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Entre dynamisme et défis les Fintech s’imposent progressivement en zone UEMOA

jeudi 9 juillet 2020

Fintech

En Afrique Francophone, les start-ups FinTech constituent un facteur dans l’équation de l’inclusion financière digitale qu’il n’est plus possible d’ignorer. C’est la raison pour laquelle MicroSave Consulting (MSC) avec le soutien de la Fondation Mastercard a entrepris un exercice de cartographie dans six pays d’Afrique Francophone dont cinq dans la zone UEMOA (Bénin, Côte d’Ivoire, Mali, Sénégal et Togo). Le double objectif de cet exercice est d’identifier les solutions innovantes portées par les start-ups FinTech et d’évaluer les contraintes pour les transformer en opportunités et contribuer ainsi à l’accélération de l’inclusion financière des populations à faible et moyen revenu.

Dans la zone UEMOA, le nombre de comptes de monnaie électronique était de 62,9 millions en 2018 contre 50,5 millions en 2017, soit une hausse de 24,6%. Cette croissance montre le développement des services financiers digitaux, mais aussi la progression de l’inclusion financière et renforce le besoin d’une transformation digitale éclairée qui va de pair avec une bonne éducation numérique et des actions de prévention contre la fracture numérique. Structurellement, la transformation digitale conduite par les services financiers digitaux progresse grâce à la contribution de nouveaux acteurs proposant des solutions technologiques innovantes : les start-ups.

Combien de FinTechs dans les pays couverts ?

La création de FinTech dans les pays étudiés est relativement récente. Si le Sénégal se distingue en nombre, la Côte d’Ivoire connaît une bonne dynamique.

Le Sénégal et la Côte d’Ivoire continuent d’être leaders dans la région en terme de croissance et d’investissement. Les gouvernements reconnaissent la nécessité de tirer parti de la technologie numérique et certains prennent des initiatives pour stimuler l’entrepreneuriat. Des réformes commerciales sont en cours, mais des investissements supplémentaires sont nécessaires pour améliorer la capacité des FinTechs et encourager la collaboration. Cependant, le fait que de nombreuses FinTechs ne soient pas officiellement enregistrées, réduit leurs possibilités de financement et de partenariats.

Si le Bénin, le Togo et le Mali progressent plus timidement, la progression des comptes d’argent électronique devrait stimuler la créativité et la saisie d’opportunités par les start-ups FinTech. Le Mali prépare une Start-up Act, une loi qui encourage l’entrepreneuriat auprès des jeunes porteurs de projets innovants.

Quels sont les services et les modèles d’affaires dominants ?

Les services de transfert et de paiement sont majoritaires, et les services de crédit et d’épargne peinent à se développer. En effet, les modèles offrant des services de paiement et de transfert sont ceux qui ont déjà fait leur preuve dans les autres pays émergents et sont plus facilement réplicables par les Fintech. Ces services sont souvent un point d’entrée dans le secteur, afin de se constituer une base de clientèle pour offrir ensuite des services plus complexes. Cependant, les start-ups FinTech sont une catégorie d’acteurs qui échappent à la réglementation de la banque centrale, et seule une banque ou une institution de microfinance sont autorisées à offrir les produits d’épargne et de crédit…

La régulation en vigueur, explique le fait que les FinTech n’opèrent que peu directement avec les consommateurs, mais la prise de hauteur sur les enjeux de transformation digitale et de développement devraient inciter les start-ups FinTech à saisir les opportunités dans le secteur assurantiel, réglementaire et surtout dans les services de base permettant une consommation à la carte “Pay-as-you-go” : par exemple, l’énergie solaire, l’eau et les outils productifs comme Oolu Solar, qui a vendu plus de 34 000 systèmes solaires domestiques à des clients ruraux à travers le Sénégal, le Mali et le Burkina Faso, ou encore PEG Africa qui dispose déjà de 450 000 utilisateurs dans des pays comme le Sénégal, le Ghana ou la Côte d’Ivoire. La transformation digitale des services financiers concerne également les processus, les canaux, l’engagement et l’expérience des utilisateurs et l’avenir des start-ups FinTech de la zone est prometteur.

