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Internet au Sénégal : Psychose dans les réseaux sociaux

mercredi 7 juin 2017

Aux oubliettes les vertus cardinales de « mougne », de « kërsa », de « soutoura » qui caractérisaient l’homo senegalensis. A la trappe cette exquise urbanité et cette « intelligence sociale » qui faisait du Sénégalais, l’élément fédérateur de toutes les organisations dans lesquelles, il évoluait.

En un mot comme en mille, Ndiadiane Ndiaye, s’il devait revenir à la vie, ne reconnaîtrait plus les siens. Aujourd’hui, comme « un bélier échappé de l’enclos », dans un laps de temps relativement court, le citoyen s’est donné un nouveau référent, de nouveaux paradigmes, tous centrés autour de son « moi virtuel », désormais plus aussi haïssable.

Que s’est-il passé pour que le Sénégalais se retrouve dans une posture de « m’as-tu vu », d’égocentrisme et de délire narcissique comme jamais auparavant ? Est-ce à dire que le communautarisme tant vanté ne fait plus recette et, est désormais vécu comme un boulet dont il faut se défaire au plus vite ?

Autant de questions auxquelles les hommes de l’art se devront de réfléchir parce que l’observateur averti, lui, n’y comprend plus rien.

Force nous est de constater que de nos jours, la grande question existentielle qui se pose à tout à chacun, est : être Facebook ou ne pas être ? Etre WhatsApp ou ne pas être. Etre Snapchat ou ne pas être ? Mais avons-nous compris d’abord pourquoi y être ou pas ?

Pas d’amis ? Ce n’est pas grave, les amis Facebook sont là pour vous. Vous ne pouvez pas être la star de cinéma que vous rêvez d’être, ce n’est pas grave, vous serez la star de Facebook, d’Instagram ou de Snapchat. Vous n’avez pas de fans, cherchez des followers.

« Surfer sur internet, c’est comme pour le sexe : tout le monde se vante de faire plus qu’il ne fait. Mais pour le cas d’Internet, on se vante bien plus ». Comme pour dire qu’aux yeux de certains, les réseaux sociaux constituent une immense scène sur laquelle les rideaux ne tombent jamais, où tout le monde joue un rôle et se projette dans ses fantasmes, l’espace d’un clic.

Le nouveau mot à la mode, dans la bouche des stars, des starlettes en quête de reconnaissance voire du citoyen lambda qui résume toute cette effervescence en ligne s’appelle le buzz. Et tous les moyens sont bons pour en faire le plus possible. Aujourd’hui, il ne fait pas bon rester dans son coin, travailler dans la discrétion, militer dans l’ordre et la discipline.

A croire qu’à défaut « d’épaisseur psychologique intrinsèque », les jeunes générations s’approprient les réseaux sociaux pour se donner une « certaine consistance » au moyen de son cheval de Troie privilégié, le smartphone, qui est en train de changer radicalement nos habitudes d’écoute, de palabres et de sollicitude à l’égard des autres.

Ayant pris le train des nouvelles technologies en marche au Sénégal, en particulier et l’Afrique en général, les pouvoirs publics n’ont pas su s’arrêter à la gare de la formation et de la sensibilisation à l’utilisation des TIC.

Aussi cette problématique s’est-elle invitée toute seule par la litanie de scandales, de chantages, de déballages et autres…photomontages qui secouent régulièrement la planète des réseaux sociaux au grand bonheur des internautes qui s’échangent « la dernière du jour ». Dans d’autres cas, l’internaute, regardera toute cette agitation de haut, se disant, blasé, « qu’est-ce qu’ils vont encore bien inventer la prochaine fois ? ». Comme quoi, pour paraphraser ce journaliste, Internet est en fait l’acronyme de : Imprévisible Noctambule Transportant un Ensemble de Ragots et de Nouvelles Eminemment Triviales.

Aujourd’hui, une véritable psychose s’est installée autour de cette utilisation tendancieuse et viciée de l’utilisation des réseaux sociaux au point que maintenant dans certaines entreprises, c’est la chasse…au smartphone, support privilégié de toutes les sournoiseries et autres pratiques pas du tout catholiques-ni musulmanes d’ailleurs.

Aussi, à notre humble avis, se focaliser sur l’affaire Oulèye Mané, serait faire abstraction d’une dérive qui a commencé il y a bien longtemps avec l’adoption des réseaux sociaux dans nos foyers, dans notre façon d’être, dans notre savoir-être.

Au Sénégal, les pouvoirs publics semblent pris le taureau par les cornes mais nous demeurons convaincus que les mesures allant dans le sens de réprimer les excès et autres dérives constatés sur les réseaux sociaux sans un « ndeup » collectif autour de cette problématique révélatrice d’une prise de cap par notre société, nous mènerons tout droit vers des lendemains pas du tout enchanteurs.

Nous n’en voulons que pour preuve, cette ultime contradiction qui voudrait que partout ailleurs dans le monde, il n’est question que de brider le plus possible, l’accès des géants des réseaux sociaux aux données personnelles, ici, au Sénégal, ces canaux ont remplacé le désormais old fashion, album de famille. Un nouveau membre dans la famille ? Le jour de mon mariage, le plus beau jour de ma vie ? Ce qui a été servi le jour du baptême de mon dernier ? Mon fils perd sa dent de lait ? Vite, à publier sur mon mur ! Aïe, mon nombre de followers a diminué ce mois-ci, je suis perdu, que faire ?

A moins de vouloir arrêter la mer avec ses bras, les efforts des pouvoirs publics trouveront toute leur pertinence dans un sursaut de toute la communauté en termes de règles à éditer et à faire respecter sur l’utilisation des réseaux sociaux et de son viatique, le smartphone à la maison, à l’école, au volant avec comme formation de base, une sensibilisation aux dangers d’internet depuis le plus bas âge.

Parce que pour reprendre le journaliste Laurent Laplante, « si, en effet, Internet a beaucoup à offrir à qui sait ce qu’il cherche, le même Internet est tout aussi capable de compléter l’abrutissement de ceux et celles qui y naviguent sans boussole ».

C’est à ce prix-là que les réseaux sociaux nous serviront et non pas le contraire, parce qu’il faut quand même se rappeler qu’il n’y pas si longtemps, des générations de Sénégalais ont vécu sans, et s’en portaient très bien. A bon entendeur, salut !

Cheikh Bamba Ndao

(Source : Publitecho, 7 juin 2017)

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