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Internet : .africa, la longue histoire de persévérance de Moctar Yedaly pour l’intérêt général

lundi 10 juillet 2017

Avant de quitter la Commission de l’Union africaine (CUA) le 10 mars 2017, le jour de la passation de service entre la Commission sortante et celle nouvellement élue, Mme Dlamini N. Zuma – la Présidente sortante de la Commission – s’est assurée que le nom de domaine Dot Africa (ou Point-Africa [.africa] pour la suite) soit lancé. L’événement n’avait pas été appréhendé comme il se doit même si pendant toute la semaine qui suivra, il fera les manchettes des médias internationaux et particulièrement ceux de l’Afrique du sud. Et pourtant, d’après S.E. Dr. Elham MA Ibrahim, alors Commissaire aux Infrastructures et à l’Energie de la CUA, c’est l’histoire d’une réalisation extraordinaire d’un fonctionnaire de l’UA qui, contre vents et marrées, s’est battu sans relâche pour donner à l’Afrique l’identité numérique qui lui revient. Cet homme : Moctar Yedaly, le chef de la Division de la Société de l’information, de l’Infrastructure et de l’Énergie de l’Union africaine.

Ce jour-là, en présence de tous les membres des deux commissions de l’UA et de l’ensemble de l’équipe de gestion, Moctar Yedaly prononce un discours passionné sur l’histoire et les avantages du Point-Africa et comment il a combattu pendant huit ans au sein des institutions techniques internationales et du système judiciaire des États-Unis pour avoir le nom de domaine de premier niveau .africa délégué à l’Afrique.

Le bras de fer avec DCA

Au risque de voir le nom de domaine .africa possédé et contrôlé par d’autres personnes, Moctar Yedaly a donc abattu un travail acharné et important pendant des années. Parfois seul. En effet, l’histoire du .africa, comme l’a écrit le vice-président de la Commission de l’UA, S.E Mwencha, dans une lettre d’appréciation adressée à M. Moctar Yedaly, est l’histoire de « la fermeté, de l’ingéniosité et de l’engagement ... ».

Cette histoire débute en 2000 lorsque ce nom de domaine a été réclamé par des entreprises non africaines lors du premier round de l’ICANN pour les noms de domaine géographique de premier niveau. En réponse, quelques professionnels africains se sont fermement opposés à cette réclamation pour le .africa. Ils jugeaient qu’elles ne répondaient pas à l’intérêt du continent.

Dans les années à venir, ces entreprises étrangères ont changé de stratégie et ont soutenu une Ethio-américaine pour revendiquer le .africa. Elle créa une société DotConnectAfrica (DCA) au Kenya et à Maurice et, en 2007, s’est rendue aux sièges de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) et à la Commission de l’Union africaine (AUC) à Addis Abéba (Ethiopie) à la recherche de soutiens.

Il convient également de noter que pendant les années 2003-2008, l’engouement autour des TIC sur le continent était telle qu’il n’était pas difficile pour quelqu’un, en l’occurrence une femme africaine, d’obtenir une approbation pour une presque toute nouvelle initiative dans ce secteur des TIC. L’implication des femmes dans les TIC était perçue, et l’est toujours d’ailleurs, comme assez originale. Plus encore, le système des noms de domaine était relativement inconnu de la plupart des personnes, y compris de certains cadres du leadership africain.

Malgré l’opposition vigoureuse des experts de la CEA et de la Commission de l’UA à sa demande de soutien, DCA arriva à obtenir des lettres de soutien/parrainage signées par le secrétaire exécutif de la CEA et le vice-président de la CUA. Ces deux lettres, en particulier la dernière, seront le centre de la bataille juridique pour .africa pour les huit années suivantes.

La communauté africaine d’Internet qui grandissait a découvert les lettres de soutien de DCA. Les commissaires et chefs de départements de la CUA ont également découvert les lettres sur le site Web de DCA. Tout le monde fût surpris par la décision du Vice-Président. Plusieurs membres de la communauté africaine de l’Internet, furieux, ne pouvaient rien faire. Les dirigeants de la CUA ont malheureusement baissé les bras au grand bonheur de DCA qui se réjouissait de la situation. Le .africa a ainsi été, pendant quelques temps, abandonné aux entreprises étrangères par le biais d’un proxy africain.

Mais M. Moctar Yedaly ne l’a pas entendu de cette oreille. Il décida d’oser. C’est ainsi qu’il décida de rencontrer individuellement le secrétaire exécutif de la CEA et le vice-président de la CUA. Le contenu de ces discussions reste inconnu. Toujours est-il qu’à la suite de ces deux rencontres, les deux leaders ont décidé chacun à sa manière de changer leur lettre avec des termes, des conditions et des formulations spécifiques. C’est ainsi que le .africa a été relancé.

