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Financement du secteur des Ntic : Les banques sénégalaises ne suivent pas

samedi 19 juin 2004

Le ministre de l’Information, de l’Intégration africaine et de la Promotion des Nouvelles technologies de l’information et de la communication (Tic), M. Mamadou Diop Decroix, a déploré, mercredi, lors de la cérémonie de lancement de l’Association sénégalaise des professionnels des Tic (Sitsa), le fait que « les banques ne soutiennent pas les Tic comme il faut ». Les acteurs des Tic le savaient déjà (et pour cause !), mais le dire et le répéter aura peut-être une certaine vertu pédagogique.

Au Sénégal, les banques, toujours prêtes à brandir leurs bénéfices et leurs succès (première banque, certifications internationales, etc.) ne sont pas toujours dans les mêmes dispositions pour écouter les complaintes (exprimées ou étouffées) de leurs clients, réels ou potentiels. De ce point de vue, elles ont quelque part raté le train de l’économie numérique. Ailleurs, beaucoup d’entreprises de la nouvelle économie se sont développées grâce à la confiance d’institutions qui ont pris des risques et « mis le paquet » en prêtant, voire en « misant » de l’argent sous forme de capital-risque. Pourquoi pas ici ? Il est presque impossible au Sénégal que des industries ou des services liés aux Nouvelles technologies se construisent sur la base de « simples » idées, aussi fortes, géniales et sérieuses qu’elles puissent être. C’est là le hic. Au moment où le Sénégal essaie légitimement de se positionner comme un centre de services liés aux Nouvelles technologies, à l’instar de pays comme la Tunisie et l’Ile Maurice, comment financer de telles activités qui commencent le plus souvent avec des idées et ...des lignes de code - en tout cas sans biens physiques et sans argent ? Les banques, pourtant surliquides, se font tirer les oreilles. Pour soutenir une start-up, il ne s’agit pas, comme l’a du reste rappelé le ministre Mamadou Diop Decroix, d’exiger avant tout engagement, un apport personnel et la garantie d’une maison, d’un immeuble. Comment peut-on demander de telles conditions à des entrepreneurs supposés avoir investi leur intelligence à travailler sur des idées, des architectures techniques ou logicielles et qui justement cherchent de l’argent pour mettre leurs idées en œuvre, créer de l’emploi et apporter de la richesse à la communauté ?

L’idée d’un fonds de promotion des Tic, lancée, lors du lancement de l’Association sénégalaise des professionnels des Tic (Sitsa), par le ministre de l’Information et de la promotion des Tic qui réfléchissait « à haute voix » (sic), est peut-être une piste, à condition que l’Etat encourage et que nos banques, et tous les investisseurs et financiers suivent. De toutes façons, si l’on veut un boom significatif dans le secteur des Tic, il faudra forcément que de l’argent soit injecté à la manière de ce qui se fait ailleurs pour les start-up. La toute nouvelle Sitsa a ici, entre autres, des travaux pratiques sur lesquels elle peut faire ses gammes. Difficile de comprendre en tout cas qu’une partie des énormes excédents bancaires ne puisse être utilisée dans des opérations où les bailleurs prendraient des risques un peu plus « gros » que d’habitude, histoire de permettre aux entrepreneurs d’idées dont les compétences sont prouvées de concrétiser des projets qui ont vocation, après tout, à changer la face du pays et, comme on dit maintenant, à réduire la pauvreté.

Au lieu de cela, les financiers tergiversent, retardent, refusent, ou donnent leur accord trop tard. Pendant ce temps, sur les autoroutes de l’information, d’autres roulent à grande vitesse.

ALAIN JUST COLY
aljust@aljust.net

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