Quelles sont les zones de déploiement des FinTechs ?

Les start-ups FinTech opèrent en majorité dans un seul pays. Cependant durant nos entretiens les entrepreneurs nous ont confirmé que leur déploiement dans la sous-région est une priorité pour leur viabilité. La zone de libre échange UEMOA, est un atout pour le commerce en particulier avec le projet d’interopérabilité à venir.

En somme, avec la transformation digitale, les start-ups FinTech ont encore de nombreuses opportunités à saisir pour proposer des innovations dans la chaîne de distribution des services financiers et les chaînes de valeur agricole, transport et santé entre autres. Mais pour autant la recherche et l’innovation nécessitent d’injecter constamment des fonds.

Quelle est la pérennité des FinTechs ?

Faire des affaires est un art et une science, et le parcours des entrepreneurs africainsbien plus qu’ailleurs est jonché d’obstacles. Les start-ups FinTechs rencontrées sont à des stades de développement encore peu avancés et font face à des besoins financiers qu’elles arrivent difficilement à combler faute de visibilité, d’encadrement et de mise en relation avec les investisseurs.

« Les investisseurs privés voient un risque considérable dans le financement des fintechs de la sous-région, y compris des doutes sur les compétences des fondateurs et leur capacité à mettre en œuvre des modèles économiques durables, d’où la nécessité de les accompagner, un Business Angel. »

Le dernier rapport de Partech, investisseur de start-ups en technologie, montre une forte croissance des investissements en Afrique subsaharienne dans le secteur des FinTechs, mais les flux sont uniquement captés par les géants anglophones (Afrique du Sud, Kenya et Nigéria).

Afin de combler ce manque, des initiatives encore peu nombreuses visent à créer des plateformes de rencontre et d’échange : Africa Fintech Forum, XL Africa, Concree Invest, Teranga Capitalet MSC, qui a lancé son Hub pour les start-ups francophones.

Pour développer le potentiel dans la sous-région, les entrepreneurs ont besoin de soutien pour affiner leurs modèles d’affaires, avoir accès au financement, à la formation et aux conseils. Bien qu’il existe de nombreux incubateurs dans la région, ils ont des niveaux de soutien variables et se battent souvent pour obtenir des financements. Il en résulte des espaces de co-working plus que des structures de soutien à l’entrepreneuriat. Le renforcement, la professionnalisation et le financement de ces structures de soutien à l’entrepreneuriat restent aujourd’hui des enjeux clés si nous voulons faire de l’innovation à travers des start-ups.

“Le rôle d’un incubateur est important pour l’écosystème. Cependant, les incubateurs sont devenus de simples espaces de co-working [pas des espaces d’apprentissage] puisque les personnes présentes n’ajoutent pas de valeur aux startups," un fondateur d’un FinTech

Autant les écosystèmes fournissent des programmes d’incubation autant, nul n’est encore assez pointu, adapté et spécialisé pour véritablement accompagner les start-ups FinTech. Des carrefours de talents numériques, comme le Hub de la finance digitale, permettent aux différents acteurs de l’écosystème de se former, d’avoir une meilleure compréhension du marché, d’échanger, de créer des partenariats afin de développer des produits qui ont du sens pour les populations visées.

La conception de services financiers centrés sur les utilisateurs requiert un support alliant connaissance poussée des contextes locaux et expertise en design de produits financiers digitaux. Notre expérience en incubation de FinTechs avec notre approcheMI4ID centrée sur les personnes montre l’efficacité de la mise en place de tel programme.

L’affectation stratégique des fonds est aussi cruciale pour piloter le développement des start-ups FinTech. Le financement philanthropique et la collaboration avec le secteur privé peuvent permettre aux incubateurs d’apporter de la valeur et d’accroître la capacité des start-ups, afin de contribuer à une meilleure inclusion financière et sociale.

Birane Cisse, Djitaba Patel Sackho et Elizabeth Berthe, Juin 2020

(Source : Agence Ecofin, 9 juillet 2020)

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