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Khassoum Wone, Dg de l’Adie : « L’Adie travaille pour une administration efficace au service des citoyens »

jeudi 19 décembre 2013

L’Agence de l’informatique de l’Etat (Adie) a entamé un vaste chantier qui, à terme, doit plonger le Sénégal dans l’ère du numérique. Son directeur général, Khassoum Wone, était l’invité de la rédaction du Soleil. Il a été reçu par le directeur général, Cheikh Thiam, et le rédacteur en chef central adjoint, Mamadou Diouf. Selon lui, la dématérialisation permettra au pays de faire des économies substantielles et faciliter la création d’emplois. Il a indiqué qu’avec les Tic, le Sénégal peut relever les défis dans la santé, l’éducation, l’agriculture, l’économie, l’emploi, etc.

L’Agence de l’informatique de l’Etat existe depuis 2004. Votre mission était de réduire les charges de l’Etat, mais les factures téléphoniques sont toujours élevées. Avez-vous fait un bilan ?

« Nous y travaillons depuis plusieurs mois. A un moment, nous nous sommes dit qu’il faut s’arrêter, écouter tout le monde et réfléchir sur l’avenir de l’Adie. Nous avons alors fait un certain nombre de séminaires avec les acteurs du secteur. A l’issue de la rencontre de Saly, nous avons finalisé le Plan stratégique de développement pour la période 2014-2017. Il est à l’étape de validation par les autorités. La réduction des charges téléphoniques de l’Etat est l’une des préoccupations fortes de l’Adie. Le président de la République nous y attend fortement. Il nous l’a réitéré à plusieurs reprises. Nous accélérons la cadence. Nous sommes en train d’interconnecter tous les ministères sur la téléphonie fixe afin qu’ils puissent s’appeler gratuitement. D’ici peu, nous pourrons faire la gratuité totale. Egalement, pour la téléphonie mobile, nous avons lancé la phase 2 de l’Intranet administratif. En 2008, nous avions investi sur l’Intranet administratif dans 7 régions. Aujourd’hui, nous sommes en train de l’étendre à Ziguinchor pour participer au désenclavement de la Casamance et à toutes les régions du pays. Le but, c’est d’arriver à offrir à l’administration un système de téléphonie et de communication autonome. Notre objectif, c’est qu’en 2014, on arrive à réduire la facture téléphonique de l’Etat de moitié, en passant de 22 à 11 milliards de FCfa. L’Adie y travaille, en collaboration avec la Sonatel et d’autres acteurs. Elle veut aussi aider à réduire et à maîtriser la masse salariale. L’Adie collabore avec le ministère de la Fonction publique sur l’audit physique et biométrique des agents de l’Etat. Nous impulsons aussi l’utilisation de la visioconférence pour les réunions entre les différents démembrements administratifs pour réduire les déplacements des agents. A cet effet, nous offrons des plateformes sur lesquelles toutes les administrations peuvent se connecter. A ce jour, toutes les gouvernances sont connectées à la visioconférence et nous l’utilisons beaucoup. Il reste maintenant la communication et l’appropriation des services par les bénéficiaires, c’est-à-dire les agents de l’administration. »

Que voulez-vous faire à travers la Commission en charge des données personnelles ?

« Nous sommes dans un monde en pleine mutation où les données sont disponibles un peu partout avec les comptes Facebook, Yahoo, Google ou autres qui se trouvent aux Etats-Unis. On ne sait pas où ils sont stockés. Les enfants ont accès à plus d’informations que leurs parents, avec en face d’eux, le banditisme international. Ils sont donc exposés. C’est tout l’enjeu de la cyber-sécurité, de la cybercriminalité. Nous avons pour rôle de sensibiliser les personnes afin qu’elles fassent attention. Puisqu’on entre de plus en plus dans le monde du Big Data où l’on a de plus en plus de données. Celles-ci doivent être contrôlées par propriété mais aussi par accès. Il y a eu récemment le problème de Snowden. L’Adie veut que, dans l’administration, les agents utilisent de plus en plus la messagerie électronique gouvernementale qui est sécurisée. En effet, un agent de l’administration qui utilise un mail Yahoo pour envoyer des documents confidentiels ne sait pas quel est le traitement qui est fait de ce document quelque part dans le monde. Il est donc nécessaire que l’administration s’approprie cette utilisation de la messagerie gouvernementale pour renforcer sa sécurité. Cette messagerie existe depuis plusieurs années, mais nous n’avons pas encore les résultats que nous voulions de son utilisation. »

Pouvez-vous faire le bilan du processus de recensement biométrique des fonctionnaires ?

