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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2019 > Novembre 2019 > Entre insultes et tentative de décrédibilisation de la croyance d’autrui : (…)

Entre insultes et tentative de décrédibilisation de la croyance d’autrui : Les groupes WhatsApp à connotation religieuse menaceraient-ils la cohésion nationale ?

mercredi 6 novembre 2019

Contenus numériques

Des groupes WhatsApp où on ne discute que de religion font foison. Beaucoup de Sénégalais se sont aujourd’hui inscrits ou ont été invités à rejoindre une de ces plateformes pour raffermir leur foi. Des communautés religieuses mettent à profit la possibilité que leur offre l’application rachetée par Facebook pour régénérer les liens entre leurs membres. En même temps, des groupes ont vu le jour et promeuvent l’échange entre différentes communautés religieuses. Seulement, des dérapages sont souvent notés dans ces espaces privés. L’affaire Ousmane Bâ est l’illustration la plus réussie.

Établi au Gabon, exactement à Port Gentil, ce ressortissant sénégalais a adhéré au groupe « Shamsoul houda ». Mais, l’expatrié qui vit au pays d’Ali Bongo depuis la fin des années 90 s’est fait connaître en insultant des érudits plus que respectés au Sénégal. Dans ses attaques, aucun marabout du Sénégal n’est épargné. Interpellé par nos soins sur ses activités ‘’online’’, il réfute d’être l’insulteur public que veut faire de lui internet. Mais, se reconnaît plutôt en ‘’répondeur’’. « Ils ont insulté mes ‘’Serigne’’ (guides religieux). J’en ai fait de même avec les leurs », a répliqué Ousmane Bâ qui a eu maille à partir avec la justice gabonaise, suite à des plaintes d’associations soufies du Sénégal.

Salafistes vs disciples des confréries

Même élargi de prison, le natif de Koussanar n’entend pas baisser la garde. Il n’en a cure des poursuites enclenchées contre lui au Sénégal. Salafiste convaincu, il se veut droit ses convictions. En face, c’est sans doute la même position adoptée. Il continue, avec ses semblables, à croiser le fer avec les fidèles des confréries sénégalaises sur Whatsapp, dans le groupe « Shamousoul Houda », créé par un individu qui se fait appeler « Yeukeuti Fitna ». Ce dernier vivrait au Maroc.

Pour une seule journée, ils peuvent échanger un millier de messages vocaux. Mais 90% de ces messages sont constitués de sobriquets, de propos aigres-doux que s’échangent les membres qui n’appartiennent pas à la même obédience religieuse. C’est d’ailleurs dans ce climat que des insultes peuvent fuser. Et si par malheur, elles sont diffusées sur Youtube, le grand public est mis dans la confidence. En conséquence, ce ce fait, ce qui devait rester dans un cadre purement privé, est porté à la connaissance d’une audience plus large. D’où la menace des groupes WhatsApp à connotation religieuse sur la coexistence pacifique qui a toujours prévalu dans ce pays.

« La chance du Sénégal a toujours été la coexistence pacifique et la bonne entente entre ses différentes communautés religieuses. Une ‘’exception sénégalaise’’ qui risque toutefois d’être de plus en plus malmenée et remise en cause par certains germes de conflits récurrents qui, mal gérés ou négligés, peuvent susciter, dans le long terme, des tensions ou même des dissensions durables et préjudiciables au vivre ensemble », alerte le président du Cadre unitaire de l’Islam au Sénégal, Serigne Cheikh Tidiane Sy Al Amine.

Selon lui, « ces germes sont surtout amplifiés, dans le contexte actuel, par le traitement non réfléchi de certains contenus (provocations délibérées, incitations à la haine ou à la dépréciation religieuse etc.) par les médias et surtout par leur capacité de propagation extensive à travers les réseaux sociaux et l’Internet. On a vu les conséquences violentes ».

Puni par la loi

En effet, ce genre d’échanges houleux, amplifiés par une certaine presse, est toujours provocateur de conflits, et est susceptible de saper les relations amicales entre communautés religieuses qui se sont toujours vouées respect et tolérance.

L’Etat du Sénégal semble conscient de ce risque que constitue l’utilisation malveillante que certains fanatiques font des réseaux sociaux et donnent (qui est qui donne ?) l’impression de vouloir anticiper sur certaines dérives. Des modifications ont été apportées au code pénal et désormais les insultes via un système informatique sont réprimées par la loi. L’article 431-43 du code pénal dispose que « L’insulte commise par le biais d’un système informatique envers une personne en raison de son appartenance à un groupe qui se caractérise par la race, la couleur, l’ascendance, l’origine nationale ou ethnique ou la religion ou envers un groupe de personnes qui se distingue par une de ces caractéristiques est punie d’un emprisonnement de six mois à sept ans et d’une amende de 500.000 de francs à 10.000.000 de francs ».

C’est dans cet élan que des individus qui, à l’autel de la liberté d’expression, se permettaient d’insulter les chefs religieux ou des convictions d’autrui. Mais avec les nouveaux instruments dont ils disposent, les forces de sécurité n’ont eu aucun mal à localiser ces semeurs de discorde et à les mettre à la disposition de la justice. C’est cette jurisprudence qui a rattrapé Ousmane Bâ. Celui-ci est poursuivi au Gabon et au Sénégal pour injures par le biais d’un système d’information en lien avec la religion, injures publiques et diffamation.

Mais, les poursuites judiciaires suffisent-elles pour ralentir voire mettre fin aux agissements des autres « Ousmane Bâ » qui pullulent sur le web ? Visiblement, non ! Les insultes et les attaques disproportionnelles continuent de plus belle.

Facebook et Youtube dépassés ?

C’est pourquoi, il urge, selon le Cadre unitaire de l’Islam, de mettre en place « un mécanisme de gestion prospective et réactive des conflits avec, en ligne de mire, le monitoring des contenus médiatiques offensants ». Dans cet esprit, il a été organisé, avec Facebook Inc (propriétaire de Facebook, Whatsapp et Instagram) un séminaire de sensibilisation des leaders religieux sur l’utilisation des médias sociaux.

Il a été décelé, selon Serigne Cheikh Tidiane Sy Al Amine que « les tenants des plateformes de médias sociaux comme Facebook, WhatsApp ou YouTube n’ont pas une réelle maîtrise sur les contenus dangereux pouvant atteindre à l’honorabilité d’une personne ou d’une communauté ». « Le cadre législatif n’est pas parfois adapté à nos pays. Car ces médias sont surtout conçus pour des pays occidentaux avec une législation sur les libertés individuelles qui n’est toujours pas en adéquation avec nos spécificités culturelles », a aussi relevé le Cadre unitaire de l’Islam qui a voulu aller au delà du constat.

Par conséquent, Serigne Cheikh Tidiane Sy Al Amine et les siens ont proposé des débuts de solution. Selon eux, ça doit d’abord passer par « une sensibilisation des utilisateurs sur les dangers des médias sociaux ». Ensuite, poursuit ledit cadre, « un cadre législatif adapté et coercitif doit être mis en place pour décourager les fauteurs ». Pourvu qu’ils soient entendu par Facebook et consorts.

(Source : Dakar Actu, 6 novembre 2019)

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