twitter facebook rss
Imprimer Texte plus petit Texte plus grand

La cybersécurité, un enjeu de premier plan en Afrique

lundi 19 février 2018

Nouvelle génération d’entrepreneurs innovants, paiement sur mobile en forte augmentation, développement de la télémédecine, une forte croissance des jeunes adolescents accros sur Facebook, Messenger et Instagram, l’ampleur grandissant de l’inclusion financière par la monnaie mobile … De nombreux exemples montrent que l’Afrique devient un continent d’innovation dans le digital, sautant plusieurs étapes (leapfrog) et échappant ainsi à la complexité d’un héritage technologique lourd. Cependant, ce dynamisme ne doit pas occulter le défi lié à la cybersécurité.

Si les pertes financières liées à ce phénomène varient fortement d’un pays à un autre, les estimations restent colossales. A titre d’exemple, en 2015, 8,8 millions de sud-africains ont été victimes d’une cyberattaque (Norton Cyber Security Report, 2016). Le rapport de février 2016 de la compagnie européenne d’intelligence stratégique (CEIS) l’indique également : sur l’année 2013, la Côte d’Ivoire a enregistré des pertes évaluées à 26 milliards de francs CFA (+/- 39,6 millions d’euros) à cause de la cybercriminalité ; le Sénégal a quant à lui perdu près de 15 milliards de francs CFA (+/- 22,8 millions d’euros) la même année.

L’importance du problème de la cybersécurité, comme dans d’autres continents, tient d’abord à sa rapidité et capacité de propagation. La cybercriminalité s’est immiscée dans notre quotidien, et les chiffres impressionnants en matière d’incidents ou de malware ne surprennent plus. Même si une prise de conscience de ce risque se généralise. En effet, 93% des dirigeants africains estiment que les cyber-menaces constituent un obstacle majeur à la confiance placée par leurs clientèles en leurs établissements (source : étude PwC Africa Business Agenda 2017). Cependant, peu d’entreprises ou d’institutions montrent une véritable maturité sur le sujet, malgré l’action de certains pays qui déploient des actions fortes pour maîtriser cette menace. Par exemple, le Maroc a mis en place une stratégie nationale de lutte contre la cybercriminalité en multipliant les structures dédiées. Le Sénégal, quant à lui, a créé un centre national de la cybersécurité (CNC) ainsi qu’un laboratoire qui dépend de la police nationale. Mais ces initiatives nationales suffisent-elles pour endiguer le phénomène croissant de cyber-criminalité ?

1. Le cyberespace transcende les frontières : notre réponse doit faire de même

La cybercriminalité n’obéit pas aux mêmes règles que le monde physique. La vulnérabilité à une attaque ne dépend pas de la proximité d’un emplacement géographique, mais d’interconnexion des systèmes. De ce fait, pour y répondre efficacement, les stratégies de cybersécurité doivent réunir l’ensemble des acteurs économiques et institutionnels. Plus la coopération sera forte entre institutions et entre régions, avec des dispositifs souples permettant la coopération sans entraver la question de souveraineté des pays, plus la protection sera efficace. Un vrai défi quand les tentatives de coopérations déjà menées n’ont pas abouti à une ratification massive de l’ensemble des pays africains en la matière.

2. La cybersécurité n’est pas composée que d’algorithmes.

Les initiatives règlementaires, législatives et la coopération sont certes importantes afin de traiter la cybersécurité, mais elles ne traitent principalement que deux aspects, à savoir la question de l’accès aux données, et les conditions dans lesquelles celles-ci sont transmises. Or, la cybersécurité dépasse ces deux dimensions. En tant que problématique économique, sécuritaire et sociétale, elle nécessite une réponse technique et humaine s’inscrivant dans la durée. La sensibilisation et l’éducation des utilisateurs à la cybersécurité, notamment d’abord par les médias à travers des programmes télévisés illustrant les menaces et leur mitigation et ensuite par la formation d’ingénieurs informatiques et de l’apprentissage du code, permettront aux populations, aux états et aux entreprises africaines d’être plus efficaces dans leur réponse aux cyber-attaques à long terme. Ce dernier point est une priorité quand on sait que mondialement, il y aura une pénurie d’environ 2 millions de postes en matière de cybersécurité en 2020.