« Ce travail d’audit physique biométrique est terminé. Il a été bien fait. Je vais laisser la primeur au Premier ministre qui va présider, au cours de ce mois, un comité de pilotage pour publier les résultats définitifs. Le travail est totalement terminé, mais il y a quelques arbitrages à faire. On a besoin que l’autorité se prononce sur certains cas pour faire un arbitrage. Les premières mesures de suspension de salaires devraient normalement être effectives à la fin de ce mois. Le processus a été long parce qu’il fallait de la prudence pour éviter les erreurs. Je peux affirmer que le pourcentage d’erreur sur les agents épinglés sera très faible.

Le travail de terrain a commencé le 30 novembre 2012 pour finir en janvier 2013. Après, il y a eu d’abord un travail de saisie des contentieux qui nous sont parvenus du terrain sur une plateforme. Ensuite, une première série de réunions de la Commission nationale de traitement des contentieux présidée par le Vérificateur général du Sénégal, François Colin. Il a travaillé sur ces contentieux et fait un arbitrage. Mais, pour être encore plus prudents, nous avons décidé de confronter ce travail à celui de la Commission qui était sur le terrain. C’est ce qu’on a appelé la deuxième phase de l’audit qui s’est déroulée du 30 juillet au 19 août 2013. Il a permis aux auditeurs de se rendre sur le terrain et de confronter les différents paniers vert, jaune et rouge pour arriver aux résultats définitifs. Il y a eu encore une série de réunions de la Commission des contentieux qui vient de déposer son rapport. Les propositions finales ont été faites et soumises au comité de pilotage et nous agirons bientôt. Ce travail est très important pour notre nation. Actuellement, nous savons que la masse salariale consomme une part importante de notre budget. Il y a eu beaucoup de personnels fictifs et le but de l’audit est de les sortir pour donner une chance de travail aux jeunes à la recherche d’emploi. Pour rendre l’administration publique plus performante, nous avons commencé à réfléchir sur comment doter les fonctionnaires de cartes d’identification biométriques qui permettent de contrôler les temps de présence. Il y a, en plus, l’idée de réaliser un paiement électronique des salaires avec ces cartes, mais aussi de gérer les imputations budgétaires. »

Quelle évaluation faites-vous du projet d’Intranet gouvernemental avec la Chine ?

« Pour l’Intranet gouvernemental appelé également Projet e-gouv qui a été financé par la coopération chinoise, nous avions déjà lancé, en 2008, une première phase durant laquelle nous avons fait un certain nombre de réalisations peu ou mal connues. Nous avons déployé quelque 500 km de fibres optiques sur Dakar et 6 capitales régionales : Thiès, Louga, Saint-Louis, Diourbel, Kaolack et Fatick, via le site du Technopole où nous avons construit le nouveau siège de l’Adie. Nous avons mis un réseau de téléphonie mobile et d’Internet 3G couvrant 11 capitales régionales où l’Adie a mis des clés qui permettent la connexion 3G. Nous avons distribué des terminaux mobiles et fixes aux administrations, distribué 12.000 appareils (6.000 fixes et 6.000 portables), installé une plateforme de visioconférence qui interconnecte la présidence de la République, la Primature, les cabinets ministériels, 11 gouvernances de régions ainsi que certains hôpitaux et universités. Nous avons mis des matériels de télémédecine dans certains hôpitaux du pays et des matériels de télé-enseignement dans certaines universités.

Dans la phase 2 que nous avons démarrée il y a 2 mois, nous sommes en train de prolonger l’infrastructure fibre optique aux régions qui n’étaient pas connectées, sauf Matam et Kédougou. Avec cette phase, nous allons couvrir la quasi-totalité des régions du Sénégal avec l’extension de la couverture mobile et celle de la 3G dans les régions et départements non connectés. Nous avons également mis une solution de communication unifiée pour l’administration afin de réduire les dépenses de télécommunications. Avec les Unified communications, sur une même plateforme, on peut communiquer. Ce qui permet de réduire les dépenses. Nous avons sécurisé les plateformes de l’Intranet administratif, renforcé les capacités d’hébergement, de sauvegarde et de stockage de Data Center primaire et secondaire. Car, durant la phase 1, nous avons mis Data Center au Technopole, un autre à Orana et nous avons aussi déployé un Cloud Data Center pour la centralisation de l’hébergement. Nous avons aussi interconnecté, via un réseau Wimax, un projet d’Intranet administratif que nous avons fait avec la coopération coréenne. Actuellement, au Sénégal, la connexion Internet est offerte par l’Adie dans 665 bâtiments administratifs dans 11 régions. Les gouvernances, les préfectures, les services techniques de l’administration sont tous connectés via notre réseau. A la fin de la phase 2 de l’Intranet gouvernemental, nous aurons un réseau d’envergure nationale, mais aussi un réseau d’opérateur télécom. Il faut savoir que l’Adie est un opérateur de télécommunication à part entière. Après Orange, l’Adie a la plus grande infrastructure de télécommunications du pays. Il y a des problèmes de licence qui font que cette infrastructure de télécommunications est, pour l’instant, utilisé pour les besoins exclusifs de l’administration.

