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Ibrahima Konté (Membre du conseil d’administration de Sonatel) : "Nous allons rendre la Sonatel ingouvernable"

jeudi 23 avril 2009

La vaste campagne de communication entreprise par les travailleurs de la Sonatel a réussi à fédérer tous les acteurs de l’économie sénégalaise pour que la Sonatel reste aux Sénégalais. Les organisations patronales, le mouvement syndical, les hommes politiques ont tous été démarchés pour s’allier à la cause des ‘Sonatéliens’. Ce qui semble être un pari réussi. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Ibrahima Konté, ex -coordonnateur du Syndicat des travailleurs de la Sonatel et actuel représentant du personnel au Conseil d’administration, affirme que le combat sera sous peu très musclé.

Wal Fadjri : Vous communiquez beaucoup sur le dossier de la Sonatel. L’Assemblée nationale est la dernière carte à jouer au cas où l’Etat refuserait de reculer. Mais en définitive, le parlement est-il votre dernier rempart ?

Ibrahima Konté : Le sens de notre combat, c’est de sauvegarder ce patrimoine, pour qu’il reste sénégalais et ne devienne pas français. Comme vous le savez, il est plus dur et plus difficile de construire un patrimoine, parce que cela demande beaucoup de temps, que de le détruire. On peut le détruire en un an et cela ne se reconstruit plus et c’est la jeune génération qui va perdre. Le développement durable, c’est faire en sorte de pérenniser certains patrimoines qui sont fondamentaux dans le développement économique et social d’un pays et les télécommunications en font partie. Si c’était seulement un problème de rémunération, on ne se serait pas battu. Qu’est-ce que nous gagnons dans tout cela ? Rien du tout. Mais nous ne voulons pas que notre entreprise soit contrôlée par France Télécom tel que le ministre Abdoulaye Diop le dit. France Télécom est l’actionnaire majoritaire. C’est déjà trop qu’il ait 42 %, nous ne pouvons pas accepter qu’il ait plus. En France, ces gens n’acceptent même pas que des étrangers entrent dans le capital. Tant que l’Etat a 24 %, le Sénégal aura plus d’administrateurs dans le Conseil d’administration et il va continuer de nommer le Président du conseil d’administration. C’est la raison pour laquelle nous disons que ce que France Télécom a, est suffisant, il ne faut pas qu’il ait plus.

Maintenant si l’Etat a des difficultés, nous n’y avons aucune responsabilité. Si l’argent qu’il reçoit de la Sonatel était bien utilisé, l’Etat n’aurait pas toutes ces difficultés. Mais nous sommes encore prêts à discuter pour avoir une solution alternative. La Sonatel a des propositions, le privé national aussi. Comme on l’a toujours fait pour le secteur des télécommunications, tout projet de restructuration de ce secteur a fait l’objet de concertation au préalable, avec tous les acteurs. Tout le monde vient travailler, thèse contre thèse et on choisit le schéma le mieux pour le pays. Aujourd’hui, la bataille est que le gouvernement sénégalais revienne sur sa décision et appelle à une concertation. Les travailleurs ont des solutions internes avec le management, le privé a des solutions pour trouver de l’argent et qu’on laisse la Sonatel tranquille.

Wal Fadjri : Au-delà de la communication, quelles sont les autres actions que vous allez entreprendre ?

Ibrahima Konté : Nous nous battons pour le patriotisme économique. Je vous rappelle qu’en 1992, le Syndicat des travailleurs de la Sonatel a organisé une conférence publique sur le thème du patriotisme d’entreprise. Il faut aimer son entreprise comme on aime sa patrie. Et c’est heureux aujourd’hui que le patronat sénégalais, les acteurs du secteur formel et non formel, se réunissent pour dire qu’il faut aller dans le sens du patriotisme économique. Nous les syndicalistes, nous avons toujours des initiatives d’idées et d’actions. Au-delà de la communication, qui consiste à fédérer tous les Sénégalais sur la nécessité d’une coalition sur la bonne gouvernance et la transparence pour amener l’Etat à revoir sa position, nous allons vers des actions militantes très musclées. Les syndicalistes ont déposé un préavis de grève. On est déjà à une semaine, on n’a pas de clignotant rassurant de la part de l’Etat et je vous assure qu’une grève au niveau de la Sonatel, ce n’est pas bien pour le pays. Avant d’arriver à la grève, nous irons dans une marche nationale. Elle aurait dû avoir lieu le vendredi, mais avec le timing chargé de tous les gens que nous devons voir, nous allons la différer jusqu’à la semaine prochaine ou juste après le 1er mai.