Une lettre de « non-soutien » a été envoyée à DCA par le vice-président indiquant que « … la CUA ne soutient plus personne sur cette question et que la CUA passera par un processus de compétition ouvert pour la mise en place du Point-Africa ... ». Quant au Secrétaire exécutif de la CEA, son adjoint a envoyé une lettre à DCA retirant le soutien déjà fourni. Sept ans plus tard, la CEA, par le biais de son conseiller juridique, confirmera simplement qu’elle n’a rien à avoir avec le .africa.

La Déclaration d’Olivier Tambo

En réaction, DCA a commencé de 2009 à début 2017 une campagne contre la CUA par tous les moyens possibles. Sur les conseils de Moctar Yedaly, la CUA n’a jamais réagi à aucune des attaques de DCA dans les médias et sur son site. Pour lui, la CUA ne devrait pas tomber si bas.

Les différentes conférences des ministres africains chargés des TIC organisées par M. Yedaly et son équipe vont donner mandat à la CUA de mettre en œuvre le .africa. A partir de 2011, et à la satisfaction de tous les acteurs africains, le projet Point-Africa sera entrepris par la « Division de la société de l’information », nouvellement créée et dirigée par monsieur Moctar Yedaly.

La session extraordinaire de la Conférence des ministres chargés des technologies de l’information et de l’information (CITMC) tenue à Johannesburg en décembre 2009 a reconnu les avantages du nom de domaine Point-Africa pour l’Afrique et a adopté une résolution (Déclaration d’Olivier Tambo) demandant « la mise en œuvre du Point-Africa en tant que nom de domaine continental de premier niveau pour son utilisation par les organisations, les entreprises et les individus africains avec l’aide des agences Internet africaines ».

Les mêmes ministres chargés des Technologies de la communication et de l’information, se réunissant lors de leur troisième session ordinaire à Abuja, en République fédérale du Nigeria, en août 2010, ont demandé à la Commission de l’UA de « mettre en place la structure et les modalités de la mise en œuvre du projet Point-Africa ».

Après avoir obtenu le mandat officiel, le défi pour l’équipe la CUA était de répondre aux différentes exigences requises par l’ICANN, notamment : des capacités techniques prouvées pour gérer un Système de nom de domaine (DNS) ; la viabilité commerciale et la solvabilité financière. La CUA ne répondait à aucun de ces critères. Il fallait donc le faire par une institution qui répondait à ces critères sachant que pour marquer la différence par rapport à DCA, soutenue par des investisseurs non africains, l’équipe de la CUA voulait que le Point-Africa soit mis en œuvre par des Africains pour les Africains. Il fallait donc dénicher ce partenaire technique africain.

Le choix de ZA Central Registry

L’équipe de projet du .africa a adopté un processus d’appel d’offres ouvert et transparent pour permettre aux entreprises, institutions ou individus africains qualifiés de concourir et d’offrir la meilleure valeur en Afrique pour ce nom de domaine. ZA Central Registry (ZACR), une société à but non lucratif basée en Afrique du Sud, a gagné l’appel d’offres et a signé un contrat avec la CUA pour soumettre une demande pour le Domaine de premier niveau .africa et l’opérationnaliser une fois cette demande acceptée (ou déléguée).

Dans l’accord signé entre la CUA et ZACR, les États membres de l’UA fourniraient le soutien politique nécessaire à ZACR pour sa demande en faveur du .africa. ZACR supporterait tous les coûts liés à cette démarche et à l’opérationnalisation du nom de domaine. Après la délégation et l’opérationnalisation, l’excédent des revenus sera versé à une fondation qui utilisera ces fonds pour Le développement de projets TIC en Afrique. Le .africa devenant ainsi la première source alternative de financement mise en œuvre par l’Union africaine.

Il faut tout de même indiquer que DCA n’a pas participé à l’appel d’offres organisé par la CUA, mais a plutôt soumis une demande à l’ICANN pour le Point-Africa, prétendant que les lettres de soutien susmentionnées des dirigeants de la CEA et de la CUA représentaient le soutien nécessaire et requis des gouvernements africains et de la communauté Internet. Ce à quoi s’est opposé le Comité Consultatif Gouvernemental (GAC) de l’ICANN sur demande des représentants Africains au sein de ce Comité et coordonnés par la CUA et l’Agence du NEPAD (NPCA).