Nous sommes dans une démarche de vulgarisation de l’accès aux nouvelles technologies. Pour arriver au e-gouvernement, il faut d’abord connecter les structures, ensuite insuffler de l’innovation dans leurs travaux avant de transformer leurs modes de fonctionnement. Nous avons distribué, cette année, près de 3.500 ordinateurs portables aux agents de l’administration dans toutes les régions, départements et arrondissements du pays. Avant cela, 5.000 ordinateurs fixes ont été distribués, soit un total de 10.000 ordinateurs. En 2014, nous allons en distribuer 10.000 autres. C’est ce qu’on appelle le programme spécial ordinateurs que l’Adie exécute depuis 2 ans. »

Avez-vous une coopération avec l’Inde qui est très en avance dans ce domaine ?

« L’Inde est un des fleurons des nouvelles technologies. Nous travaillons avec elle en particulier pour ériger, sur le site du Technopole, le projet du Cyber-village. Puisque l’une de nos missions consiste à aider à l’éclosion d’un écosystème favorable aux Tic qui sont porteuses de valeur ajoutée. On peut accélérer la croissance de notre pays avec elles, créer des milliers d’emplois, des unités de télé-services. En donnant un ordinateur à un jeune, il a un bureau avec lui. Il suffit alors de le connecter au marché mondial des télé-services pour qu’il puisse créer un emploi et commencer à générer de la valeur. Cela est possible, il suffit juste qu’il y ait de la volonté politique. Nous avons aussi d’autres projets qui ne sont pas encore sortis de terre. »

Comment comptez-vous lutter contre la réticence de certains fonctionnaires ?

« La réticence des fonctionnaires par rapport à la dématérialisation est un fait et nous en sommes victimes. La dématérialisation des procédures administratives devra rendre l’administration plus efficace. Mais, comme l’a dit le ministre de l’Economie et des Finances, en dématérialisant les procédures, on met fin à la corruption dans l’administration. Il est donc normal qu’il y ait des réticences. Certaines réticences peuvent s’expliquer par le manque de formation à l’outil informatique. Dans notre Plan stratégique, c’est l’un des axes forts qu’on appelle le man power. Il est nécessaire, pour avoir des résultats, que nous formions, à grande échelle, toute l’administration publique. Ce qui peut faciliter l’appropriation des outils. Mais, la dématérialisation en est une nécessité pour avoir une administration efficace et des citoyens satisfaits de son fonctionnement. Par exemple, dans le domaine du permis de construire, l’Adie exécute le projet Télédemande d’autorisation de construire (Teledac) qui va booster le classement de notre pays dans le Doing Business. Il y a aussi un volet communication, un domaine où l’Adie a une certaine faiblesse. »

Quelles sont les services que vous offrez aux populations ? Avez-vous prévu d’aller au-delà de l’administration ?

« Je vais d’abord parler du slogan de l’Adie qui est pour une e-administration efficace au service du e-citoyen. C’est dire que nous avons une mission à la fois de rendre l’administration efficace mais aussi de faire en sorte que les citoyens s’approprient l’outil informatique. C’est pourquoi, nous avons un programme multimédia dans les écoles et les lycées à travers la Cellule de Solidarité numérique (ancienne Seneclic) qui installe des salles multimédia dans les écoles. C’est un programme à long terme et nous le matérialisons en installant une centaine de salles chaque année. Cette année, nous allons en installer 50 et ainsi de suite. Nous ciblons les écoles afin que les jeunes puissent s’approprier les Tic. Mais, là où nous travaillons vraiment pour les citoyens, c’est un peu dans la dématérialisation des procédures administratives, limiter les déplacements. L’administration va vers le citoyen. Pourvu qu’il ait un accès sur le portail des démarches administratives qui existe déjà (www.demarches.gouv.sn) et qui permet, aujourd’hui, aux citoyens de comprendre comment faire leurs démarches administratives. Nous sommes en train de refondre ce site web pour qu’en plus de comprendre comment s’effectue la démarche, qu’on offre au citoyen la possibilité de faire des télé-procédures. A partir de chez lui, qu’il puisse remplir un formulaire, l’envoyer au portail qui l’envoie à son tour dans l’administration afin qu’il ait sa réponse. On est en train d’accélérer pour que le citoyen puisse demander son extrait de naissance via une interface web, qu’il puisse demander son casier judiciaire et tous les documents de l’administration via une interface web. Le projet est mené en coordination avec toutes les administrations et les résultats sont encourageants. Un site nommé www.servicespublics.gouv.sn sera lancé. »

