OSIRIS

Observatoire sur les systèmes d’information, les réseaux et les inforoutes au Sénégal

Show navigation Hide navigation
  • OSIRIS
    • Objectifs
    • Partenaires
  • Ressources
    • Société de l’Information
    • Politique nationale
    • Législation et réglementation
    • Etudes et recherches
    • Points de vue
  • Articles de presse
  • Chiffres clés
    • Le Sénégal numérique
    • Principaux tarifs
    • Principaux indicateurs
  • Opportunités
    • Projets

Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2020 > Juin 2020 > « L’évolution de la cybercriminalité n’est pas une pathologie »

« L’évolution de la cybercriminalité n’est pas une pathologie »

mardi 16 juin 2020

Portrait/Entretien

« Tant qu’on a un nombre important de personnes en situation de précarité, et de l’autre côté des travailleurs qui peuvent mobiliser leurs compétences autrement qu’en les réinvestissant dans l’entreprise, et puis des cyber-délinquants qui en profitent, on aura fort à faire avec ce phénomène. » Cette réflexion dépitée de Serge LIDA, Maître de Conférences de sociologie économique, exprime bien un de nos grands sujets de préoccupation : la cybercriminalité. C’est un fléau de société dont cet enseignant-chercheur de l’Université Félix Houphouët Boigny livre sa propre analyse.

CIO Mag : Nous constatons une résurgence des crimes en ligne pendant que les entreprises se digitalisent. Entre 2015 et 2018, le nombre de plaintes recensées par la Plateforme de lutte contre la cybercriminalité a quasiment doublé, passant de 1409 à 2860 cas. Quelle lecture faites-vous de cette évolution ?

Serge LIDA : Tout ce qui est lié à la technologie et au crime évolue sur deux formes : sur la forme quantitative, qui dans notre cas est la multiplication du nombre de plaintes, des victimes, des cas ; et sur la forme qualitative, qui est en rapport avec les techniques par lesquelles les cybercriminels arrivent à opérer. Dans les deux cas, cette évolution n’est pas un phénomène anormal ni une pathologie. Parce que les choses sont censées évoluer, en passant d’un état à un autre, en termes de quantité ou de qualité. Et ces évolutions existent dans tous les domaines d’interaction humaine, à l’image de l’intérêt que les acteurs y trouvent. En ce qui nous concerne, plus la police cherchera à trouver des solutions pour limiter les infractions en ligne, plus se multiplieront de l’autre côté des techniques pour contourner ou se tenir hors du filet tendu par la police.

Cette évolution est aussi normale dans la mesure où les problèmes qui l’ont générée n’ont pas disparu et tendent même à se complexifier. Si on doit considérer à la base que la cybercriminalité s’explique par des problèmes sociaux comme le manque d’emploi décents, « la recherche du gain facile », l’accès à un statut valorisant quel qu’en soit le moyen, et que ces phénomènes – qui génèrent la cybercriminalité n’ont pas disparu – l’évolution du phénomène ne peut s’avérer paradoxale. L’évolution de la cybercriminalité est donc normale.

Parmi les infractions recensées sur le cyber espace ivoirien, la fraude sur le portefeuille électronique occupe le haut du tableau. En 2018, ce sont 538 faits qui ont été officiellement constatés. Comment expliquez-vous la prééminence de cette escroquerie ?

Serge LIDA : Il faut savoir que les cybercriminels opèrent par faille, en exploitant les zones d’incertitude qu’on appelle en entreprise les « trous structuraux ». Les opérateurs de téléphonie mobile utilisent des techniques informatiques pour créer des applications de transfert d’argent. Or chaque application informatique a une faille sur laquelle on peut s’appuyer pour tricher. Il se trouve ainsi que les gens qui ont contribué à la mise en place de ces systèmes ne vivent pas en vase clos. Ils sont en interaction avec des personnes marquées par la recherche de gain de tous ordres. De même qu’ils font toujours une comparaison entre ce qu’ils gagnent comme salaire et ce qu’ils sont susceptibles de gagner en mobilisant leurs compétences, mais de manière frauduleuse. Ces techniques qui ont contribué à développer ces opérations de transfert et/ou de retrait d’argent peuvent donc se retrouver dans le grand public.

On peut frauder aussi en s’appuyant sur cette idée que les gens ont tendance à investir peu en termes de comportement et de travail et à espérer gagner plus. Vous recevez un message qui vous dit qu’on vous a transféré quatre cent mille francs CFA alors que vous savez bien que vous n’attendez pas cette somme. Mais vous êtes tellement submergé par la cupidité que vous exécutez les opérations demandées par un interlocuteur que vous ne connaissez ni d’Adam ni d’Eve. Et vous voilà pris au piège !

Au total, cette faille provient de trois facteurs. Premièrement, les employés qui développent ces systèmes et qui sont capables d’en véhiculer des secrets et les modes opératoires. Deuxièmement, l’interaction de ces employés avec des potentiels cybercriminels. Troisièmement, le mode de fonctionnement des individus sur qui cette pratique est appliquée, c’est-à-dire les victimes.

