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Elections en 2007 Comment les cartes numérisées risquent de tout compromettre

lundi 31 juillet 2006

« Annoncé en grande pompe, comme une révolution technologique majeure en Afrique, le projet du gouvernement Sénégalais de numériser les cartes nationales d’identité et d’électeur, risque d’être une source de grande déception ». Cette déclaration est celle d’un proche collaborateur du chef de l’Etat jadis grand défenseur de ce projet.

« L’idée de la biométrie est pourtant excellente », à en croire ce même collaborateur du président, « cette technique permettant l’enregistrement d’une photo, des empreintes digitales et, accessoirement, la capture d’une signature ». « Ce projet qui devait être une réussite, une réussite totale, est toutefois confronté à des difficultés et pourrait compromettre les futures échéances électorales ». Mais qu’est-ce qui justifie ce pessimisme soudain ? L’utilisation des technologies biométriques est un choix judicieux. Si les technologies choisies ne sont pas directement en cause, il faut nécessairement chercher ailleurs. C’est ce que nous avons tenté de comprendre. En regardant de prés le travail des inscripteurs, tout ressemble quelque fois à un travail d’amateur. Penser qu’il suffit de raccorder une webcam, un lecteur d’empreintes et une tablette de capture de signature à un PC et, ainsi, constituer un kit d’enrôlement biométrique, puis de confier à des informaticiens l’écriture d’un programme élémentaire, c’est mal connaître le travail. Pour réussir à opérer un recensement national. Encore faut-il rassembler l’ensemble des informations collectées dans les centres d’inscription dans une base de données centrale. Là, il faut encoder toutes les données administratives qui ont été consignées manuellement sur des formulaires. C’est incontestablement une source d’erreur car ces informations ne sont pas nécessairement calligraphiées, elles ne sont pas vérifiées avec soin alors que le citoyen est présent et est en mesure de relever immédiatement les erreurs qui concernent son identité.

« La biométrie est un excellent choix, mais elle n’est pas maîtrisée ».

Les documents qui sont envoyés vers le ministère de l’intérieur contiennent donc un nombre inconnu, mais conséquent, d’erreurs. Un opérateur de poste de travail informatique commet inévitablement des fautes de frappe sur son clavier. On dit qu’en moyenne, il se commet une faute de frappe tous les 70 caractères. Par conséquent, les erreurs d’encodages sont une multitude dans une base de données telle que celle qui est en cours de constitution pour l’identification des citoyens sénégalais. Une simple inversion de deux lettres dans un nom de famille, et les problèmes commencent. Qui relèvera cette faute, qui sera en mesure de la corriger ? Si les données administratives sont encodées centralement, les données biométriques pour leur part sont capturées sur le terrain, dans les centres. Une photo, des empreintes et une signature sont digitalisées sur le disque dur d’un PC avant d’être électroniquement rapatriées vers les ordinateurs centraux du ministère. Nous avons pu observer l’enregistrement biométrique à diverses reprises. Soit la photo est floue, soit la capture de la signature révèle une image de piètre qualité. Seul l’enregistrement des empreintes semble être de qualité constante puisque que la station d’encodage biométrique ne dispose pas d’une imprimante, ces données « très visuelles » ne sont pas imprimées et donc pas contrôlées ni par l’opérateur, ni par le citoyen. Les cartes d’identité et d’électeur destinées aux citoyens doivent nécessairement rassembler les informations textuelles et les données biométriques de ces derniers. Encore faut-il être certain que des liens solides et incontestables existent entre elles. Etant donné les possibilités d’erreurs relevées précédemment, il est inévitable que ces liens, dans le concept élaboré par les responsables du projet, soient fragiles. Par conséquent, la base des données centrale contient un nombre élevé d’informations biométriques dont le lien avec les données administratives est perdu ! D’où l’impossibilité d’imprimer les cartes d’identité et les cartes d’électeur... Il ne s’agit pas d’un retard. Les matériels d’impression fournis par Delarue à grand frais sont en attente de données cohérentes et complètes.Et il y a sans doute bien peu de chances que toutes ces données soient un jour rassemblées et que les citoyens qui depuis des mois attendent leurs cartes numérisées les reçoivent.

Autonomie et mobilité

Puisque les PC ne sont pas équipés de batteries, lors d’une coupure d’électricité, le travail des centres d’inscriptions est alors interrompu. Or, personne ne sait la durée que peut prendre une coupure. Or, depuis quelques mois, nous sommes habitués à des coupures qui prennent toute la journée. Des kits mobiles avaient été annoncés pour aller à la rencontre des citoyens dans les milieux ruraux. Mais, jusqu’à présent aucun kit capable de fonctionner, durant des heures, hors de la disponibilité d’une source d’alimentation électrique, n’est disponible. Où sont les générateurs ? Nous n’avons pas de réponse. Nous avons réussi à établir un contact téléphonique avec des représentants de la société belge Zetes qui a réalisé et totalement mené à bien le projet congolais. Elle a refusé catégoriquement de s’exprimer sur le projet sénégalais. Par contre, cette société nous a confirmé que la solution déployée au Congo présentait de nombreuses garanties en matière d’intégrité des données tant au niveau des postes d’enrôlement qu’au moment de la centralisation dans une base de données. Les données administratives étaient encodées immédiatement dans les centres d’inscriptions face au citoyen et le lien avec les données biométriques était établi immédiatement et irrémédiablement. En outre, dès l’enregistrement des empreintes, celles-ci étaient comparées à toutes celles déjà présentes sur le poste d’enregistrement. Ceci permettait d’éviter toute fraude locale et donc de ne pas distribuer une seconde carte à un citoyen mal intentionné. De plus, grâce à un nouveau contrôle des empreintes en centrale, les fraudeurs étaient irrémédiablement identifiés. Les autorités congolaises ont dès lors pu constater une réduction des tentatives de fraude à moins d’1% tout en étant en mesure de sanctionner les tricheurs. Enfin, le citoyen recevant immédiatement sa carte d’électeur qui est en même temps une carte d’identité temporaire, il avait donc la possibilité d’en contrôler l’exactitude et la qualité immédiatement et en cas d’erreur constatée, une procédure particulière et très contrôlée s’appliquait pour confectionner immédiatement une carte parfaitement correcte. Chaque kit était conditionné dans une valise métallique très robuste qui contenait notamment un système sophistiqué d’alimentation par batteries. A chaque kit était associé un générateur. L’autonomie atteignant au minimum 12 heures, la performance des kits dépendait réellement de la fréquentation des bureaux d’inscription. Certains kits ont permis d’enregistrer jusqu’à 300 citoyens sur une seule journée. Chaque jour, des listes, reprenant la photographie de chaque citoyen enrôlé en cours de journée, étaient imprimées et affichées à l’extérieur des centres. Les citoyens avaient alors l’occasion d’exercer un contrôle social. Une procédure particulière avait été mise en place, sur les kits, pour enregistrer les plaintes que des citoyens souhaitaient déposer lorsqu’ils relevaient des irrégularités.

Babacar Touré

(Source : L’Observateur, 31 juillet 2006)

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