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En Afrique, le transfert de connaissances se met à l’heure du digital

jeudi 23 juin 2016

« À l’horizon 2050, l’Afrique-subsaharienne pourrait compter 2,7 milliards d’habitants, au lieu des 2 milliards initialement prévus par les projections de population des Nations unies ». Cette donnée qui provient d’un rapport publié en 2014 par l’Agence Française de Développement, traduit bien l’énorme potentiel démographique d’un continent qui compte aujourd’hui un peu plus d’1 milliard d’habitants. En ce sens, la transition démographique subsaharienne diffère du schéma classique. En effet, sa pyramide des âges affiche une base assez large, qui s’explique par le fait que la moitié de sa population a moins de vingt ans. Cela est dû à un taux de natalité très élevé de 37 pour 1.000 habitants, couplé à un fort taux de mortalité de 10 pour 1.000 habitants. D’après les économistes, cette manne de main-d’œuvre devrait constituer le socle du développement et de l’émancipation économique de l’Afrique.

Pourtant, dans un monde où le secteur tertiaire (celui des services) prend le pas sur les secteurs primaires et secondaires, phénomène par ailleurs accentué par l’automatisation et la robotisation des unités de production, le niveau de compétences requis auprès des entrants sur le marché du travail n’a jamais été aussi élevé. Ces compétences sont acquises pour la plupart sur les bancs de l’école. Malheureusement, l’Afrique subsaharienne reste aujourd’hui encore l’une des régions affichant le plus faible taux d’alphabétisation (en seconde position derrière l’Asie du Sud). Cela représente actuellement quelques 186 millions d’adultes africains sur 782 millions au niveau mondial, qui ne possèdent pas les connaissances de bases, à savoir lire et écrire, pourtant piliers de l’accès à l’information.

Cette carence empêche de fait une large partie de la population d’avoir accès à des compétences qui auraient pu servir à leur insertion socioprofessionnelle. Ceci est d’autant plus vrai que d’après un rapport de la coalition Education Pour Tous (EPT) mené par les Nations Unies, chaque année d’instruction augmente d’au moins 10% les revenus potentiels d’un individu.

Conscients de cet état de fait et désireux de trouver des solutions pour y remédier, les gouvernements africains allouent chaque année une part considérable de leurs dépenses publiques à l’éducation, en moyenne 5% de leur produit intérieur brut, alors même que la moyenne mondiale se situe aux alentours des 4,7%. Parallèlement, une nouvelle tendance est en train de voir le jour sur le continent, avec de nombreuses initiatives qui émergent de plus en plus et prennent l’allure de plateformes annexes d’apprentissage en ligne, ayant pour but de combler un besoin de formation que ne couvre pas toujours le système éducatif.

TRANSFERT DE CONNAISSANCE VIA LE TUTORAT EN LIGNE

Avec environ 10 millions de jeunes en fin d’études chaque année, le marché de l’emploi n’a jamais été aussi concurrentiel sur le continent. Conséquence, les jeunes diplômés sont encore plus pénalisés par le chômage qu’auparavant, l’offre de travail qu’ils représentent étant largement supérieure à la demande émanant des entreprises. Au vu également de la prolifération d’emplois peu gratifiants (économiquement et intellectuellement) notamment dans le secteur informel, ces jeunes préfèrent de plus en plus mettre à profit leurs connaissances et compétences, mais aussi acquérir celles qui leur font défaut, au travers du tutorat. Aujourd’hui, plusieurs startups ont fait le pari du transfert de connaissances en ligne, parmi lesquelles Tuteria et Tutorama.

L’idée de la création de Tuteria a germée dans la tête de ses concepteurs en fin 2013 au Nigéria, quand ces derniers se sont rendus compte qu’il était parfois très difficile de mettre en relation les personnes possédant un réel savoir et souhaitant le transmettre avec celles désireuses d’en acquérir. De plus, pour les enseignants à domicile, il n’était pas toujours évident de percevoir le paiement dû, une fois les prestations réalisées. La startup Tuteria a donc été créée afin d’offrir aux nigérians, un moyen fiable de trouver, évaluer et planifier des cours personnalisés avec les tuteurs de leur choix. Soucieuse de proposer un service de qualité à ses clients, Tuteria procède à une vérification minutieuse de l’identité, des références et compétences des tuteurs inscrits sur sa plateforme. Par ailleurs, la performance de ces derniers est continuellement évaluée afin de garantir à ses clients que les services proposés sont assurés par les meilleurs. À côté des services classiques d’accompagnement scolaire, on retrouve aussi des cours de photographie, de cuisine, de développement web, de langues, de finance, et de beauté entre autres. Cette diversification de l’offre a fait la réputation de la startup qui entend proposer à terme, la plus grande offre de transmission et de partage de connaissance en Afrique.