Quels sont vos rapports avec la Direction du traitement automatique de l’information et la Direction automatique du fichier ? Le projet d’Intranet gouvernemental concerne-t-il aussi les ambassades et consulats du Sénégal ?

« L’Adie est une agence transversale qui a pour mission de conduire les projets transversaux dans le domaine de l’informatique pour l’Etat, mais aussi d’appuyer les structures ministérielles qui ont des structures en informatique et qui doivent faire leurs projets en collaboration avec nous. C’est dire que nous avons normalement un rôle de maîtrise d’ouvrage déléguée sur les projets sectoriels des ministères. Nous travaillons donc aussi bien avec la Daf que la Dtai sur certains projets transversaux à travers un appui. Je dois dire que cette coopération entre acteurs est l’axe stratégique n°1 de notre plan de développement stratégique 2014-2017. Nous voulons que toutes les structures de l’administration utilisent l’Intranet pour la partie interconnexion. Ceci, pour sécuriser leur accès réseau, mais aussi, de manière générale, permettre de rationnaliser les investissements dans le domaine informatique et télécoms.

Pour les consulats et ambassades, l’Adie, dans son Plan stratégique, a prévu d’importants projets pour réduire leurs factures de communications avec le ministère des Affaires étrangères. J’avoue que nous n’avons pas beaucoup avancé sur ce projet de e-consulats. Nous discuterons avec le ministère des Affaires étrangères afin d’offrir un portail à la diaspora qui pourra faire toutes les demandes consulaires à partir d’un portail web. »

En termes d’économie sur les factures téléphoniques, quel est le gain tiré par l’Etat grâce à l’Intranet gouvernemental ? Par ailleurs, l’Adie participe à l’élaboration des lois sur la société de l’Information peu comprises au Sénégal. Comment faire pour combler ce vide ?

« Concernant les lois et textes sur la société de l’Information, il y a un certain nombre de textes que l’Adie a impulsés. Il y a toujours le même problème de communication, d’appropriation et de formation. Les lois sont là, applicables à tous les citoyens. Il appartient donc à toutes les personnes d’aller les chercher pour voir de quoi il s’agit. Face à la cybercrimilité, il est important que tout processus de modernisation soit accompagné d’un dispositif juridique nécessaire. Notre rôle (nous ne sommes pas les législateurs mais des conseils de l’Etat en Tic), c’est d’impulser la réflexion. Les résultats sont ensuite donnés au ministère de l’Intérieur et aux juges qui appliquent ces lois. Sur la partie téléphonie, je peux vous assurer qu’en 2014, nous aurons des résultats encore plus concrets. Les années passées, l’Adie a investi sur le cœur de réseau qui est un réseau d’opérateur de télécommunications. C’est une Rolls Royce, si on le compare avec ce qui existe autour. De mon point de vue, nous avions fait une erreur stratégique du fait que ceux qui doivent utiliser ce réseau n’avaient plus de terminaux. Nous en avions distribué 12.000 aux agents de l’administration dont certains n’en ont pas fait bon usage. Dans la phase 2 du projet e-gouvernement, l’Adie va donner une puce aux agents de l’administration et créer les conditions pour qu’ils puissent acheter des téléphones à leur goût, qu’ils soient sûrs qu’aucun dispositif d’écoute n’y est installé, qu’ils puissent le changer à tout moment, etc. Tout en sachant qu’en utilisant ces téléphones, ils peuvent appeler gratuitement. Avec le secteur privé, nous allons créer les conditions pour disposer de téléphones.

Pour la téléphonie fixe, nous sommes également en train d’interconnecter afin que tous les ministères et démembrements de l’Etat passent par le Switch central de l’Adie. Ce qui fera aussi une économie. »

Vous avez actuellement 512 bits. Pensez-vous multiplier ce débit par deux ?

