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La nécessité de renforcer les structures qui accompagnent l’entrepreneuriat innovant en Afrique

samedi 18 juillet 2020

Utopies créatrices

Start-ups, écosystèmes dynamiques, digital, accélération ou encore passage à l’échelle … autant de « buzzwords » qui traduisent l’engouement des dernières années pour la création de jeunes pousses innovantes en Afrique.

La sémantique du réveil de l’Afrique rejoint le regard nouveau que de nombreux jeunes africains, décomplexés par rapport à la génération de leurs parents, portent sur le continent et sur eux-mêmes.

Ce mouvement s’inscrit entre tradition et modernité car résolument tourné vers l’innovation, tout en restant solidement ancré dans la valorisation de l’héritage culturel.

La levée de 1,16 milliard de dollars en 2018 par 146 start-ups du continent en 2018, annoncée par le géant du capital-risque Partech Africa, donne le vertige. Mais qu’on ne s’y trompe pas, la dynamique de création de start-ups en Afrique reste très contrastée. L’Afrique du Sud, l’Egypte, le Nigéria et le Kenya concentrent une large majorité de ces jeunes pousses. En Afrique de l’Ouest, partiellement impulsées par les acteurs publics, de nombreuses initiatives dédiées à l’accompagnement des entrepreneurs se structurent, laissant ainsi entrevoir le potentiel à exploiter. En comparaison, l’Afrique Centrale semble, quant à elle, encore plus en retard.

Quoi qu’il en soit, l’Afrique s’illustre comme le continent le plus jeune (43 % de sa population a moins de 14 ans) et le plus entreprenant au monde. Au Nigéria 39,9 % de la population âgée entre 18 et 64 ans mène des activités entrepreneuriales, 38,6 % au Sénégal, 26 % au Ghana, contre seulement 9,9 % en Inde et 5,3 % en France.

Mais aujourd’hui, force est de constater que ces statistiques nourrissent l’omniprésence d’un discours (hyper)médiatisé qui a tendance à mettre en avant les « start-ups africaines », et à travers elles l’entrepreneuriat, comme la panacée face au défi de l’employabilité des jeunes africains. Ce qui est souvent un raccourci facile et inexact.

Ce vœu pieux repose sur un cercle vertueux de la réussite entrepreneuriale articulé notamment autour de :

  • l’idée et du besoin auquel elle répond ;
  • l’accès au financement ;
  • le renforcement des capacités via l’accompagnement à la réflexion, puis la mise en œuvre du projet ;
  • l’environnement des affaires et les infrastructures ;
  • la force de la culture entrepreneuriale dans les us et coutumes locaux.

Si l’idée relève bien du « génie » du « start-uper », son opérationnalisation est permise par un ensemble d’acteurs aux profils variés qui, au même titre que les jeunes pousses et porteurs de projet, font partie de l’écosystème entrepreneurial. On entend par « écosystème entrepreneurial », « la combinaison opérationnelle d’un ensemble de facteurs qui permet aux entreprises de réaliser leur fort potentiel de croissance. On compte six facteurs principaux constitutifs de ces environnements : les marchés, le capital humain, l’accessibilité et la diversité du financement, la réglementation, la culture et les dispositifs de soutien. »

Maillon central de la chaîne de valeur du renforcement du tissu entrepreneuriat formel en Afrique, ces « dispositifs de soutien » doivent faire l’objet d’une attention particulière de la part des acteurs du développement économique et social sur le continent. Ils présentent des disparités en termes d’offre et de niveaux de maturité. Un accompagnement visant à mieux les outiller et les structurer rendra leurs activités plus impactantes. Ils bénéficient d’atouts intrinsèques que les parties prenantes du développement en Afrique : gouvernements, bailleurs, entreprises privées et société civile doivent mettre à profit pour développer des initiatives pertinentes car adaptées dans les réalités locales.

