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L’Afrique à l’heure des inforoutes par Jean-Pierre Denis et Olivier Sagna (*)


L’Afrique à l’heure des inforoutes par Jean-Pierre Denis et Olivier Sagna (*) (publié dans Universités, Vol. 18, n°1, mars 1997)

L’explosion universelle de l’Internet durant la dernière année écoulée n’a pas laissé de côté l’Afrique, qui montre globalement un développement du nombre de « domaines Internet » parmi les plus importants au monde. A partir de nœuds nationaux, le nombre de « fournisseurs d’accès et de services » a progressé de façon spectaculaire, ainsi que le nombre de clients connectés.

En fin 1995, nous écrivions [1] : « Si demain l’Afrique veut être présente au rendez-vous de la société de l’information, elle se doit d’être active dès maintenant sur les inforoutes ; faute de quoi elle restera au bord de la route ». Les observations actuelles montrent de belles avancées, cependant le retard est grand, technique, politique, socioculturel ; il reste donc de nombreux problèmes à résoudre.

Aujourd’hui tous ceux qui sont engagés dans le combat visant à tirer l’Afrique de sa situation actuelle et à la réintégrer dans le concert des nations non pas en tant que spectatrice mais en tant qu’actrice ne peuvent que prêter attention aux possibilités offertes par les technologies de l’information et de la communication qui, comme toutes les technologies, mais pas plus que d’autres, comportent certes des inconvénients et sont porteuses de risques mais amènent également des avantages et sont porteuses d’espoir. La connexion de l’Afrique à Internet est une opportunité à saisir car ainsi que le déclare K. Y. Amoako, Secrétaire exécutif de la Commission Économique pour l’Afrique : « Si les pays africains ne saisissent pas à sa juste valeur l’importance de cette évolution, ils pâtiront d’un déséquilibre en matière d’information et de technologies, victimes de l’écart séparant les pays riches d’informations de ceux qui en sont dépourvus ».

Contrairement à ce que disent certains, la question n’est donc pas de savoir si l’Afrique doit ou non s’engager vers le développement des réseaux électroniques, mais envisager les problèmes de façon réaliste et pratique, c’est à dire en faisant agir, pour le compte de l’Afrique, les organismes internationaux et les bailleurs de fonds, en même temps que les opérateurs nationaux. Les Nations Unies, par exemple, n’ont pas manqué d’introduire le développement de l’accès à l’information dans leur dernière initiative spéciale sur l’Afrique, développée par les institutions spécialisées, notamment la Banque Mondiale et la Commission Économique pour l’Afrique, l’Unesco, le PNUD, ou l’Union internationale des télécommunications. Les déclarations des chefs d’État et de gouvernement ayant le français en partage, exprimées au cours du Sommet de Cotonou en décembre 1995, renforcent également cette position, de même que la dernière réunion de la francophonie à Marrakech, en décembre 1996. En fait, toutes les initiatives s’accordent sur un constat : l’urgence qui s’impose est d’éviter une marginalisation du continent africain, qui le laisserait en dehors de l’actuelle réorganisation fondamentale des économies et des sociétés.

De nécessaires investissements

En matière d’infrastructures, la situation est globalement peu reluisante à l’exception de certains pays comme l’Afrique du Sud et dans une moindre mesure le Sénégal. Ainsi, la densité téléphonique de l’Afrique est la plus faible du monde (moins d’un appareil pour cent habitants, contre 23 en Europe et 33 aux Etats-Unis) et les réseaux de télécommunications sont souvent sous-dimensionnés, obsolètes et principalement limités aux zones urbaines. Cette situation est bien connue et fréquemment décrite. A cela, il faut bien sûr ajouter la faiblesse du parc informatique, qu’il s’agisse de gros systèmes de mini-ordinateurs ou de micro-ordinateurs et de réseaux locaux.

Cependant, des projets, nationaux ou internationaux visent à remédier à cette situation : projet Africa One de ceinturer l’Afrique par un câble sous-marin en fibre optique ou le projet RASCOM d’un satellite africain. A priori, les investissements nécessaires pour une action d’envergure sont colossaux, mais ne semblent pas insurmontables si une volonté politique régionale ou continentale se mobilise.

A ce point, il faut se demander sur quoi l’Afrique doit-elle porter son effort. Il semble assez évident que les possibilités actuelles, technologiques, infrastructurelles et financières ne sont pas suffisantes pour que l’engagement se fasse sans le soutien des organismes internationaux regroupés, comme le préconisent les recommandations du Colloque régional africain d’Addis Abeba (avril 1995). L’infrastructure doit et peut donc être installée par d’autres car l’essentiel, nous y reviendrons, consiste à être présents en termes de contenus de façon à ce que l’Afrique soit, elle aussi, réalisatrice de produits et services d’information et non une simple consommatrice.

De la situation décrite plus haut, découle une faiblesse évidente de la culture informatique qui touche essentiellement le secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche, les administrations centrales et les grosses entreprises. Cet obstacle est sans doute le plus sérieux au développement de l’utilisation et surtout de l’appropriation des technologies de l’information et de la communication. Un autre obstacle est bien entendu le fort taux d’analphabétisme et la quasi absence des langues nationales africaines dans les réseaux, même sous le couvert de la francophonie qui, pourtant, se donne pour ambition complémentaire une meilleure visibilité des langues partenaires du français.