« Nous sommes actuellement en phase d’augmenter les débits en multipliant par dix la capacité des réseaux. Car, nous savons que la demande va exploser sur le réseau qui doit être plus robuste pour accueillir toutes ces sollicitations ».

L’Adie est-elle prête à accompagner l’Etat dans ses réformes, en particulier l’Acte 3 de la décentralisation ?

« L’Adie accompagne déjà l’Acte 3 de la décentralisation. La première étape de notre démarche, c’est le désenclavement numérique du territoire. Sur un certain nombre de projets et surtout dans le domaine des Tic, il est nécessaire qu’on donne les mêmes chances d’accès à tout le monde, partout sur le territoire. Cela lutte contre l’exode rural. Nous étions sur 11 régions et nous allons vers les localités restantes. L’Adie, avec les acteurs du pays qui travaillent sur la gestion du territoire, conduit un peu le projet de Plan national géomatique à travers le Groupement interinstitutionnel de concertation et de coordination (Gicc).

L’idée, c’est de mettre tous les nouveaux outils de cartographie à la disposition de l’aménagement du territoire, à la disposition des projets et programmes politiques publics. Nous y travaillons pour offrir des données chiffrées à travers une carte sur les différentes localités et aider à la prise de décision. Nous sommes en train de travailler sur tous les axes prioritaires du budget 2014. Pour la croissance, on peut citer le site du Cyber-village qui, de manière coordonnée, doit aider les Pme-Pmi dans le domaine de Tic à éclore, à créer des activités créatrices de revenus et à avoir un impact réel sur le Pib. Pour l’emploi, nous avons fortement contribué au projet « Accueil emploi » avec le ministère de la Jeunesse. Nous voulons, à travers ce projet, avoir une base de données mutualisée des demandeurs d’emploi et les aider à s’orienter.

C’est dire que nous travaillons en étroite collaboration avec les structures, nous les interconnectons, leur donnons des outils informatiques modernes mais aussi leur donnons de l’emploi dans la Fonction publique. Car, après le travail d’audit physique et biométrique, il y aura d’autres postes à pourvoir dans la Fonction publique. Nous voulons faire en sorte que les investissements que nous faisons avec les Chinois, entre autres, puissent bénéficier aux Pme-Pmi. Nous voulons faire des économies substantielles sur la téléphonie, l’accès à Internet, etc. C’est un axe fort sur lequel nous aurons bientôt des résultats. Le deuxième axe fort, c’est la rationalisation de la masse salariale sur laquelle nous avons des projets concrets avant d’aller sur celle des dépenses de santé. Il s’agit de rationaliser les imputations budgétaires en collaboration avec la Couverture maladie universelle (Cmu). Pour le social, nous avons accompagné, de manière très serrée, le programme de bourses de sécurité familiale où, avec la Délégation générale, nous avons enregistré, enrôlé les demandeurs d’emplois. L’Adie a aidé à avoir des cartes « Yaakaar » dont le but est d’offrir des services sociaux aux Sénégalais. Le but recherché, en collaboration avec la Délégation générale, est que tout détenteur de cette carte puisse prendre un bus, aller dans un hôpital, etc., en payant la moitié du tarif. En somme, nous cherchons à répondre aux préoccupations les plus fortes de nos autorités. »

Au-delà de l’audit du fichier des fonctionnaires et de la création d’un fichier unifié pour la centralisation données personnelles, y a-t-il d’autres priorités, des chantiers à réaliser à court terme ?

« L’année 2013 a été celle de la réflexion qui a abouti, au plan stratégique 2014-2017, entièrement basée sur la gestion axée sur les résultats. Nous avons essayé de prioriser nos actions sur 3 ans. A partir de 2014, nous allons mener nos actions suivant 7 axes stratégiques. Le premier axe, c’est de travailler à une mutualisation de tous les projets et programmes informatiques du pays. Il sera attaqué dès le début 2014. Nous l’avons déjà commencé puisque nous disposons actuellement de correspondants e-gouvernements dans chaque ministère pour aider à amorcer tout cela. Le deuxième axe prioritaire porte sur l’amélioration de la qualité de service sur l’Intranet administratif et celle de sa sécurité. Déjà, nous sommes en train de l’étendre avec la phase 2. Le troisième axe a trait à la communication et la vulgarisation de nos produits et services. Nous avons fait des mails pour tout le monde, déployé des systèmes de téléphonie, des systèmes de visioconférence, etc. En 2014, nous allons beaucoup communiquer pour que les gens se les approprient.

Le quatrième axe concerne la modernisation de l’administration publique et la réduction de ses charges de fonctionnement. C’est un programme sur 3 ans.