Professionnaliser ceux qui aident les start-ups à se professionnaliser

Les écosystèmes entrepreneuriaux ont connu une croissance forte sur le continent africain. Cette tendance s’explique notamment par l’augmentation des fonds de financement alloués par les bailleurs et les pouvoirs publics ainsi que l’engagement croissant des entreprises privées dans la promotion et la collaboration avec les start-ups locales.

D’après l’étude « Supporting Africa’s Innovators » de Briter Bridges, il existe sur le continent africain 643 organisations actives offrant des installations et un soutien aux entrepreneurs technologiques et numériques en 2019, soit 40% de plus qu’en 2018. Cependant 4 pays, le Nigéria, l’Afrique du sud, l’Egypte et le Kenya concentrent près de 43% de ces les hubs d’innovation.

Tout comme les projets qu’elles accompagnent, ces structures ont des niveaux de professionnalisation très variés, sont souvent isolées, manquent de visibilité et de moyens adaptés pour se développer et mettre en oeuvre des programmes d’accompagnement solides et durables. Or, par l’appui technique qu’elles fournissent aux porteurs de projets, elles leur permettent de mûrir et leur idée. Par la crédibilité qu’elles apportent à leurs projets et les mises en relation qu’elles opèrent, elles facilitent l’obtention de financements. Par les nombreux évènements qu’elles organisent, elles dynamisent les écosystèmes entrepreneuriaux locaux.

Mais aujourd’hui, les Structures d’Accompagnement à l’Entrepreneuriat Innovant (SAEI) [1] apparaissent comme le parent pauvre de la dynamique actuelle de soutien aux start-ups. Or, elles constituent au moins autant que les financeurs, un élément central de la chaîne de valeur de l’entrepreneuriat en Afrique.

L’enjeu clé réside ici dans la capacité à professionnaliser les SAEI. Cela passe par la mise à disposition d’outils adaptés à leurs besoins, en commençant par une offre de formation sur les fondamentaux de l’accompagnement. Les équipes opérationnelles de ces structures pourront ainsi acquérir :

  • des compétences « techniques » : démarche projet, marketing/analyse de marché, gestion financière, modélisation de business plan, gestion des réseaux sociaux…
  • et des compétences « transverses » : design thinking, management visuel…

Les SAEI pourront également bénéficier d’outils d’aide à la gestion de leur activité et au suivi de leurs porteurs de projets.

Bien évidemment le digital apparait comme un levier transverse sur lequel capitaliser pour la formation, le partage de bonnes pratiques ou encore l’animation de communautés de SAEI. C’est dans cette logique les SAEI commencent à s’organiser en collectifs structurés. Au-delà du partage d’expérience, ces initiatives visent à mutualiser les connaissances, les outils et les financements en vue de développer un socle de ressources communes ; et à mener des actions de plaidoyer auprès des décideurs publics, bailleurs de fonds et acteurs privés.

Collaborer avec les SAEI présente de véritables bénéfices pour les acteurs publics et privés

Les SAEI sont particulièrement légitimes pour accompagner le secteur privé africain (entreprises africaines ou filiales de multinationales) dans sa démarche d’open. Ce type de collaboration peut prendre différentes formes : intrapreneuriat, co-conception, concours d’innovation (hackatons) internes ou externes, partenariats de recherche, achat de produits/services, investissement en capital, acquisition de start-up innovantes, joint-venture ou encore clustering. Quels que soient les formes retenues, les SAEI peuvent jouer un rôle de tiers de confiance et intervenir en qualité d’opérateurs œuvrant pour le compte des entreprises.

A l’instar du secteur privé, les fondations philanthropiques œuvrant en faveur de l’entrepreneuriat ont également intérêt à s’associer aux SAEI. 3 principaux domaines de collaboration sont envisageables :

- Réflexion stratégique et partage de bonnes pratiques : les SAEI accompagnent les fondations dans leur structuration (missions, définition de l’offre de service et modèle économique associé, organisation cible, partenaires pertinentes à mobiliser).