La communication est importante pour expliquer les enjeux, mais il est temps de réagir. Ce n’est pas que la Sonatel qui est agressée. Vous avez entendu le cas d’Air Sénégal International, des Industries chimiques du Sénégal, de Transrail, de la Senelec. Aujourd’hui, quel est le secteur qui est en paix ? Vous avez vu les enseignants, cela fait trois ans qu’ils se battent. Il est temps que tout ce monde se coalise pour arrêter le gouvernement. Pour reprendre le mot du politicien, il faut attacher un garrot national aux dérives du gouvernement de l’alternance parce que personne ne sait plus où on va.

Wal Fadjri : D’après le ministre des Finances, le Sénégal ne va perdre que sur les dividendes, mais le siège restera à Dakar où l’entreprise sera fiscalisée. Mais les pertes se limitent-elles réellement à cela ?

Ibrahima Konté : C’est parce qu’il ne connaît pas le secteur des télécommunications. Il ignore qu’on ne donne pas le contrôle d’une entreprise nationale qui fait la fierté, qui a été faite par les Sénégalais, à des expatriés. La Sonatel n’est pas née hier. Je n’étais pas né quand la Sonatel existait en tant que Opt à l’époque. La Sonatel est un patrimoine national, tout comme France Télécom l’est pour la France. Par conséquent, même s’il y avait un intérêt économique, par éthique, Abdoulaye Diop n’aurait pas dû dire ça. Ce que les Français refusent chez eux, au nom de l’identité française, nous n’avons pas le droit de le défendre, surtout quant le président sénégalais parle de renaissance africaine ou organise une marche sur les Ape pour la dignité africaine. Comment peut-on comprendre qu’une entreprise sénégalaise qui est notre porte-drapeau se transforme en entreprise française pure. Parce qu’à 52 %, l’entreprise ne sera plus sénégalaise. L’argument éthique, c’est cela.

Quant à l’argument économique, il doit savoir que vendre la Sonatel n’est pas vendre la Sde. L’eau est plus importante que les télécoms, mais ce n’est pas le même dynamisme. Quand on vend la Sonatel, on vend Orange Mali, Orange Guinée, Orange Guinée-Bissau, qui ont toutes été créées par Orange Sénégal. Tout cela va tomber dans l’escarcelle de France Télécom. Vendre la Sonatel n’est pas vendre la Sde parce que c’est l’une des entreprises qui exportent son expertise dans la sous-région et qui développent les autres pays. C’est pourquoi je dis que le ministre des Finances ne maîtrise pas ce sujet. Quand il vend 52 % à France Télécom, il vend toutes les filiales.

En outre, l’Etat a du mal à contrôler France Télécom alors qu’elle n’a que 42 %. Les Français font exactement comme la Royal Air Maroc avec Air Sénégal International. Quand il s’agit d’aller vers les marchés rentables, ils nous court-circuitent, nous concurrencent et y vont seuls. C’est l’exemple du Niger. Et depuis qu’Icatel Mali leur a échappé, France Téécom a décidé d’aller seul dans la sous-région. Le jour où cette entreprise aura 52 %, il va respecter qui ? Quelqu’un que vous ne pouviez pas arrêter quand il avait 42 %, comment pourrez-vous le contrôler avec 52 %.

Troisième argument économique : 52 % à France Télécom, cela veut dire que 52 % des richesses de la Sonatel vont en France avec des conséquences sur les banques. La Sonatel a un résultat d’exploitation moyen de 200 milliards, un bénéfice net après impôt de 150 milliards, un chiffre d’affaires de 470 milliards. Cinquante-deux pour cent de cela, c’est des milliards. Nous en avons besoin. Quand le ministre parle de siège qui va rester à Dakar, il ne comprend pas que cela ne détermine pas la nationalité d’une entreprise. Ce qui est grave, c’est qu’à 52 %, nous devenons une filiale. Aujourd’hui, nous ne le sommes pas. France Télécom s’est toujours battue pour que nous soyons une filiale, c’est nous qui l’avons refusé, en interne.