Le cinquième axe consiste à créer une grande synergie avec le secteur privé. Car, l’Adie ne peut pas tout faire toute seule. Il est donc nécessaire de travailler avec le privé afin d’aider à la création d’emplois et aider les jeunes à créer de la richesse dans le domaine des Tic. Dans le sixième axe, nous allons travailler sur la viabilité financière de l’Agence parce que l’Etat a investi plusieurs milliards dans l’Intranet gouvernemental. Il faut que l’Adie réfléchisse sur des mécanismes d’autofinancement pour arriver à ce que l’Intranet soit encore plus efficace. Enfin, le septième axe vise à améliorer toute la gouvernance de l’Agence en interne, c’est-à-dire, arriver à plus d’efficience dans notre gestion. »

Il y a, au Rwanda, un programme dénommé Smart Kigali qui consiste à créer des zones wifi dans la capitale. Ce programme est-il envisageable à Dakar ?

« Vous parlez de Smart Kigali, il y a aussi Smart Singapour. Beaucoup de pays ont ce genre de programme. Il y a le Gabon émergent. Son Excellence le président de la République, Macky Sall, a aussi lancé le Sénégal émergent. Il y a un certain nombre de plans que les pays déroulent pour assurer l’émergence et accélérer la croissance, créer des emplois, etc. Nous sommes en train de faire notre plan Sénégal émergent que nous n’avons pas encore fini, mais j’espère que dans ce programme, le volet Tic et économie numérique aura la place qui devrait être la sienne. C’est un volet important. Le Rwanda est un bon exemple. Il a, en moins de 30 ans, assuré son développement en se basant sur les Tic et l’économie numérique comme les Dragons de l’Asie du Sud-Est. Tout le monde sait que les Tic sont un secteur à fort potentiel de croissance et il est temps, dans notre pays, qu’on lui donne les moyens qu’il faut pour émerger. Cela permettra de régler les problèmes de l’emploi, du Pib, de la croissance, etc. Pour la connexion à Internet, nous mettrons, en 2014, des bornes wifi dans des endroits stratégiques de la capitale sur des rayons d’un km pour les besoins des usagers des services de l’administration. »

S’agissant de la géomatique, vous aviez lancé une campagne de vulgarisation de l’outil. Pensez-vous que le niveau de compréhension, d’utilisation et d’accès aux données géospatiales est acceptable dans le pays ?

« L’an dernier, nous avons beaucoup communiqué sur la question. Actuellement, nous sommes en train de faire un travail important, mais qui n’est pas encore mature pour qu’on le sorte. En réalité, nous sommes en train de faire les projets de démonstration de la géomatique. Nous avons lancé, depuis l’année dernière, 3 projets importants pour notre pays. Le premier est le zonage des terres agricoles parce que l’agriculture est une des priorités de notre pays. La science permet de cartographier et de dire aux paysans quelles sont les zones propices à tel type d’agriculture. C’est un projet intéressant qui sera bientôt lancé. Le deuxième projet permettra de faire la cartographie des réseaux linéaires. Actuellement, beaucoup de projets de construction sont retardés parce que sur un même segment, Ageroute fait passer des routes, Sonatel des câbles, la Sones des canalisations, etc. Pour lancer actuellement un travail, on est obligé d’écrire à toutes ces structures. Ce qui prend beaucoup de temps et peut générer des surcoûts. Cela fut le cas du pont de Syrnos qui a généré des surcoûts de 5 milliards de FCfa et des retards de livraison de plusieurs mois. Le troisième projet concerne les services sociaux de base qu’on a lancés depuis longtemps et sur lesquels les ingénieurs travaillent. L’audit de la Fonction publique nous a permis de constater une grande concentration des fonctionnaires sur les 3 régions que sont Dakar, Thiès et Saint-Louis. Une concentration qui n’est pas souvent en adéquation avec les infrastructures administratives en place. Il y a donc un problème d’aménagement du territoire. La géomatique pourrait régler tout cela. Nous menons aussi des activités de sensibilisation avec les décideurs à Ziguinchor, Saint-Louis, Kédougou. Je reviens sur le projet Nit de l’Inde dont j’ai visité le siège à Bengalore qui est aujourd’hui La Mecque des Tic dans le pays, avec le retour de nombreux Indiens qui travaillent à la Sillicon Valley locale. Cela m’a fait mal quand ils m’ont dit que le Sénégal trainait les pieds dans les projets qu’ils lui soumettaient. »

Nit India a proposé un quota de bourses où le Sénégal était privilégié. Le quota était réduit parce que le Sénégal n’envoyait pas assez d’étudiants. Un rapport sur la connectivité classe le Sénégal en queue de peloton dans la rapidité de connexion. Qu’en pensez-vous ?