L’homologue marocain de Tuteria se nomme Tutorama. À l’origine de la création, deux hommes : Omar Khashaba et Mohamed Khodeir. Le premier est diplômé en droit de la London School of Economics et de l’Université Cornell, tandis que le second a récemment obtenu un Master en informatique à l’Université de Toronto avec une spécialisation dans l’intelligence artificielle. L’idée de ces fondateurs est partie d’un constat simple. Parallèlement à leurs études, alors que tous les deux exerçaient en tant que tuteurs auprès d’élèves, ils réalisent que leurs élèves qui avaient souvent été étiquetés de « stupides » ou « d’incapables » se trouvaient en mesure de combler leur retard de connaissances par le simple fait d’un enseignement adapté à leur réalité. Les deux hommes décident donc de lancer Tutorama avec la réflexion que l’école n’est pas toujours la seule solution pour l’éducation et que chaque enfant pouvait acquérir des connaissances extraordinaires, pour peu qu’il bénéficie du support adéquat.

Tutorama offre ainsi aux parents, l’accès à une base de données de tuteurs, là aussi soigneusement sélectionnés dans les meilleures universités et ayant fait l’objet d’évaluations techniques rigoureuses. Grâce à des supports Web et mobiles, les parents peuvent ainsi facilement planifier et payer les sessions, ainsi que suivre les progrès de leur enfant sur la plateforme en ligne. Les séances de tutorat peuvent se dérouler en ligne ou en présentiel , selon la préférence de l’apprentis.

Récemment primé lors de la halte égyptienne du concours Seedstar World tour, Tutorama est de fait qualifiée pour la phase finale qui se tient chaque année en Suisse et se verra offrir en cas de victoire, un investissement d’un million d’euros en actions. La plateforme dont le nom provient d’une contraction entre tutorat et panorama n’est pas encore totalement en service et sera officiellement inaugurée au mois de septembre 2016.

ET LES MOOCS DANS TOUT ÇA ?

Aux côtés des plateformes classiques de tutorat, on assiste également à une forte progression des MOOC (Massive Open Online Courses). Ce terme qui désigne en français des cours en ligne proposés par des écoles et des universités, sont accessibles gratuitement à tous. Se présentant sous forme de vidéos d’une dizaine de minutes en général, les MOOC attirent de plus en plus d’étudiants africains, avides d’une éducation de premier ordre, avec des professeurs qu’il ne leur aurait pas été donné de connaître autrement que par la magie d’Internet. Aujourd’hui, ces MOOC constituent un complément important aux cours magistraux donnés dans les différentes universités d’Afrique.

Particulièrement active sur ce segment, l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) a pris la mesure de la demande africaine, lorsqu’en février 2013, suite au lancement de ses premiers MOOC en français, 13.000 africains (sur un total de 400.000) ont décidé de s’inscrire aux cours en ligne, le tout sans que l’établissement n’ait entrepris la moindre démarche pour les attirer. L’accès à des tutoriels en français était donc largement attendu. Depuis, l’école a revu ses ambitions à la hausse en se fixant pour objectif d’attirer rapidement 100.000 étudiants africains.

Autre acteur majeur de ce nouveau mode d’apprentissage, l’école Centrale de Lille a elle aussi vu par exemple, un de ses cours sur la gestion de projet attirer 113.000 personnes dont 20% provenaient du continent africain.

Il existe également le Réseau d’Excellence des Sciences de l’Ingénieur de la Francophonie, créé en octobre 2010 à l’initiative de l’EPFL. Ce réseau comprend 14 universités francophones issues de 11 pays d’Afrique, d’Amérique, d’Asie, d’Europe et du Moyen-Orient et est centré sur trois thèmes essentiels pour l’avenir : l’eau, l’énergie et la nutrition.

S’inspirant du succès de cette approche éducative, plusieurs universités du Sénégal, du Maroc, de Tunisie et du Burkina, en partenariat avec l’Agence Universitaire de la francophonie (AUF), espèrent pouvoir monter à leur tour des programmes en ligne. Néanmoins, cette nouvelle façon d’apprendre se heurte encore trop souvent à des défis d’infrastructures, caractérisés par une faible bande passante sur la vaste majorité du continent, des coûts exorbitants pour l’accès à internet ainsi que des coupures fréquentes d’électricité. Autre inconvénient rencontré, la plupart des institutions dispensant ces MOOCs demandent encore bien souvent, des sommes forfaitaires pour recevoir une certification à la fin du programme, généralement autour de 50 euros. Cette somme n’est pas toujours à la portée de la bourse d’étudiants africains qui se retrouvent régulièrement, sans aucune possibilité de prouver via un certificat, qu’ils ont bien suivi ces formations et donc acquis des connaissances par ce biais.

