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La révolution 2.0 peut-elle réveiller la jeunesse africaine ?

vendredi 1er avril 2016

La presse écrite a connu ses moments de gloire. Elle a distillé à sa guise une information uniforme dans un monde dominé par les puissants. Ce canal est aujourd’hui contesté car la multiplication des médias permet de choisir ses sources d’informations en fonction de ses sensibilités. Cette chance, nous la devons à une révolution technologique et culturelle qui est le Web (World Wide Web). Nous partageons ainsi l’information sur Facebook, Twitter et You Tube qui ont accompagné les soulèvements hors des frontières, avec l’appui des lanceurs d’alertes. Haro donc à la télévision d’état, sa radio et ses journaux mensongers.

Les révolutions en cours n’ont été possibles que grâce à l’Internet. Nous les nommons les « révolutions 2.0 », en référence au « web 2.0 », des révolutions grâce à l’outil numérique et les réseaux sociaux.

Internautes et blogueurs

Il est loin ce temps où les discours fleuves des hommes politiques faisaient d’eux des héros, des irremplaçables où des consciences de peuples. Ces discours servis sur un plateau plaçaient les hommes politiques sur un piédestal inaccessible pour le commun des mortels. Ils débitaient ainsi des mensonges que rien ne pouvait contredire. La vérité unique n’a plus sa place.

Les internautes, accrochés à leurs claviers tout comme les blogueurs, naviguent à longueur de journée sur le Web. Ils communiquent entre eux, parfois dans l’anonymat. Ils n’ont plus besoin de code pour déjouer les polices politiques. Comme une trainée de poudre, l’information circule d’un continent à l’autre.

La jeunesse arabe a su saisir cette opportunité pour se réveiller et donner confiance à tous ceux qui avaient peur de la violence policière et militaire. Cet éveil a été salutaire. Les dictateurs comme Ben Ali en Tunisie n’ont pas résisté à la colère de la jeunesse. Hosni Moubarak a été balayé en Égypte. Au Sénégal et au Burkina Faso, des mouvements de jeunesse ont vu le jour. Ils ont permis à des gens qui ne se rencontreront jamais de communiquer, de partager des points de vue et des opinions. Internet s’est révélé comme une arme de destruction massive pour tous les présidents à vie, les corrompus et les despotes qui s’éternisent encore au pouvoir en Afrique en attendant leur chute.

La jeunesse subsaharienne qu’on croyait moribonde se réveille progressivement. Elle s’indigne. Le soulèvement du peuple au Burkina a permis de mettre fin au régime dictatorial de Blaise Compaoré. Ces succès, nous les devons aux blogueurs qui ont usé de subterfuges pour venir à bout d’un système tyrannique, corrompus et sanguinaire.

Les hommes politiques l’ont bien compris. Internet, trop souvent présenté comme un lieu de rencontres intimes offre de nombreux débouchés. Pour les étudiants, il reste une source inépuisable d’informations. Mais, la révolution numérique, c’est aussi entrer par la grande porte dans le 21ème siècle en s’adaptant aux nouvelles technologies de l’information et de la de communication.

Faire d’une pierre deux coups

Il est indéniable que la révolution 2.0 a été le moteur du printemps arabe. Internet a permis un soulèvement du peuple dans un contexte social militarisé, bâillonné et étouffé par le mensonge, la peur permanente et renouvelée. Les jeunes ont communiqué et sont descendus dans la rue crier leur colère. La victoire était inéluctable.Mais la révolution 2.0 ne suffit pas. Internet est de plus en plus redouté et disponible. Les dictateurs en ont conscience et multiplient des actes d’intimidation qui ne font plus peur. La liberté est plus forte que tout. Cette victoire ouvre des perspectives réelles et dynamiques pour l’Afrique.

En effet, le retard que l’Afrique accuse sur tous les plans peut se rattraper au cours des vingt prochaines années grâce à la révolution numérique. L’Afrique dispose là d’atouts indéniables en investissant sur l’industrie numérique dans les secteurs tels que l’énergie, les infrastructures et l’économie.

La transition numérique est inévitable

Le défi majeur de l’Afrique postcoloniale est de transformer progressivement ses matières premières minières et agricoles. Sans une plus-value, ces matières premières ne créent pas de la richesse. Elles fragilisent et rendent dépendants les pays qui ne peuvent créer de l’emploi pour faire face à une démographie incontrôlée et à l’émigration sauvage.

A l’heure de la mondialisation, il est impératif de produire pour la consommation locale, régionale et internationale. Or, l’Afrique est réputée importer tous les biens de consommation courante de Chine et d’Europe. Cette tendance doit s’inverser si nous ne voulons pas assister, impuissants, aux troubles sociaux qui se préparent.

La transition numérique est une chance qui permettra à l’Afrique de sauter les étapes primaires de la recherche et développement en définissant les priorités et les recommandations selon ses richesses endogènes. Ce calendrier doit être pensé et formalisé par les africains. Il ne peut dépendre des puissances financières extérieures dont le but avoué est de freiner tout développement du continent.

La formation aux nouvelles technologies de l’informatique devient donc une priorité. Elle est indispensable pour un continent riche et pauvre de ses richesses.

Michel Lobé Etamé

(Source : Camer News, 1er avril 2016)

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