« Concernant la coopération avec l’Inde, c’est une piste super intéressante sur laquelle nous avons travaillé avec l’ambassadeur Diouf. J’ai signé le protocole d’accord avec Tcil pour le cyber-village grâce à l’entregent de l’ambassadeur Diouf. Il était même à la cérémonie. Nous avons parlé d’autres axes de la coopération et nous sommes en train de voir les voies et moyens d’y aller. Mais, comme vous le savez, la difficulté est que, parfois, on a trop de projets. C’est pourquoi le plan stratégique vient à son heure et nous permettra de ranger, dans le temps, tout ce qu’on veut faire. On est régulièrement en contact avec l’ambassadeur pour poursuivre les discussions afin de profiter de cette expérience.

En ce qui concerne les opérateurs, je vais laisser le soin à l’Artp, qui a en charge la régulation, de se prononcer. Mais, je peux quand même donner mon avis. Je pense qu’il y a un problème. Le Sénégal a eu une grande avance dans le domaine des télécommunications, il y a quelques années, pour plusieurs raisons. Mais, on est en train de se faire dépasser. C’est cela la vérité. Un pays comme le Rwanda qui est à l’intérieur du continent et qui n’a même pas accès à la mer arrive à faire des merveilles dans le domaine des Tic. D’autres pays africains prennent des initiatives et sont en train de nous dépasser. C’est le cas du Kenya. Il y a donc problème. Et beaucoup de personnes en sont conscientes. Nous avons l’accès à la mer, des câbles sous-marins depuis longtemps, etc. Il faut donc que tous les acteurs de l’écosystème des Tic jouent pleinement leur partition. C’est l’occasion pour moi d’expliquer comment le gouvernement est organisé dans l’écosystème de l’économie numérique. Actuellement, le ministère de la Communication et de l’Economie numérique a, en charge, la fonction de stratégie de pilotage de l’économie numérique, l’Artp celle de la régulation et l’Adie l’exécution des projets et programmes. Pour arriver à des résultats concrets, il est nécessaire que chacun d’entre nous joue son rôle à fond dans le respect de ses prérogatives. Il est important d’avoir une bonne régulation, une bonne exécution des projets et une bonne stratégie et de pilotage, le tout dans une parfaite synergie d’actions. En ce qui nous concerne, nous faisons tout pour augmenter l’accès internet partout. »

On parle de Société de l’information. Le Sénégal peut-il arriver à interconnecter tous les citoyens ?

« Il ne faudrait pas voir les Tic comme un luxe, mais considérer le secteur comme quelque chose qui peut apporter de la valeur ajoutée à notre économie nationale et créer de des emplois. De très sérieuses études ont montré que si la pénétration haut débit est augmentée à 10 %, le Pib augmente de 1,4%. Ce sont des études de la Banque mondiale qui sont disponibles. Nous pouvons quantifier le taux de croissance que génère chaque secteur économique, s’il est informatisé. Si l’on prend le cas de la santé, particulièrement la télémédecine (e-santé), nous pouvons calculer le gain de productivité que cela apporte. Pour l’éducation, le e-learning va régler le problème des surcharges des classes, de grèves, etc. Pour le e-agriculture, on arrive à donner des informations scientifiques à l’agriculteur pour qu’il sache ce qu’il est en train de faire. Dans tous les domaines, les technologies apportent de la valeur. Elles ne sont pas un luxe. C’est la raison pour laquelle, dans sa nouvelle vision du plan stratégique, l’Adie veut être un pôle de référence des Tic qui contribue, de façon significative, au développement économique et social du Sénégal par la modernisation de l’Etat et la rationalisation de ses dépenses à travers un système d’information cohérent et évolutif. Cela, en vue d’offrir notamment un service public de qualité aux usagers et de fournir aux autorités des outils pertinents de suivi-évaluation et d’aide à la prise de décision.

Nous voulons apporter la technologie, l’innovation dans tous les secteurs économiques. Il nous faut peut-être changer la vision. Auparavant, on avait ce qu’on appelle « Technology push ». C’est dire qu’on voulait pousser la technologie aux administrations. A présent, nous voulons du « market pull ». Qu’on identifie, de manière claire, les besoins de l’administration et qu’on lui propose des solutions.