La Société de l’Information qui est en train de naître est caractérisée par :

- un risque majeur d’hégémonie d’une seule langue aux dépens du multilinguisme, donc du multiculturalisme. Ce qui signifierait un appauvrissement du patrimoine mondial dans tous les domaines, car il n’est plus à démontrer que la diversité est un atout et une richesse ;
- un développement atomisé et à plusieurs vitesses suivant les pays et les régions. Ce qui signifierait la marginalisation de certaines de ces zones (par exemple pour la connectivité) ;
- une disproportion dans la visibilité des contenus, ce qui signifierait également la mise à l’écart d’une partie essentielle du patrimoine mondial, en particulier des pays du Sud.

Des actions concrètes doivent permettre aux francophones de disposer d’accès à l’information, d’interfaces et de contenus en français et de liaisons entre communautés francophones. Elles supposent :

- le branchement massif et économique d’utilisateurs ;
- la création d’outils en français d’accès et de traitement de l’information ;
- la multiplication des contenus francophones du Nord et du Sud en s’appuyant sur les gisements d’information existants et la création de groupes de production de contenus. Ce dernier aspect est tout à fait essentiel et doit s’appuyer sur l’ensemble des supports possibles.

De plus, les ambitions doivent aller au-delà de l’éducation, bien que la communauté scientifique soit à l’origine de la plupart des solutions techniques et méthodologiques nécessaires à la circulation de l’information en français. La démarche francophone doit s’appliquer à la culture, à l’économie, à l’entreprise, aux médias, à l’affichage... Et donc créer un environnement où le français est langue d’usage quotidien et courant. En fait « la francophonie ne risque pas d’être victime de trop grandes ambitions ; nous n’en aurons jamais trop. Nous avons le potentiel de les réaliser toutes ». [2]

Quels sont en fait les besoins spécifiques de l’Afrique en relation avec l’Internet ? Sans être exhaustif, les éléments à citer sont : combler le déficit en bibliothèques, mêmes universitaires, diminution du nombre de voyages d’études, utilisation pour la relance des sciences et des techniques, moyen de développement de l’intégration africaine en facilitant les communications et les contacts, d’installation des processus démocratiques...

Privilégier les contenus

Au delà de la connexion à Internet, du développement des infrastructures de télécommunications et de l’amélioration de l’environnement économique et réglementaire, l’enjeu fondamental réside dans la production de contenus et ce pour de multiples raisons :

- on ne trouve sur Internet que ce que l’on y met et plutôt que de se lamenter sur la place prépondérante de l’anglais et l’absence des pays du Sud, il faut que les francophones en particulier et les Africains en général se lancent résolument dans la production de contenus. A ce sujet, il convient de signaler la création récente, à l’initiative de l’AUF, du Cesproc (Centre sénégalais de production de contenus sur l’Internet), structure virtuelle regroupant des rédacteurs, concepteurs, ingénieurs-toile du milieu scientifique sénégalais décidés à un développement pratique et rapide de la Toile francophone ;
- à l’heure de la société de l’information, les produits et services d’informations constituent un marché considérable sur lequel l’Afrique doit se positionner en profitant notamment de l’avantage comparatif que représente le faible coût de sa main d’œuvre ;
- les pays, les sociétés, les établissements de recherche et d’enseignements supérieur, les ONG, bref toute organisation qui veut avoir une bonne visibilité sur le plan international se doit d’être présente sur Internet notamment à travers la Toile ;
- à une plus grande échelle, sur le plan économique, Internet peut à la fois être un instrument de marketing, un outil pour pénétrer de nouveaux marchés, un facteur d’amélioration de la productivité interne par l’amélioration et/ou la réorganisation des processus de travail ;
- sur le plan culturel, Internet est à la fois véhicule de culture et outil de création.

Les trois fonctions essentielles de l’Internet : échanges et communication, accès aux connaissances et production d’information commencent à se développer en Afrique ; le chemin à parcourir est encore considérable surtout en raison de la faiblesse des infrastructures qui empêche un développement de la connectivité et donc du contact réel pour tous avec les ressources mondiales d’information. Pourtant, on peut noter, surtout dans le milieu universitaire, un engouement pour l’utilisation de cette technologie et une sensibilisation forte à la nécessité de concevoir et diffuser de l’information par tous les moyens disponibles, en particulier dans le cadre général et fédérateur de l’université virtuelle francophone.

Jean-Pierre Denis et Olivier Sagna

(*) Jean-Pierre Denis est directeur du Centre Syfed-Refer de l’AUF à Dakar. Olivier Sagna est maître-assistant, chef de la Section documentation de l’Ecole des bibliothécaires, archivistes et documentalistes (EBAD, Université Cheikh Anta Diop de Dakar).

Sagna Olivier et Denis Jean-Pierre : « L’Afrique, les inforoutes et la francophonie » - Documentaliste, Sciences de l’information, n• 3, vol 33, 1996

Emile Derlin Zinsou - 8e Conférence ministérielle de la Francophonie. Marrakech, déc. 1996.

[1] Sagna Olivier et Denis Jean-Pierre : « L’Afrique, les inforoutes et la francophonie » - Documentaliste, Sciences de l’information, n• 3, vol 33, 1996

[2] Emile Derlin Zinsou - 8e Conférence ministérielle de la Francophonie. Marrakech, déc. 1996.

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