- Conduite de programmes d’accompagnement à l’innovation : les SAEI agissent pour le compte des fondations et opèrent les programmes qu’elles mettent en place (conduite d’appels à projet, accompagnement et suivi des start-ups incubées, co-animation des initiatives d’open innovation pour le compte d’entreprises privées).

- Mise en réseau : les SAEI accompagnent les fondations dans la structuration d’alliances avec des pairs ou des acteurs complémentaires à différentes échelles (sous-régionale, continentale ou encore mondiale).

Le secteur public peut lui-aussi s’appuyer sur les SAEI pour définir les politiques publiques en matière de soutien à l’entrepreneuriat, opérer des programmes pour le compte des structures étatiques, accompagner la dynamique de modernisation des administrations publiques ayant recours à des start-ups start-ups. En développant des parcours de formations consacrés à l’entrepreneuriat et en créant ses propres dispositifs d’accompagnement aux start-ups, l’enseignement supérieur (privé comme public) ne reste pas en marge de cette tendance.

Dans le contexte de la pandémie de Covid 19, les groupes de travail montés par les différents états africains comptaient souvent des SAEI et/ou des starts-ups proposant des services digitaux innovants.

Enfin, les SAEI africaines mènent de plus en plus d’actions de plaidoyer auprès de l’ensemble des parties prenantes précédemment mentionnées. Leurs efforts se traduisent notamment par : l’avènement de collectifs tels que i4policy et la ratification croissante de « Start-up acts » signés par les Etats africains (Tunisie et Sénégal).

Ancrer la démarche dans le contexte local

Le renforcement des SAEI doit intégrer les réalités africaines. Concrètement, cela peut se traduire par 4 dynamiques clés :

- Financer des programmes à destination des SAEI localisées en Afrique.
- Favoriser le transfert de compétences entre SAEI africaines, en capitalisant sur les plus matures.
- Confier la gestion opérationnelle de leurs programmes/initiatives liés à l’entrepreneuriat à des acteurs locaux, en contact direct avec les porteurs de projet et confrontés aux mêmes obstacles financiers et administratifs.
- Evaluer la performance de ces SAEI selon des critères alignés sur les caractéristiques des environnements où elles évoluent.

La performance des SAEI est souvent évaluée à l’aune du nombre de porteurs de projet accompagnés, du nombre d’entreprises créées et viables au bout de quelques années, du nombre d’emplois créés. Cependant dans un contexte où la majorité des projets accompagnés n’en est qu’à un stade embryonnaire, ne faut-il pas surtout chercher à mesurer les résultats en termes de : transferts de compétences clés (gestion de projet, finance, marketing communication), de contribution à l’émergence d’une culture entrepreneuriale et de développement de communautés apprenantes (initiation au code etc.…) ?

De même les différentes parties prenantes qui soutiennent les SAEI ne doivent pas céder aux « effets de mode ». Au contraire, elles doivent porter une attention particulière « au fond et non pas à la forme ». Comment ? En analysant et en revoyant à une fréquence définie la teneur des programmes d’accompagnement proposés par les SAEI au travers de visites terrains : participation à des cessions de formation, rencontres avec les porteurs de projet et les partenaires locaux.

Ce qu’il faut retenir : quelles perspectives pour les écosystèmes entrepreneuriaux africains ?

1. La professionnalisation et la structuration du « marché de l’accompagnement » vont s’accélérer

Deux axes clés d’organisation incontournables :

- Un renforcement du rôle « d’opérateurs de programmes locaux » des SAEI :

  • pour le compte de géants de la tech (GAFA) ou de start-ups internationales (Uber, Airbnb etc.) ;
  • pour le compte de programmes/plateformes d’accompagnement africaines ou internationales (tels que Techstars ou NEST), dans une logique de développement de franchises locales.