3. Le contexte africain complexifie la donne

L’utilisation des mobiles continue de croître dans le monde, mais enregistre une progression encore plus forte en Afrique. Le taux de développement du haut débit mobile entre 2015 et 2016 est de 58%, c’est d’ailleurs le taux de développement le plus fort au monde (source : Etude PwC Disrupting Africa). Et cette tendance n’est pas prête de s’essouffler, notamment avec le développement des paiements via mobile ou de l’inclusion financière à partir de la monnaie mobile. Avec une population jeune qui ne cesse de se développer, l’Afrique est aussi le premier continent en matière de transferts d’argent sur mobile (14% d’entre eux selon le rapport économique de l’UNCTAD en 2015). Avec ce contexte spécifique, l’Afrique est à l’aube d’un boom technologique sans précédent. Ce qui représenterait un risque majeur en matière de cybersécurité car le cyber-crime progresse plus vite en ce qui concerne les mobiles et l’internet des objets. Dans ce cadre, le développement d’applications et de solutions mobiles sûrs dès leur conception permettra d’anticiper et de mieux maîtriser le risque.

Au-delà de représenter une nécessité pour développer des modèles économiques pérennes, la cybersécurité peut constituer un vrai atout différenciant pour l’ensemble des acteurs privés et publics africains. Les pays qui seront capables de créer des environnements plus sûrs en matière de cybersécurité, seront ceux qui gagneront en attractivité économique car ils garantiront la confiance dans les échanges, un élément de plus en plus central pour le futur écosystème digital et économique.

Mohamed Dembélé, associé PwC [1]

(Source : CIO Mag, 19 février 2018)

[1] Il a la responsabilité d’assurer le développement des activités de conseil en télécoms et cybersécurité en Afrique francophone

BATIK

Inscrivez-vous a BATIK

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez toutes nos actualités par email.

Navigation par mots clés

INTERNET EN CHIFFRES

- Bande passante internationale : 172 Gbps
- 4 FAI (Orange, Arc Télécom, Waw Télécom et Africa Access)
- 15 418 058 abonnés Internet

  • 15 064 336 abonnés 2G+3G+4G (97,72%)
    • 2G : 21,30%
    • 3G : 39,18%
    • 4G : 39,52%
  • 195 457 abonnés ADSL/Fibre (1,28%)
  • 156 129 clés et box Internet (1,00% )
  • 2 136 abonnés aux 4 FAI (0,02%)
  • Internet fixe : 1,28%
  • Internet mobile : 98,72%

- Liaisons louées : 4 131

- Taux de pénétration des services Internet : 92,29%

(ARTP, 30 juin 2021)

- 9 749 527 utilisateurs
- Taux de pénétration : 58,20%

(Internet World Stats 31 décembre 2018)

- 6693 noms de domaine actifs en .sn

(NIC Sénégal, avril 2020)

TÉLÉPHONIE EN CHIFFRES


Téléphonie fixe

- 3 opérateurs : Sonatel, Expresso et Saga Africa Holdings Limited
- 256 010 abonnés
- 215 687 résidentiels (84%)
- 40323 professionnels (16%)
- Taux de pénétration : 1,52%

(ARTP, 30 septembre 2021)


Téléphonie mobile

- 3 opérateurs (Orange, Free et Expresso)
- 19 742 292 abonnés
- Taux de pénétration : 118,18%

(ARTP, 30 septembre 2021)

FACEBOOK

3 900 000 utilisateurs

Taux de pénétration : 23%

- Facebook : 3,2 millions

- Instagram : 1,2 million

- LinkedIn : 680 000

- Twitter : 148 400

(Hootsuite, Février 2021)