudiant peut s’adapter facilement à l’accorage présentiel/distanciel dans un but de continuité pédagogique qui va s’imposer comme mode complémentaire de transmission des connaissances. Il a l’avantage de permettre de valider un syllabus ensemble avec les étudiants qui s’engagent à respecter le calendrier établi sur décision de l’enseignant-chercheur ; de rester à leur disponibilité pour répondre à leurs questions ; de leur permettre de travailler en équipe, de tester leurs connaissances par l’autocorrection ; etc. Résilience et adaptabilité ont toujours été les « compétences« qui ont caractérisé nos ancêtres à l’ère des connexions. Le Covid-19 ne doit pas anéantir les traces mémorielles de cette connexité expérimentée, progressons avec les leçons du passé qui permettront à nos jeunesses de naviguer cette crise grâce aux nouvelles technologies.

Pape Chérif Bertrand BASSENE
Ph. D. [Universités Bretagne Sud (France) et Laval Québec (Canada)]

(Source : Le Quotidien, 16 avril 2020)

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