On dit qu’il n’y a pas assez de médecins. Nous avons la solution avec la télémédecine. Actuellement, la technologie permet d’avoir de petits sacs pas chers que les agents communautaires, dans les différents villages, peuvent avoir pour diagnostiquer le patient. Les résultats s’affichent sur la valise laquelle est interconnectée avec le centre de santé le plus proche. Si l’agent ne peut pas résoudre le problème de manière automatique, celui du centre peut voir toutes les valises. Mais, s’il ne peut pas avoir les solutions, il remonte les données au niveau supérieur, ainsi de suite. Nous savons tous que les grands professeurs sont à Dakar. Mais, la connaissance qu’ils ont, peut, grâce à la technologie, servir les gens les plus éloignés par un mécanisme de cascade qui lui permet de soigner à distance. Cela est possible. Il suffit qu’il y ait une volonté politique et un peu de moyens pour y arriver. C’est la même chose pour l’éducation. Avec la technologie, on peut donner les cours à distance. Avec les cours en ligne, on réduirait sensiblement les grèves. Actuellement, de nombreux Sénégalais, basés au pays, suivent des cours aux Etats-Unis avec des diplômes reconnus par l’administration. Avec le ministère de l’Enseignement supérieur, nous sommes en train de faire un projet avec l’Université virtuelle du Sénégal (Uvs). Nous allons démarrer en janvier et ils vont se baser sur le réseau de l’Adie. L’Uvs va donner les diplômes au même titre que les autres. »

Le Cap-Vert, depuis 2005, a réalisé des avancées en votant avec des cartes numérisées. Il a digitalisé le cadastre, l’état-civil, le parc automobile, etc. Le Sénégal compte plus de ressources humaines que ce pays. Qu’est-ce qui bloque ?

« Lorsqu’on était au Rwanda, je disais à mes collègues que si l’on dort jusqu’à se faire dépasser par le Rwanda, on doit se tirer une balle dans la tête. Ce pays est enclavé. Mieux, il n’a commencé qu’entre 2006 et 2007. En plus, c’est un pays qui a connu un génocide, mais qui arrive à nous titiller dans ce secteur. Le Cap-Vert aussi a, je pense, un petit avantage par rapport à nous. C’est que le pays a une superficie plus petite, c’est-à-dire qu’il est plus facile et plus gérable de créer un réseau national d’interconnexion. Si nous voulons impulser l’administration électronique dans tout le Sénégal, nous serons obligés d’étendre le réseau dans les zones les plus reculées et régler la question de l’équité.

Quand on gère un Etat, les citoyens doivent être gérés d’une manière équitable. Du point de vue réseau, le Cap-Vert a plus de chance que nous parce que les superficies ne sont pas les mêmes. Au Sénégal, on réfléchit beaucoup, mais on agit peu. Actuellement, de nombreux pays de la sous-région viennent prendre nos études pour les dérouler. C’est le cas du le Mali et du Burkina Faso. Ils prennent des choses qu’on a rangées dans nos tiroirs et les exécutent pour avoir plus de succès que nous. »

Quel est le niveau de sécurité interne de vos solutions, leur fiabilité par rapport à une éventuelle attaque externe ?

« C’est l’enjeu majeur de tout ce qu’on est en train de faire. L’Adie travaille pour qu’il y ait une structure nationale en charge de la cyber-sécurité et la cybercriminalité. De manière pratique, nous sommes en train, pour l’administration, d’impulser l’utilisation de mails sécurisés pour les agents avec des certificats pour qu’ils aient la preuve que les mails qu’ils utilisent sont sécurisés. Le Cloud que les gens sont en train de magnifier un peu partout est dangereux. Car, on ne sait pas où se trouvent nos données, si elles sont stockées en Azerbaïdjan, à Moscou ou dans les pays où il y a beaucoup de piratage. Il existe de nombreuses applications qu’on utilise où l’on stocke des données sans savoir qui en a accès. Par ailleurs, il faut une sensibilisation générale sur cette notion de sécurité.

La fiabilité est importante. Nous devons arriver à augmenter notre niveau de sécurité. Pour cela, nous avons, à l’Adie, un certain nombre d’experts en sécurité des systèmes d’informations qui travaillent sans relâche pour améliorer, de manière continue, notre sécurité. »

Propos recueillis par Ousseynou Pouye

(Source : Le Soleil, 19 décembre 2013)

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INTERNET EN CHIFFRES

- Bande passante internationale : 172 Gbps
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- 10 770 683 abonnés Internet

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(ARTP, 31 mars 2019)


Téléphonie mobile

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(Facebook, Juin 2019)