Tant qu’on a un nombre important de personnes en situation de précarité, et de l’autre côté des travailleurs qui peuvent mobiliser leurs compétences autrement qu’en les réinvestissant dans l’entreprise, et puis des cyber-délinquants qui en profitent, on aura fort à faire avec ce phénomène.

Dès lors, quelles sont les conséquences de cette fraude sur l’économie nationale ?

Serge LIDA : Une fois qu’un pays est marqué au plan international par la cybercriminalité, il se crée un déficit de confiance à son égard. Car l’économie repose sur la confiance. Or les fraudes sur les transactions électroniques sont des opérations qui ont tendance à affaiblir le niveau de confiance entre les opérateurs économiques. Deuxièmement, la cybercriminalité génère une économie souterraine très forte. Imaginez par vous-mêmes les sommes d’argent qui en découlent loin des impositions des services de l’Etat.

Celui qui gagne de l’argent par la cybercriminalité ne paie aucune taxe. Vous le comptez parmi les chômeurs mais il n’en est pas un puisqu’il travaille dans cette économie souterraine. Il a plusieurs téléphones portables, des numéros cellulaires, des équipements internet, un ordinateur, etc. Chaque jour, il passe de nombreux appels, il écume les réseaux sociaux à la recherche de proie à arnaquer. Au bout de la journée, il peut se retrouver avec une centaine de mille. Cette activité génère donc des revenus que l’Etat ne voit pas. Paradoxalement, cette économie souterraine, à l’instar du narcotrafic, a la propriété de ternir l’image des pays où elle est développée. Et comme ce n’est pas de l’argent qu’on voit, on ne peut l’estimer encore moins en mesurer l’impact sur l’économie nationale.

Il y a aussi le fait que 93 % des plaintes enregistrées par la PLCC émanent de résidents ivoiriens. Ce qui n’était pas le cas dans un passé récent où l’essentiel des plaintes provenaient de l’extérieur : France, Belgique, Canada, etc. Faut-il comprendre que les « brouteurs » ne s’intéressent plus au marché international de la cybercriminalité ?

Serge LIDA : Cette inversion des tendances n’est pas dissociable de la médiatisation du phénomène de la cybercriminalité. Les médias étrangers s’en sont saisis et ont émis des alertes dans la zone européenne qui était vraiment considérée comme la zone la plus « attaquée ». La France, la Belgique, le Canada… ces pays ont été tellement victimes que le dispositif de communication a mis en évidence bon nombre de modes opératoires de la cybercriminalité. Et comme en Occident, tous les phénomènes sont des problèmes importants à traiter, ce phénomène a été diffusé sous forme de documentaires et compléments d’enquête, afin que les citoyens comprennent qu’il existe dans des pays étrangers, des personnes qui ne sont derrière les mines et profils affichés n’opèrent que dans la cybercriminalité. Et donc qu’il faille plus de vigilance à leurs populations respectives dans les interactions.

Pendant que les Occidentaux faisaient cela, on pensait, chez nous, être totalement épargné de la cybercriminalité. La réponse des cybercriminels, enfin, leur stratégie face à la nouvelle contrainte, c’est de se recentrer localement, sous d’autres formes. Ce n’est plus par l’escroquerie aux faux sentiments mais par d’autres types d’escroquerie. Aujourd’hui, ils sont capables de fabriquer une société fictive dans le domaine du foncier, en afficher les activités dans les médias sociaux et abuser de votre confiance. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

L’attitude des populations qui ont tendance à croire à tout ce qu’elles voient sur internet ne constitue-t-elle pas un facteur aggravant ?

Serge LIDA : Pour certains, tout ce qui passe sur internet est systématiquement vrai, alors qu’il devrait être considéré comme virtuel et illusoire dans un premier temps. Dans notre pays, les internautes sont plus focalisés sur ce qu’ils voient affichés que sur le fonctionnement des choses, parce qu’ils ont une représentation d’internet comme quelque chose qui légitime. Ces personnes croient que ce qui n’est pas bon ne peut être affiché sur internet. Et donc si c’est affiché sur internet, c’est que c’est bon. Sur Facebook, toutes les femmes sont des femmes battantes, alors qu’elles sont couchées à la maison. Tout est bon pour que l’escroquerie dont vous parlez prospère dans nos milieux.

On a encore cette image de gens qui découvrent internet, qui sont éblouis par un phénomène. Mais cette attitude permet justement aux gens de prospérer dans la cybercriminalité. Et ils vont profiter de cette opportunité sur une longue période jusqu’à ce que les gens se rendent compte qu’ils se sont fait avoir et réviser leur rapport à la toile.

A ce propos, quelles sont vos recommandations pour un usage responsable des plateformes numériques ?

