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Kabirou Mbodje : "Le concept de Wari, c’est d’interconnecter les gens"

vendredi 23 décembre 2016

Créée en 2008 au Sénégal comme plateforme digitale de services pour le grand public, la société Wari s’est rapidement imposée sur les marchés d’Afrique subsaharienne où elle s’est lancée : Plus près, plus facile, moins cher, une formule gagnante qui a fait de Wari la référence en la matière. Quotidiennement, de nouveaux services viennent enrichir les offres diffusées via la plateforme Wari. Car partout où Wari s’implante, l’entreprise travaille en collaboration avec les institutions publiques et privées afin de fournir une gamme complète de services aux populations : payer ses factures, envoyer ou recevoir de l’argent, percevoir ses aides sociales, salaires, pensions, payer ses impôts et taxes, bénéficier d’une couverture santé, épargner ou emprunter…

Wari base son développement sur 2 piliers : 1. un réseau dense de Points de Services pour couvrir l’ensemble des pays d’Afrique ; 2. une offre de services complètement adaptée aux besoins spécifiques des populations. En moins de 10 ans d’activité, Wari est devenue l’une des marques les plus connues du continent africain. Nous sommes allés à la rencontre de Kabirou Mbodje pour en savoir un peu plus sur les activités de Wari, ses perspectives de développement, et comprendre ce qui explique le succès de Wari sur le marché des services à la personne.

Buzz Africa : Comment définiriez-vous le concept Wari ?

Kabirou Mbodje : Le concept de Wari, c’est d’interconnecter les gens, qu’ils échangent pour que cela profite à tout le monde.

Nous voulons proposer le standard le plus simple, le plus répandu, pour que chacun puisse avoir accès à un large éventail de services financiers et non financiers basiques et les utiliser facilement en toute sécurité et à moindre coût, quel que soit l’endroit où il se trouve, partout dans le monde. Ce standard, c’est le confort et l’inclusion réelle qui est donné aux utilisateurs. En Afrique, nous avons plus besoin de nous organiser que d’argent ! Oui à l’impulsion politique, mais les initiatives privées sont essentielles, sur le plan économique. C’est notre raison d’être.

Buzz Africa : Wari est souvent présenté comme un outil d’inclusion géographique et financière des populations africaines. Pourquoi ?

Kabirou Mbodje : En raison de sa part écrasante dans l’économie africaine, l’économie informelle est de facto l’économie réelle de l’Afrique. Le système Wari est différent car il organise et formalise les transactions qui s’effectuent quotidiennement aujourd’hui dans l’économie informelle. En processant ces transactions informelles, Wari les formalise. Chaque fois qu’une transaction passe par la plateforme Wari plutôt que de manière informelle, l’inclusion financière s’opère. Pour ceux qui vivent dans les coins plus reculés, Wari a déployé son réseau de Points de Services. Ce déploiement territorial massif engendre l’inclusion géographique de toutes les zones du pays… via le réseau Wari.

Buzz Africa : Quelle place occupez-vous aujourd’hui sur le marché africain et international ?

Kabirou Mbodje : Notre stratégie s’inscrit dans une dynamique d’offres de services du quotidien, simples, adaptées, rapides et sûres, et destinées au grand public, dans sa diversité de profils socio-économiques ou de lieux d’habitation.

Les services du quotidien doivent être accessibles à tout moment, à partir d’un Point de Service tout près de chez soi, d’un simple clic sur son téléphone mobile ou à partir de son ordinateur.

Wari n’est pas spécifique pour l’Afrique. Il répond à une demande globale et à des besoins universels. Nous proposons une offre complète de services tels que le paiement de factures (eau, électricité, TV), l’achat de crédit téléphonique, l’envoi et la réception d’argent, les produits d’assurance et d’épargne, etc., à travers des moyens adaptés à chaque type d’utilisateur de Wari. Nous adressons les besoins multiples des consommateurs à une seule et unique solution : Wari.

Nous avons démarré sur le marché africain parce que l’Afrique n’avait pas d’historique digital mais nous nous projetons sur le marché international.

Buzz Africa : Comment organisez-vous votre implantation dans un nouveau pays ?

Kabirou Mbodje : La première étape est d’identifier et d’analyser les besoins de notre cible. Nous cherchons à connaître leurs challenges et leurs problématiques du quotidien pour apporter des solutions qui leur simplifient la vie. Cette analyse nous permet de définir les services que nous proposerons. S’ils existent déjà dans notre offre, nous les adaptons à la culture et aux habitudes locales ; s’ils n’existent pas, nous les développons en interne.

Wari agrège également des services externes à sa plateforme. Nous sommes un véritable hub, une plaque tournante qui permet à tous de mettre tous leurs services à disposition de nos clients, le grand public.

Une des fiertés de Wari est de recruter dans tous ses pays d’activité l’expertise locale. Wari compte aujourd’hui plus de 300 collaborateurs de nationalités diverses, dans différents domaines d’expertise. Grâce à ses collaborateurs engagés, Wari continue d’innover techniquement tout en restant simple d’utilisation pour le client. Et je peux vous assurer qu’il n’y a rien de plus compliqué que de faire simple !