Wal Fadjri : Justement, la Sonatel ne finira-t-elle pas par être un porteur d’enseigne pour France Télécom ?

Ibrahima Konté : On sera un porteur d’enseigne doublé d’une succursale. Comment est-ce que les Sénégalais peuvent développer une politique d’expansion internationale en tant que filiale. Une expansion internationale, c’est une société-mère qui le fait. La Sonatel est un groupe, c’est la société-mère qui gère Orange Mali, Orange Guinée, etc., et les politiques sont définies ici au Sénégal. Mais si on devient une filiale, les politiques seront définies en France. L’exemple des banques est là. Il est dit que l’Etat a fait de la plus-value mais il y a eu des évaluations faites par deux grandes banques françaises qui ont estimé que les actions Sonatel valent entre 200 000 et 250 000 francs.

Wal Fadjri : Mais le ministre des Finances avance que c’est le bloc stratégique de l’Etat qui va être vendu, c’est-à-dire que ce sont des actions non cotées.

Ibrahima Konté : Des actions non cotées en bourse, mais qui bénéficient du progrès en bourse. Comment vous analysez cette cote ? Comment peut-on ne pas être dans la bourse et bénéficier du progrès de la bourse ? Ce n’est pas cohérent. Pourquoi le ministre se glorifie d’avoir fait une bonne plus-value ? Il n’avait qu’à vendre les actions à leur valeur originelle de 20 000 francs comme on les avait cédées à France Télécom. Vous savez ce que les Français ont gagné ? Ils ont investi 80 milliards et, rien qu’avec les dividendes, ils n’ont pas gagné moins de 170 à 180 milliards. Donc deux fois et demie de bénéfice. Il n’y a que la vente de la drogue qui apporte un tel retour sur investissement. L’Etat nous parle de dette intérieure, mais de 2005 à nos jours, nous avons versé dans les caisses de l’Etat 130 milliards par an. Si cet argent avait été bien utilisé, l’Etat n’aurait pas eu de dette intérieure. Je crois que le ministre s’est complètement gouré. Nous l’invitons à se ressaisir. Personne n’a le monopole du patriotisme, tout le monde peut se tromper. Qu’il nous rencontre et on discute. Nous trouverons des solutions.

Wal Fadjri : France Telecom peut-elle acheter les actions de l’Etat du Sénégal sans bourse délier ?

Ibrahima Konté : Je n’ai vu ni le protocole ni quelqu’un qui l’a. On n’a vu qu’un communiqué conjoint. Personnellement, je suis prudent sur les chiffres, mais ce qui est sûr et certain, c’est que, dans les 200 milliards dont il parle, l’Etat a des dividendes qu’il va percevoir. C’est inclus. France Télécom quant à elle va débourser, avec le dividende net de 11 700 francs multipliés par 4,2 millions d’actions, cela va lui faire 67 milliards. Globalement, les Français devraient toucher 200 milliards, ce qui veut dire qu’ils vont acheter la Sonatel avec notre argent. Nous demandons plus. Notamment, que l’Etat revoie le pacte d’actionnaires, qu’il reprenne la Sonatel, qu’il l’ouvre aux nationaux, et mieux encore, il faut qu’il diminue l’actionnariat de France Télécom. Il faut enlever ce Pca, ce Marc Rennard qui joue les renards avec nous, il faut l’enlever de la présidence de la Sonatel, C’est notre revendication et c’est pour cela que les travailleurs de la Sonatel sont en train de martyriser les gens de France Télécom qui sont là. Nous allons rendre la Sonatel ingouvernable. Ce qu’ils ne font pas chez eux, nous l’accepterons pas chez nous.

Propos recueillis par Khady Bakhoum

(Source : Wal Fadjri, 23 avril 2009)

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