Les deux applications ont été évaluées par ICANN. La demande de DCA n’est pas passé à l’évaluation préliminaire. Par conséquent, conformément au guide pour les nouveaux noms de domaine géographique de premier niveau de l’ICANN, le Comité Consultatif du Gouvernement (GAC) a édicté une alerte précoce, suivi d’objections formelles et a donné un avis consensuel (lors de sa réunion à Beijing en mars 2013) au Conseil d’administration de l’ICANN de ne pas continuer l’évaluation de la demande DCA pour le .africa. Le Comité pour le Programme des nouveaux noms de domaine géographiques de l’ICANN demanda donc au personnel de l’ICANN de ne pas approuver la demande de DCA, conformément à « l’avis de Beijing » du GAC et conformément à l’article 3.1 du nouveau Guide du candidat. DCA a donc été notifiée par ICANN que sa demande n’a pas été approuvée.

La demande de ZACR parrainé par la CUA a passé toutes les évaluations, examens et procédures nécessaires, en commençant par l’évaluation initiale au milieu de 2013. En mars 2014, l’ICANN et la ZACR ont signé un accord de registre pour le Point-Africa. (Lire l’interview du vice-président de l’ICANN pour l’Afrique accordée à TIC Mag Pierre Dandjinou : « Pour le .africa, les choses ont bien avancé ».

Pour son action, Moctar Yedaly a été honoré par la Communauté africaine de l’Internet lors de l’ICANN 59 en Afrique du Sud en juin 2017, en recevant le prix « Avant-garde pour la réalisation du nom de domaine .africa ». Au Panel Indépendant d’évaluation de l’ICANN

À la suite de cette signature, DCA a contesté et a déposé une plainte au Panel Indépendant d’évaluation de l’ICANN (IRP) qui obligera ICANN à arrêter le traitement ultérieur de la demande de ZACR jusqu’à ce que l’IRP se soit prononcé sur la plainte déposée par DCA. Dans son plaidoyer pour IRP, DCA a affirmé que l’ICANN n’a pas respecté ses propres statuts en rejetant la demande de DCA suite à l’avis du GAC. Malgré le fait que l’ICANN avait signé un accord de registre avec ZACR et se trouvait à quelques jours de la délégation du Point-Africa, le comité IRP a ordonné que le processus soit gelé.

Après plusieurs mois de retard, l’IRP a publié sa déclaration finale le 9 juillet 2015. Dans sa Déclaration, le Comité recommande que l’ICANN continue de s’abstenir de déléguer le Point-Africa et de permettre à DCA de passer le reste du processus d’évaluation. Ce qui fût fait. Encore une fois la demande de DCA n’est pas passée.

DCA déposa alors une plainte au tribunal américain de Californie. L’ICANN et la ZACR engagèrent des avocats et Moctar Yedaly a été autorisé par la CUA à témoigner dans l’affaire. Appel après appel, de tribunal fédéral au tribunal de district, les juges ont finalement donné raison à l’ICANN et à la ZACR en février 2017.

Le 15 février 2017, à 14:58:59 exactement, l’extension du nom de domaine .africa (www.nic.africa) a été ajoutée à la zone racine, signalant formellement le début d’un nouveau chapitre dans l’histoire de ce nom de domaine géographique de premier niveau. Ce fût aussi la fin de huit années de batailles juridiques et techniques au cours desquelles le leadership a été remis en question, les ressources ont été gaspillées et les opportunités commerciales perdues.

L’Afrique a finalement obtenu sa propre identité électronique, grâce à la persévérance de l’ICANN, de la ZACR propulsés et soutenus jusqu’au bout par l’ingénieur mauritanien Moctar Yedaly qui avait tout initié. Pour son action, il sera honoré par la Communauté africaine de l’Internet lors de l’ICANN 59 en Afrique du Sud en juin 2017 en recevant le prix « Avant-garde pour la réalisation du nom de domaine .africa ». Dans sa lettre d’appréciation à ce dernier, le Vice-Président de la CUA écrit : « … Je voudrais également apprécier le rôle que vous avez joué dans la mise en évidence et la lutte pour Point-Africa contre vents et marrées et pour toutes les chances qui ont le potentiel de générer des ressources pour l’Union africaine, vous êtes allé au-delà votre appel au devoir et je veux le reconnaître personnellement du fond de mon cœur... ».

C’est ainsi que le .africa est désormais disponible pour tout africain et constitue non seulement un motif de fierté pour les Africains et l’Union africaine, mais également une source de financement supplémentaire pour l’Union africaine qui a cédé sa gestion à la ZACR.

(Source : TIC Mag, 10 juillet 2017)

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