Buzz Africa : Quelles sont vos ambitions et perspectives de développement à court terme ?

Kabirou Mbodje : L’organisation est un impératif en Afrique. A travers notre plateforme, nous mettons en place un système qui peut aider à combler cette défaillance. Notre objectif est de mettre en place un réseau qui couvre tout le continent Africain et d’offrir les services de base essentiels utilisés quotidiennement tout en nouant des partenariats pour renforcer notre présence sur d’autres continents.

Le contexte est différent en dehors de l’Afrique, le marché est dynamique mais les consommateurs sont obligés de faire le tri du fait d’une offre trop abondante et disparate. Wari prend donc tout son sens en proposant une simplification d’utilisation.

L’objectif de Wari à moyen terme est de faire en sorte que chacun, où qu’il se trouve, puisse utiliser nos services.

Buzz Africa : En quoi votre volonté de servir vos concitoyens s’exprime-t-elle aussi par l’implication sociale de votre entreprise ?

Kabirou Mbodje : Cette implication sociale, elle fait partie de l’ADN de Wari et je la partage avec tous mes collaborateurs : offrir de la simplicité, apporter du confort, proposer des services moins chers, c’est en soi créer de la valeur ajoutée sociale. Cette contribution peut se traduire de plusieurs façons, que ce soit l’accès universel aux services pour les clients, l’apport de potentiel de revenu pour les collaborateurs puisqu’aujourd’hui des dizaines de milliers d’emplois ont été créés, des ressources pour les sociétés qui offrent nos services… Nous essayons d’être le moteur qui impulse cette dynamique, celle de la création d’un écosystème dans lequel tout le monde est gagnant. Quelle satisfaction peut-on trouver dans un succès ou une trajectoire ascendante en solitaire, quand tout autour de soi, c’est la désolation ? C’est un devoir pour chacun de contribuer au développement de la communauté. Parce que cela profite à tous.

Buzz Africa : Dans ce contexte, quel rôle joue le Fond de solidarité Wari ?

Kabirou Mbodje : Le Fond de Solidarité Wari est alimenté par la collecte d’un pourcentage sur chaque transaction Wari. Ce pourcentage est prélevé uniquement sur les marges de Wari. Ainsi, nous encourageons chaque client Wari, dans son comportement quotidien, à contribuer au financement des programmes d’éducation, de santé, etc., dans tous les pays ou Wari est présent. C’est une plateforme de solidarité à laquelle chacun d’entre nous peut contribuer. Wari s’engage à apporter sa contribution au développement de toutes les communautés. C’est le socle de toutes nos actions.

Buzz Africa : Sur le créneau des transactions financières, Wari inquiète : Le secteur bancaire craint l’arrivée d’un Wari Bank, Wari a mis un pied dans la mutuelle santé avec GoodLife, Wari a lancé une carte multiservices qui vient brouter les vertes prairies de Visa et consorts… Avec une approche aussi disruptive sur les marchés financiers, Wari ne s’expose-t-il pas dangereusement à l’ire des géants du secteur ?

Kabirou Mbodje : Wari est un acteur neutre sur le marché, un partenaire pour les institutions financières, non un concurrent. Wari part à la conquête de marchés ignorés ou mal-desservis pour y combler un manque. Nous ne cherchons nullement à refaire ce qui marche déjà très bien. Dans le transfert d’argent, notre offre a longtemps été unique avant que la concurrence ne se mette à nous imiter. Aujourd’hui, Wari unifie les institutions financières africaines avec les populations, et beaucoup d’acteurs économiques nous envient cette position.

La pertinence de notre approche est confirmée par l’expansion rapide de Wari en Afrique et sur les autres continents où nous opérons. Notre ambition est portée l’adhésion du grand public et par la Volonté, le Travail et la Détermination de toute une équipe, déployée sur plusieurs pays. Notre socle, c’est servir le grand public.

Buzz Africa : Vous pratiquez l’équitation au plus haut niveau. Quel rapprochement faîtes-vous entre la pratique de votre profession et la pratique de l’équitation ?

Kabirou Mbodje : Je monte à cheval depuis le plus jeune âge, et j’ai effectivement occupé le haut du classement national à plusieurs reprises. Les valeurs qui rapprochent l’équitation et l’aventure Wari, c’est la notion de symbiose entre le cavalier et sa monture : pour utiliser pleinement le potentiel du cheval, il faut pouvoir comprendre sa personnalité et s’y adapter pour l’amener à vous faire totalement confiance. C’est un travail de longue haleine et qui demande beaucoup de persévérance, d’abnégation et de rigueur. Vous voyez, je ne sais déjà plus si je suis en train de parler de l’équitation ou de ma profession (rires). À 16 ans, je me suis cassé les 2 genoux et on m’a annoncé que je ne marcherais plus. Je suis pourtant bien debout aujourd’hui. Cette auto-détermination, je la cultive dans l’équitation, je l’applique dans la vie.

(Source : Buzz Africa, 23 décembre 2016)

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