- Une réduction du nombre de SAEI actives sur le continent lié :

  • aux exigences croissantes des porteurs de projet (sous l’impulsion des « repats [2] » notamment) en matière d’accompagnement (qualité, alignement sur leurs besoins, qualité du réseau des SAEI pour la mise en relation et l’accès au financement etc.) ;
  • à la fin de l’effet de mode et aux exigences croissantes des bailleurs, des acteurs publics et du secteur privé en termes de suivi et d’évaluation de la performance des SAEI financées et/ou mandatées pour opérer des programmes.

2. Les partenariats avec le secteur privé vont se renforcer

Très souvent perçue comme un effet de mode et un puissant outil de communication, l’open innovation reste aujourd’hui à un stade embryonnaire. Elle doit se renforcer et dépasser le cadre de la politique RSE du privé en s’inscrivant comme une volonté affirmée des entreprises de collaborer avec les écosystèmes entrepreneuriaux locaux.

Le renforcement du « corporate venture capital » (capital investissement d’entreprise) [3], pourra accélérer cette dynamique. Au travers de fonds d’investissement en capital-risque, les sociétés privées, le plus souvent de grands groupes, financeront les start-ups et les PME innovantes, porteuses de croissance, par des prises de participation minoritaire. Le conglomérat nigérian Honeywell et la filiale japonaise de CFAO s’inscrivent déjà dans cette logique avec leurs initiatives respectives : Itanna et Mobility 54.

3. Le dialogue avec les pouvoirs publics va s’intensifier

La création de structures dédiées à l’entrepreneuriat ? à l’instar de la DER au Sénégal ? ainsi que la ratification progressive de « start-up acts » laissent présager un engagement marqué des pouvoirs publics en faveur de l’entrepreneuriat. Cette dynamique prendra plusieurs formes : consultation de la société civile, développement d’outils souples et simples permettant l’octroi de financements (prêts ou prise de participations) aux start-ups ou encore délégation de la conduite de programmes publics à des SAEI spécialisées. Les relations entre les états et les bailleurs de fonds pourront également évoluer, dans la mesure où ces derniers devront redéfinir leurs modes d’action pour s’inscrire en cohérence avec les stratégies et politiques définies au niveau local.

4. Les modèles économiques des SAEI vont évoluer

Certaines SAEI pourront partiellement migrer vers un positionnement de type cabinet de conseil basé sur la fourniture de prestations d’accompagnement, le développement de méthodologies et d’outils ainsi que la valorisation d’expertise auprès du secteur privé, du secteur public et des bailleurs. Dans une optique de différenciation, d’autres pourraient également pour un positionnement de spécialiste, en se focalisant sur un secteur d’activité en particulier.

En définitive, les SAEI constituent au moins autant que les financeurs, un élément central de la chaîne de valeur de l’entrepreneuriat en Afrique.

A horizon 2025, un quart des habitants de la planète sera africain. Si l’entrepreneuriat est effectivement un levier clé de lutte contre le chômage, les SAEI apparaissent comme le maillon fort sur lequel s’appuyer pour, d’une part, assurer la transition de l’informel vers le formel, d’autre part, créer des entrepreneurs africains professionnels et pérennes.

Jean-Michel Huet, associé BearingPoint
Mélissa Etoke Eyaye, manager BearingPoint
Johanna Gomis, senior consultante BearingPoint
Imane Remmal, consultante BearingPoint

(Source : CIO Mag, 18 juillet 2020)

[1] Appellation créée par le Collectif Afric’innov et qui regroupe l’ensemble des dispositifs d’accompagnement aux porteurs de projets et start-upers : couveuse, incubateur, pépinière, accélérateur, hôtel d’entreprise, start-up studio, espace collaboratif et fablab

[2] Abréviation du terme anglais « repatriate », la notion de « repat » fait référence aux ressortissants africains ayant vécu et étudié hors du continent et qui reviennent s’y installer. Ce terme faisant ainsi écho au phénomène du retour des cerveaux en Afrique.

[3] Le corporate venture ou « capital investissement d’entreprise » est une forme spécifique du capital-investissement. Il finance l’innovation via la prise de participation d’une grande entreprise dans une jeune entreprise innovante.

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