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Et la saga Wari-Tigo finit, le Président Macky Sall choisit le consortium de Yerim Sow, Xavier Niel et Hassanein Hiridjee

samedi 21 avril 2018

Au Sénégal, le Code des Télécommunications stipule, en son article 27, que « les licences délivrées par décret…sont personnelles » et, en son article 28, que « les licences ne peuvent être cédées à un tiers que par décret ». Apres l’euphorie de l’annonce du rachat de TIGO Sénégal par la société de transfert d’argent et de services sénégalaise WARI, s’en est suivi plus d’un an de bras de fer entre les deux protagonistes. Le Président de l’Etat du Sénégal, Macky Sall arbitra par décret en faveur d’un consortium d’entreprises contrôlées par l’entrepreneur milliardaire Yerim Sow, le fondateur de la société de Telecom française Free Mobile, Xavier Niel et Hassanein Hiridjee, deuxième fortune du Madagascar.

L’annonce de l’achat de Tigo Sénégal par Wari fut accueilli avec enthousiasme à l’unanimité en février 2017. C’était une première que de voir des investisseurs nationaux avoir les capacités techniques et financières au point d’arriver à l’acquisition de multinationales étrangères. Le coût de la transaction était estimée à 129 millions de dollars (78 milliards de francs CFA). Le fondateur de la société Kabirou Mbodjie affirmait même : “C’est un signal qui est donné à tous les entrepreneurs Sénégalais “.

Wari n’était pas seul sur l’affaire. Son Pdg révèle qu’il était en compétition avec « de grands groupes africains et européens ». Il jubile : « Nous avons été choisis parce que nous avions l’offre la plus technique et la mieux présentée. »

Le Premier Ministre du Sénégal Mahammad Boun Abdallah Dionne avait même adressé des félicitations à Kabirou Mbodj, directeur général de la plateforme digitale de services financiers Wari.

Et soudain en juin 2017, Tigo décida alors d’annuler la vente décriant « l’incapacité de Wari à apporter le reliquat du financement requis avant la date butoir fixée au 2 juin 2017 ».

Bataille juridique et arbitrage étatique

Ce fut le début d’une longue série de batailles par communiqués de presse interposées, de révélations fracassantes d’histoire de mœurs et d’arbitrage étatique international. Le Groupe Millicom annonca, en juillet 2017, avoir rompu le contrat de cession de Tigo Sénégal au Groupe Wari pour “défaut de paiement”.

Mohamed Dabbour, Dg Millicom Afrique d’ajouter “Pour que la vente soit conclue, il faut qu’il y ait un transfert d’argent. Or, ce transfert n’est pas fait. Conformément au contrat qui nous liait, nous avons le droit de rompre le contrat si le paiement ne se fait pas”, a-t-il indiqué face à la presse. Et selon Tigo, Wari avait jusqu’en juin pour s’acquitter du paiement. Or pour le groupe dirigé par Kabirou Mbodje, « Wari a respecté tous ses engagements dans le cadre de cette acquisition du deuxième opérateur de téléphonie sénégalais, en payant le deposit initial en février, en conduisant et en finançant depuis une due diligence contractuelle prévue sur une durée de neuf mois (étude de tous les aspects commerciaux, légaux, financiers et techniques de Tigo) ».

« La date butoir pour le paiement intégral (ndrl, du montant fixé pour la transaction, soit 80 milliards de francs CFA) est le 2 novembre 2017 et que Millicom ne pouvait donc se prévaloir de la date du 2 juin 2017, qui ne constituait qu’une étape transitoire dans la mobilisation du financement, pour résilier unilatéralement et brutalement le contrat de vente signé » : dit le communiqué.

Au détriment du Groupe financier sénégalais WARI, Millicom (Tigo) a rendu public la signature d’un accord de cession de sa filiale de télécommunication au consortium composé du Groupe Teyliom Telecom (Yerim Sow), de Njj (Xavier Niel) et de Sofima (Hassanein Hiridjee). Pour contester la décision de Tigo de cette annulation, WARI dépose deux demandes d’arbitrage à Paris.

Et finalement une nouvelle épisode de ce qui semble être un feuilleton se solda par l’intervention d’un décret étatique en faveur d’un groupe de gros calibre économiquement puissant et expérimenté dans le secteur des Telecom.

D’une saga à une autre…

Un an plus tard, patatras : La saga Wari-Tigo qui a soulevé tant d’admirations et de passions, de sentiments de fierté de la part des sénégalais, laissa la place à Saga Africa Holdings Limited par la grâce du décret 2018-750 paraphé par le Président de la république du Sénégal.

En effet selon le site jeuneafrique.com : “Actuellement en visite à Paris, le chef de l’État sénégalais a, selon une source proche du dossier, « été convaincu par l’expérience du trio Sow-Niel-Hiridjee constitué d’experts de télécoms capables de générer de la valeur ajoutée pour ses clients et ses collaborateurs, en droite ligne des axes du Plan Sénégal émergent. Comme partout ils se sont installés, les nouveaux propriétaires de la marque vont mettre en place des prix très compétitifs qui permettront de redonner du pouvoir d’achat aux Sénégalais ».

Plusieurs dizaines de milliards de francs CFA seront investis par le consortium, ce qui contribuera à développer le numérique, ajoute la même source, sans plus de détails.”

L’issue de cette affaire pourrait sembler inintéressante mais il convient de noter que beaucoup de zones d’ombre subsistent. Entre l’annonce de l’acquisition de la multinationale, aux révélations fracassantes de la vie privée d’un des protagonistes (accusation de viol), en passant par les accusations de fraudes fiscales, de fuites de capitaux, sans oublier ce qu’on ne nous dit pas etc. Il est clair qu’il ne s’agit pas que d’une affaire d’achat/vente simple à coup de milliards en dollar. Des investisseurs nationaux qui, conscients des enjeux, voulaient assurer une présence patriotique dominante dans un secteur hautement stratégique, pouvons-nous toujours en rêver ?

(Source : Social Net Link, 21 avril 2018)

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