Serge LIDA : La vie dans le virtuel n’est pas la vie réelle. Les interactions dans le monde virtuel sont différentes de celles du monde réel. Par conséquent, vous ne pouvez pas avoir les mêmes dispositions de protection de votre intégrité, de vos secrets dans le monde réel que sur internet. Il faut plutôt dédoubler sa protection dans le monde virtuel, parce que là-bas vous ne contrôlez rien. Si dans la vie réelle tu fais attention, pourquoi n’en fais-tu pas de même sur internet ? Encore que les interactions sur internet ne dépendent pas de toi mais d’un système que tu ne contrôles pas. Les paramètres qui font que ton message quitte de ton téléphone portable pour aller vers celui de ton épouse ne dépendent pas de toi. Il faut le savoir pour que chacun fasse un peu plus attention lorsqu’il se trouve sur internet qui est un environnement avec plein d’incertitudes

Anselme Akeko

(Source : CIO Mag, 16 juin 2020)

Fil d'actu

  • Monnaies complémentaires et possibilités en Afrique : description et essai de mise en œuvre dans le domaine de l’agroécologie Burkina NTIC (30 juillet 2026)
  • Charte de membre Africollector Burkina NTIC (25 février 2026)
  • TIC ET AGRICULTURE AU BURKINA FASO Étude sur les pratiques et les usages Burkina NTIC (9 avril 2025)
  • Sortie de promotion DPP 2025 en Afrique de l’Ouest Burkina NTIC (12 mars 2025)
  • Nos étudiant-es DPP cuvée 2024 tous-tes diplomés-es de la Graduate Intitute de Genève Burkina NTIC (12 mars 2025)

Liens intéressants

  • NIC Sénégal
  • ISOC Sénégal
  • Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP)
  • Fonds de Développement du Service Universel des Télécommunications (FDSUT)
  • Commission de protection des données personnelles (CDP)
  • Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA)
  • Sénégal numérique (SENUM SA)

Navigation par mots clés

  • 5314/6278 Régulation des télécoms
  • 403/6278 Télécentres/Cybercentres
  • 4162/6278 Economie numérique
  • 2163/6278 Politique nationale
  • 6071/6278 Fintech
  • 611/6278 Noms de domaine
  • 2348/6278 Produits et services
  • 1792/6278 Faits divers/Contentieux
  • 868/6278 Nouveau site web
  • 6278/6278 Infrastructures
  • 2184/6278 TIC pour l’éducation
  • 218/6278 Recherche
  • 281/6278 Projet
  • 4419/6278 Cybersécurité/Cybercriminalité
  • 2301/6278 Sonatel/Orange
  • 1801/6278 Licences de télécommunications
  • 311/6278 Sudatel/Expresso
  • 1179/6278 Régulation des médias
  • 1463/6278 Applications
  • 1203/6278 Mouvements sociaux
  • 2055/6278 Données personnelles
  • 190/6278 Big Data/Données ouvertes
  • 749/6278 Mouvement consumériste
  • 407/6278 Médias
  • 711/6278 Appels internationaux entrants
  • 2066/6278 Formation
  • 118/6278 Logiciel libre
  • 2753/6278 Politiques africaines
  • 1366/6278 Fiscalité
  • 194/6278 Art et culture
  • 685/6278 Genre
  • 2975/6278 Point de vue
  • 1279/6278 Commerce électronique
  • 1691/6278 Manifestation
  • 381/6278 Presse en ligne
  • 155/6278 Piratage
  • 260/6278 Téléservices
  • 1302/6278 Biométrie/Identité numérique
  • 370/6278 Environnement/Santé
  • 429/6278 Législation/Réglementation
  • 432/6278 Gouvernance
  • 2228/6278 Portrait/Entretien
  • 175/6278 Radio
  • 988/6278 TIC pour la santé
  • 311/6278 Propriété intellectuelle
  • 95/6278 Langues/Localisation
  • 1287/6278 Médias/Réseaux sociaux
  • 2546/6278 Téléphonie
  • 220/6278 Désengagement de l’Etat
  • 1295/6278 Internet
  • 148/6278 Collectivités locales
  • 489/6278 Dédouanement électronique
  • 1392/6278 Usages et comportements
  • 1194/6278 Télévision/Radio numérique terrestre
  • 613/6278 Audiovisuel
  • 4272/6278 Transformation digitale
  • 437/6278 Affaire Global Voice
  • 199/6278 Géomatique/Géolocalisation
  • 404/6278 Service universel
  • 754/6278 Sentel/Tigo
  • 220/6278 Vie politique
  • 1982/6278 Distinction/Nomination
  • 66/6278 Handicapés
  • 849/6278 Enseignement à distance
  • 937/6278 Contenus numériques
  • 658/6278 Gestion de l’ARTP
  • 235/6278 Radios communautaires
  • 2155/6278 Qualité de service
  • 670/6278 Privatisation/Libéralisation
  • 194/6278 SMSI
  • 563/6278 Fracture numérique/Solidarité numérique
  • 3279/6278 Innovation/Entreprenariat
  • 1596/6278 Liberté d’expression/Censure de l’Internet
  • 76/6278 Internet des objets
  • 301/6278 Free Sénégal
  • 1422/6278 Intelligence artificielle
  • 326/6278 Editorial
  • 16/6278 Gaming/Jeux vidéos
  • 54/6278 Yas

2026 OSIRIS
Plan du site - Archives (Batik)

Suivez-vous