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L’Afrique numérique : la bataille pour la souveraineté de ses spectres de fréquences

jeudi 22 décembre 2011

L’Afrique a perdu la bataille de son sous-sol, de son sol et de ses airs. La dernière bataille qu’elle doit livrer, celle du contrôle des fréquences de son spectre à l’heure du numérique, est vitale. La promesse de la nouvelle ère digitale n’aura pas lieu si les pays africains ne satisfont pas à la première condition de l’économie numérique qui est de reprendre le contrôle des fréquences de spectre du continent. Cette condition en est une qui va de soi. Elle devient impérative et doit être sans appel. D’aucuns trouveront philosophique ce préalable, mais je maintiens qu’il est le nerf de la guerre. Les réseaux de télécommunications sont à comparer à l’introduction du chemin de fer dans la révolution industrielle au début du siècle dernier. On parle ici de la souveraineté des infrastructures de télécommunication (satellite, fibre optique, etc.).

L’expérience accélérée du contrôle des infrastructures de télécommunications et de la manne qu’elles représentent pour des pays comme la Nouvelle-Zélande et l’Australie, le Canada, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, le Brésil, le Venezuela, l’Inde et la Chine, n’est plus à démontrer. Ces infrastructures sont sources de revenus pour les États, d’accroissement de la compétitivité entre les entreprises et d’innovation pour les populations. Que ce soit dans la livraison des services aux citoyens ou le développement des entreprises, les infrastructures robustes et de plus en plus performantes sont la promesse d’un changement réel de paradigmes pour les citoyens et les entreprises au cœur de la création et la gestion de richesse.

Reprendre le contrôle du spectre africain

À qui appartiennent les réseaux de télécommunications africains, qu’ils soient satellites ou par câblodistribution ?

La question mérite d’être posée en ces temps de livraison de services mobiles et numériques douteux, d’infrastructures à rabais aux citoyens et entreprises du continent. Oui, la globalisation et la révolution numérique sont aux portes de l’Afrique. Le printemps arabe nous le prouve. Cette révolution a aussi eu le mérite de nous démontrer que les installations de télécommunications ne sont pas souveraines sur le continent. Que les ‘’révolutionnaires’’ ont dû s’adosser à des réseaux étrangers pour se faire entendre.

Il n’y aura pas de développement durable si les pays ne reprennent pas le contrôle des étoiles, c’est-à-dire du spectre africain. Ce spectre si valeureux et primordial pour le futur du continent, doit devenir une obsession de tous les instants pour les gouvernements en place, car le négliger serait une offense grave et même un abandon de toute une génération de millions de jeunes Africains qui ne se tairont pas comme leurs parents l’ont fait.

Tout le monde s’entend pour dire que l’ère numérique est la nouvelle révolution humaine. À l’heure de la dématérialisation des contenus, des informations, les actions mises en place par les pays du BRICS (Brésil-Russie-Inde-Chine-Afrique du Sud) le prouvent ; celles des pays membres de l’ASEAN aussi, les ont rendus comme de sérieux prétendants au développement. Et que dire de l’Union Européenne et des Américains y compris le Canada. Il faut s’en inspirer sans excuses aucunes. À voir les revenus et les investissements dégagés dans le monde par les pays, les communautés économiques anciennes et nouvelles, on comprend que celui qui contrôlera cette nouvelle donne sera maître de son destin et de celui de sa population.

Le spectre, une richesse invisible

Le continent africain a déjà perdu la souveraineté de son sous-sol avec un constat que les titres fonciers des exploitants pratiquement tous étrangers, n’appartiennent plus au pays. Une carte actuelle de propriété du sous-sol du continent nous livrerait une désolante et effrayante image.

Le continent a perdu la souveraineté de sa surface. Là aussi, une ébauche de carte nous laisserait sans voix. Et que dire des airs, c’est-à-dire tout ce qui est de l’ordre de l’aéronautique et de l’aviation commerciale ? Un véritable désastre de transport. Il est plus difficile à un Africain de l’Ouest de se rendre à l’est du continent que de se rendre en Chine. Situation anormale s’il en est une.

Ce que l’ère numérique implique, c’est la bataille du spectre et avec elle, les infrastructures de dernières générations. Cette richesse invisible, tracée sans consultation des Africains, dans des codes immatériels, a aujourd’hui une valeur incommensurable. Celui qui contrôle son spectre, contrôlera son développement en éducation, en culture, en santé, en environnement et dans le domaine de la sécurité de ses citoyens.

Reprendre le contrôle des fréquences de spectre a rapporté aux gouvernements américains, aux Européens, aux Asiatiques et aux Latino-américains des centaines de milliards de dollars. Des sommes pharaoniques qui ont servi à accroître la compétitivité et l’innovation des entreprises.

Tous ces Mégahertz et leurs bandes de fréquence qui couvrent le ciel africain, ont besoin de retrouver leurs propriétaires : les Africains. Le spectre c’est comme le pétrole et l’or, ressources qui font courir le monde.

L’anarchie actuelle de la propriété, des redevances collectées ou non liées aux droits de licences, que ce soit dans le domaine de la mobilité ou dans l’omniprésence des radios et télévisions internationales sur le continent, combinée aux actions isolées des pays, laissent le terrain aux cupides et ouvrent la voie à un piège d’aliénation qui gardera les pays africains dans la spirale de dépendance financière, culturelle et donc d’une domination économique qui sera encore plus forte dans l’ère numérique.

Le régime de propriété du spectre : à revoir en urgence

Que l’Union africaine demande à chacun des pays de faire un état des lieux de son spectre et de le présenter à ses citoyens et à l’Union dans des délais immédiats. Que des enchères individuelles ou collectives se tiennent rapidement dans les pays, mais avec la particularité que des entreprises locales en consortiums ou en partenariats en soient les fiduciaires responsables et imputables. Les règles de propriétés étrangères en matière de télécommunications qui prévalent dans les pays occidentaux, doivent l’être aussi en Afrique.

Le continent doit se défaire de ses ententes historiques actuelles ; Une mise à plat de son régime de propriété est vitale.

À l’heure où les chantiers divers se multiplient sur le continent, l’Afrique doit reprendre la souveraineté de ses spectres de fréquences. L’Afrique est à bout de ciel et c’est son droit le plus absolu de réclamer son espace pour les millions de jeunes Africains qui ne demandent qu’à être créatifs, entrepreneurs et membres à part entière de la communauté des nations, sans complexes et sans aucune gêne.

Ben Marc Diendéré

(Source : Afrique expansion, 22 décembre 2011)

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