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La facture salée de la cybercensure en Afrique subsaharienne

dimanche 1er octobre 2017

Liberté d’expression/Censure de l’Internet

Les coupures d’internet en Afrique subsaharienne ont coûté à la région plus de 237 millions de dollars de 2015 à ce jour. C’est ce que relève une enquête réalisée par le centre internationale pour la promotion des TIC en Afrique orientale et australe (CIPESA), basé à Kampala en Ouganda, et dont les conclusions ont été présentées vendredi dernier à Johannesburg en marge du Forum sur la liberté d’accès à internet en Afrique (FIFAfrica 2017). En plus du manque à gagner pour les opérateurs, le black-out sape gravement la compétitivité des économies africaines et impacte négativement le vécu des populations de plus en plus connectées.

Au Cameroun, dans la partie anglophone où la situation sociopolitique est actuellement tendue, l’internet est actuellement coupé comme c’est le cas depuis quelques mois déjà. C’est aussi dans une moindre mesure la situation qui prévaut au Togo où la fourniture de la connexion connait de sérieuses perturbations à l’approche des manifestations politiques que l’opposition mène depuis quelques temps dans le pays. Ces cas sont certes les plus récents mais sont loin de constituer des cas isolés puisqu’ils s’inscrivent dans la tendance actuellement en vogue sur le continent, celle de la suspension des services internet par les autorités afin de contenir les troubles politiques. Des coupures qui causent d’inqualifiables désagréments tant aux usagers, qu’aux opérateurs mais aussi engendrent un coût assez élevé pour les économies de ces pays dont la liste ne cesse de s’allonger depuis 2015.
C’est ce qu’a mis en évidence les conclusions d’une enquête réalisée par le Centre international de promotion des Technologies de l’information et de la communication (CIPESA), basée à Kampala en Ouganda, et ayant porté sur une étude de « l’impact économique des coupures d’internet en Afrique subsaharienne depuis 2015 ». Selon le rapport, rendu public le vendredi 29 septembre dernier à Johannesburg en Afrique du Sud en marge du Forum sur la liberté d’accès à internet en Afrique (FIFAfrica 2017), les coupures d’internet en Afrique subsaharienne ont coûté à la région jusqu’à 237 millions de dollars américains depuis 2015.

« Malgré les multiples avantages associés à l’accès à Internet et la contribution du secteur des TIC à la croissance du PIB en Afrique subsaharienne, depuis 2015, des perturbations de l’internet ont été déclenchées par les gouvernements dans au moins 12 pays de la région. (...). Les déconnections sont plus particulièrement fréquentes en périodes électorales, lors de manifestations et pendant les périodes d’examen ».

Les champions africains de la Cyber-censure

Pour calculer l’impact des perturbations d’internet, l’organisme international se base sur des méthodes standards internationales qui prennent en compte l’impact direct de l’arrêt des activités de l’économie digitale ainsi que ces indécences indirects notamment la perte de confiance des investisseurs ou les coûts supplémentaires pour l’ensemble des entreprises privées de télécommunications ainsi que les frais payés pour contourner la censure.
C’est l’Éthiopie, la RDC et le Cameroun qui arrivent en tête des pays dont l’économie paye un lourd tribut à cette situation. En ֤Éthiopie, 36 jours d’interruption totale des réseaux auxquels se sont ajoutés 7 jours de coupure des réseaux sociaux. Résultat : une perte de près de 132,1 millions de dollars pour le pays. La RDC a, quant à elle, perdu plus de 46 millions de dollars au minimum en raison de coupures d’internet décidées par les autorités depuis le début de la fronde contre le régime en place. « Kinshasa a été l’un des premiers gouvernements de la région à mettre en place ces pratiques », fait d’ailleurs remarquer le rapport. Au Cameroun, le black-out imposé par les autorités de janvier à avril dernier aurait coûté quelques 38,8 millions de dollars de pertes alors que selon les calculs de Cipesa, chaque jour de coupure au Togo engendre un manque à gagner à l’économie de 243 507 dollars.

Sur la période couverte par l’enquête, au moins dix (10) pays de l’Afrique subsaharienne ont connu des perturbations de réseau sur décision des autorités, la plupart durant des périodes de crises sociales ou électorales mais aussi de tensions politiques. Dans le premier cas, on peut citer l’Éthiopie ainsi que des pays comme le Tchad, le Gabon, la Gambie, la République du Congo et l’Ouganda. Des manifestations publiques ont également entraîné des perturbations sur Internet dans d’autres pays comme le Burundi, la République centrafricaine, le Cameroun, la RDC, l’Éthiopie, le Mali, le Niger et le Togo.

Manque à gagner et impacts socioéconomiques

Tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne en fonction de la taille de leur marché, la pénétration d’internet ou la durée des perturbations. Mais au final, l’impact économique est indéniable.

« Les pertes économiques causées par une perturbation de l’Internet persistent bien au-delà des jours d’arrêt de la fourniture car les perturbations du réseau perturbent les chaînes d’approvisionnement et ont des problèmes systémiques effets qui nuisent à l’efficacité de l’ensemble de l’économie. Les perturbations de l’Internet, même si elles sont de courte durée, sapent la croissance économique, perturbent la prestation de services essentiels, érodent la confiance des entreprises et augmentent le profil de risque d’un pays ».

Selon le rapport de CIPESA, ces perturbations ont un impact économique élevé aux niveaux micro et macro, affectant négativement les moyens de subsistance des citoyens, sapant la rentabilité des entreprises et réduisant le PIB et la compétitivité des pays qui les mettent en œuvre. D’ailleurs, note le rapport, les fermetures d’internet s’observent autant dans les pays très connectés que ceux les taux de pénétration et d’utilisation sur Internet sont assez bas. C’est le cas par exemple, du Cameroun, de l’Ouganda et du Niger qui ont des pourcentages d’utilisation d’Internet de 25%, 21,9% et 4,4% selon les statistiques de l’UIT repris dans le document. Les trois pays ont pourtant subi des perturbations d’internet pendant 93 jours, 6 jours et 3 jours respectivement entre 2016 et 2017. « La contribution importante du secteur des TIC et des services Internet de plus en plus répandus à l’économie et à la société ne peut plus être contestée », plaident les auteurs du rapport pour qui cela vaut surtout pour les économies africaines où la contribution du secteur des TIC au PIB est en moyenne de 5%, une contribution supérieure à celle de nombreux pays d’Europe et d’Asie.
Les auteurs du rapport estiment donc « que ces pratiques ne constituent pas une réponse nécessaire et proportionnée aux situations face auxquelles elles sont utilisées », mais au contraire engendre des répercussions négatives sur « la vie de leurs citoyens, le profit de leurs entreprises, le PIB et la compétitivité de leurs pays ». De quoi faire réfléchir désormais les autorités qui envisagent de couper la connexion...

Aboubacar Yacouba Barma

(Source : La Tribune Afrique, 1er octobre 2017)

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