LA KWIIZIBOX, UNE BIBLIOTHÈQUE NUMÉRIQUE QUI A DE L’AVENIR

Désireuse de rendre accessible les meilleurs contenus éducatifs aux étudiants des pays africains, une startup camerounaise -pilotée par Marine Staller, étudiante en 2ème année du Programme Grande Ecole à l’EM Strasbourg, Raoul Fotso, financier et Yann Nkengne, ingénieur – s’est lancée pour objectif de développer une bibliothèque numérique accessible même en hors-ligne, afin que la mauvaise qualité de la connexion à internet ne soit pas un obstacle à la nouvelle tendance de l’éducation numérique.

En 2012, après plusieurs mois de travaux de Recherche et Développement, l’équipe créa un boitier qu’elle baptisa “KwiiziBox“. La KwiiziBox est un outil qui permet aux institutions scolaires ou aux particuliers d’avoir accès à du contenu éducatif (livres, articles de recherches, vidéos, etc.). Grâce à ses antennes Wi-Fi incorporées, il est possible de partager des documents, communiquer, suivre des cours, et même travailler à distance dans un rayon de 300m grâce au réseau local qu’elle déploie. C’est d’ailleurs cette fonctionnalité de communication qui est aujourd’hui la plus plébiscitée par les étudiants. Cela leur permet notamment de suivre leurs cours en dehors des amphithéâtres bien souvent bondés et mal aérés. Par ce biais, ils peuvent également travailler ensemble sur des projets grâce à l’interface de travail collaboratif intégrée.

Portés par une volonté d’étoffer son offre de contenu, le projet “Kwiizi” a fini par séduire les dirigeants de Wikipédia, qui dans le même temps souhaitaient rendre disponible leur base de données en mode hors-ligne sur le continent africain. Un partenariat a été conclu entre les deux entreprises afin de permettre aux détenteurs d’une KwiiziBox d’avoir un accès hors-ligne à toutes les pages qui ont été préalablement consultées. Ces dernières sont ensuite automatiquement mises à jour dès que la Box est connectée à internet. Kwiizi, la startup à l’origine de la KwiiziBox a également noué un partenariat avec l’un des leaders mondiaux de cours en ligne, Coursera, mais aussi avec l’ESSEC, l’une des meilleures écoles de commerce d’Europe, afin de diffuser certains de leurs MOOCs et autres contenus éducatifs.

La startup est aussi en contact avec des établissements locaux pour que ces derniers puissent intégrer dans sa bibliothèque, du contenu pédagogique local : épreuves d’examens, cours pdf, etc.

Aujourd’hui, Kwiizi développe deux modèles de sa box : un modèle incorporant un module de communication (audio et vidéo) via le réseau Wi-Fi, autorisant jusqu’à 2.000 connections simultanées et vendu à 800.000 FCFA (1.220 €). Le second modèle, sans module de communication, quant à lui autorise jusqu’à 100 connections simultanées, pour la somme de 300.000 FCFA (458 €).

Malgré la pertinence de son projet, Kwiizi a encore du mal à faire entrer sa Box dans les écoles, lycées et autres universités. Cela est certainement dû au fait que les établissements ne veulent pas voir disparaitre leurs bibliothèques physiques au profit d’une version numérique. Toujours en phase d’optimisation de son outil, la startup est aujourd’hui à la recherche de 100.000 euros. Cet apport lui permettra le financement de matériel supplémentaire comme des disques durs, des serveurs mais aussi l’agrandissement de l’équipe. Une autre partie de cet argent servira au déploiement de cette solution dans une centaine d’école à travers le pays.

Kwiizi a réussi à développer un outil collaboratif, permettant la communication et le partage de données, le tout sans internet, en utilisant un réseau local. Avec plus de 19.000 établissements scolaires dans le pays et une véritable adaptabilité qui fait la force de l’outil, nul doute qu’un avenir radieux est promis à la KwiiziBox. Aujourd’hui, la Box contient une base de données riche de 700 000 articles, 3 000 cours vidéo et 7 000 ouvrages éducatifs, 5000 références de livres et mémoires, 6000 cours magistraux et épreuves contextualisés afin de mettre le savoir à disposition de tous. Le 3 mars dernier, la startup a d’ailleurs été primée lors de la finale du concours d’entrepreneuriat social « Global Social Venture Competition 2016 (GSVC) » organisé par l’ESSEC, en partenariat avec Deloitte.

Au vu de l’explosion démographique auquel fait face le continent africain et compte tenu de la faible évolution des conditions d’éducation sur le continent, il est urgent que les gouvernants prennent conscience des incroyables opportunités qu’offrent le numérique dans la transmission du savoir. Il serait grand temps que les politiques d’éducation nationales s’intéressent aux synergies bénéfiques qui peuvent résulter d’un mix entre enseignement traditionnel et apport du numérique.

(Source : Innogence Pulse, 23 juin 2016)

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