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Données personnelles : Les régulateurs africains sont une denrée rare

lundi 26 février 2018

Est-ce un sursaut africain ? Dix autorités de la protection des données personnelles et de la vie privée se sont réunies les 22 et 23 février à Casablanca. Deux dossiers ont été à l’ordre du jour de leur tout jeune réseau. D’abord, la data comme « levier de développement économique ».

Avec en toile de fond le nouveau Règlement européen sur la protection des données personnelles, applicable dès le 25 mai 2018 (cf. L’Economiste n°5102 du 8 septembre 2017). Ensuite, le réseau africain -où siègent des pays comme le Sénégal, la Tunisie et l’Afrique du sud- devait discuter, à huis clos, des mesures à entreprendre pour faire entendre sa voix lors des rendez-vous incontournables.

D’ailleurs, la Conférence internationale des commissaires à la protection de la vie privée et des données personnelles se tiendra en octobre 2018 à Bruxelles. Elle aura pour thématique l’intelligence artificielle et l’éthique. La présidente de cette instance qui réunit 120 pays-membres dont le Maroc n’a pas manqué de faire un vœu. « Le Réseau africain des autorités de protection des données personnelles peut devenir un interlocuteur légitime pour prendre part au débat international.

Un débat qui depuis 40 ans s’interroge sur l’identité propre de notre instance (la Conférence internationale) dans une économie digitale transfrontalière », déclare Isabelle Falque-Pierrotin. A la tête de la Cnil française, la présidente appelle également ses pairs à « agir ensemble comme le font les grands acteurs du numérique » à savoir les GAFA et à méditer sur « un système de régulation régional et international ».

En Afrique, les autorités de contrôle assurent ne pas chercher forcément à faire la chasse aux sorcières. « La data est la matière première de nombreux métiers et la raison d’être de plusieurs marchés. Notre combat est de garantir la protection de la vie privée mais sans écarter l’opportunité que représente la data pour nos économies », insiste Etienne Marie Fifatin, le président du Réseau africain des autorités de protection des données personnelles.

Par ailleurs, ce responsable béninois reconnaît que son instance « est dépassée par les réseaux sociaux » et « les violations massives de la vie privée ». Ces dernières constituent « le premier problème », selon l’autorité de contrôle du Bénin.

Lobbying et paradoxes

Sur le plan réglementaire, la situation n’est guère reluisante. Sur les 54 pays du continent, à peine une dizaine dispose d’une loi ou d’un cadre réglementaire et d’une instance chargée de les appliquer.

« Durant les deux dernières années, le Niger, le Tchad et le Togo ont adopté une législation sur les données personnelles. Mais sans parvenir à instaurer une autorité. Ce qui laisse déduire que ce chantier n’est pas une priorité pour ces pays », regrette le porte-parole du Réseau africain des autorités de protection des données personnelles. Il est question ainsi « de faire du lobbying auprès des gouvernements africains » en retard d’un siècle !

Le but est de « les convaincre » que la protection des données personnelles « est un droit humain et une opportunité économique ».

Avec 1,2 milliard d’habitants, le 2e continent le plus peuplé du monde s’avère un concentré de paradoxes. D’un côté des points négatifs comme l’inconscience ou l’ignorance de certains gouvernants africains, un fort taux d’analphabétisme, une sous-information de la population... De l’autre des indicateurs très positifs.

Exemple : le mobile qui a fait une percée fulgurante depuis le début de ce siècle. « Son taux de pénétration est passé de 2% en 2000 à 85% en 2015. Ce qui représente 931 millions de souscripteurs. C’est une progression trois fois plus importante que la croissance mondiale », analyse Jean-Michel Huet dans un récent ouvrage sur « Le digital en Afrique : Les cinq sauts numériques ».

Une femme de terrain cette fois-ci, Saloua Belkeziz, revient sur « les forces et les faiblesses » de l’Afrique dans un secteur qu’elle scrute depuis trois décennies. « La rareté des profils spécialisés en sécurité informatique et le manque de budgets pour investir dans la conformité » figurent parmi les principaux obstacles cités.

En revanche, la jeune population de l’Afrique, son grand marché de consommateurs et le virage numérique qu’elle entame sont considérés comme « une force » par la présidente de la Fédération marocaine des technologies de l’Information, des télécommunications et de l’offshoring (Apebi).

Saloua Belkeziz, qui a été aussi rapporteuse parlementaire de la loi sur les données personnelles de 2008, le dit clairement : « la non-conformité avec le Règlement européen sur la protection des données personnelles est une menace (pour les opérateurs africains) au même titre que le piratage informatique et le manque de confiance des consommateurs ».

Faiçal Faquihi

(Source : L’Economiste, 26 février 2018)

Post-Scriptum

Help et autres recettes

Le professeur et conseiller d’Etat français, Jean-Luc Sauron, invite ses voisins du sud à profiter du programme Help. Il a été conçu par le Conseil de l’Europe et cofinancé par l’UE. « Ce programme de e-learning permet de prendre possession du droit européen des données personnelles et de ses jurisprudences », précise l’universitaire de Paris-Dauphine. Le Pr Sauron propose comme autre solution le renforcement du rôle des autorités de contrôle. En termes d’indépendance et d’accompagnement des entreprises, la protection des données personnelles est « une nouvelle culture » où les organismes de certification et de labellisation ont également un rôle à jouer. Le juriste français est pour « la création d’un maillage de référents et d’interlocuteurs » qui se greffent aux opérateurs et à l’administration. Il n’y a pas d’économie saine sans consommateurs conscients de leurs droits. Et ceux de demain sont les écoliers d’aujourd’hui. Le système scolaire doit mieux s’approprier leur « vie digitalisée » en initiant les enfants « à l’informatique, à ses dangers et ses bonnes pratiques », conclut le Pr Sauron en insistant sur la coopération internationale et l’échange d’expertise.

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