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De la sociabilité sur Facebook

lundi 30 novembre 2020

Les réseaux sociaux, Facebook en tête, nous montrent à quel point notre sociabilité tant proclamée reste pourtant un problème. Certains pensent qu’ils sont un dangereux concurrent de la vie sociale, tandis que d’autres estiment que ses règles de fonctionnement sont copiées sur le modèle de la société. On entend également dire que les réseaux sociaux peuvent être des dangers pour l’équilibre mental des individus. Mais ne serait-il pas possible de penser ces réseaux sociaux comme des palliatifs aux limites de la société réelle ? Ne sommes-nous plus libres et plus accomplis dans les réseaux sociaux ?

Certains se demandent (à juste titre d’ailleurs) si Facebook ne serait pas une méta-société voire tout simplement une substitution à celle trop contraignante dans laquelle nous vivons. Sans discuter du bien-fondé d’une telle hypothèse, je préfère voir dans Facebook un prolongement de la société réelle. De même que les hommes ont prolongé leur corps avec des outils et des instruments, je pense qu’il n’est pas exagéré de voir dans les réseaux sociaux le prolongement (avec ce que cela comporte comme commodités et potentiels périls) de la société.

La science et la technique ont toujours permis à l’homme de prendre sa revanche sur la nature : son caractère bipède et l’effet de la gravité sur son déplacement ont été atténués par la création de machines. L’homme est relativement lent, mais la voiture est son prolongement, donc il devient rapide ; l’homme ne pas voler, mais il a créé des avions pour aller plus vite et plus loin dans le ciel que n’importe quel oiseau… C’est à mon avis dans la même dynamique que les techniques de l’information et de la communication ont permis de prolonger la société par les réseaux sociaux. Et quand je dis prolongement, encore une fois, j’inclus l’exigence de plus de confort qui va naturellement avec.

C’est dire donc que les réseaux sociaux, bien qu’étant eux aussi le théâtre de toute sorte de conflits, semblent accorder plus de liberté à l’individu. Mieux, Facebook peut suppléer la société dans le processus de socialisation toujours périlleuse et contingente dans la vie réelle. De même qu’on a du mal à s’imaginer aujourd’hui un homme évoluant sans téléphone ni voiture, on a du mal à penser la vie de milliards d’hommes sans les TIC sur une terre toujours de plus en plus petite. Avec les réseaux sociaux le plus marginal trouve un monde qu’il peut fréquenter à défaut de le former ou de l’informer. Il semble que les réseaux sociaux soient même plus cléments et plus tolérants que la société : le regard d’autrui et la censure trop élevée dans la vie réelle font beaucoup de dégâts. Ces barrières existent certes dans les réseaux sociaux, mais elles sont plus négociables.

Naturellement fragile du point de vue de sa constitution biologique, l’homme est parfois affaibli par ce qui est censé le fortifier. L’essence de la culture humaine est de n’être en dernière instance qu’un tissus complexe de solutions que les hommes, depuis toujours, ont tenté d’apporter aux défis que leur lance la nature. Cette nature les a faits animaux locuteurs, fruits et mines de la communication : l’homme lui-même n’est qu’un faisceau d’informations et de communications. De même que l’invention du langage articulé a été un tournant décisif dans l’évolution ou l’histoire du genre humain, les TICS sont en train de changer le destin de la société et de l’individu. Les espaces de plus en plus encombrés sont devenus des causes de conflit car, ne l’oublions pas, les hommes comme les animaux sont trop jaloux de leur espace. Les réseaux sociaux viennent élargir cet espace de plus de plus resserré et surpeuplé.

Les inventeurs de la cybernétique n’ont fait que récréer l’homme dans un de ses appendices : l’ordinateur. Chacun d’entre nous peut finalement se voir comme un ordinateur « programmé à apprendre » pour reprendre une expression géniale du biologiste François Jacob. Dans les réseaux sociaux on peut apprendre dans des conditions qui rendraient impossible toute forme d’apprentissage dans la vie réelle ; on peut faire plus de connaissances et de « rencontres » qu’on ne le peut dans la vie ; plus de séminaires et de forums ; plus de vie, etc. Les causes d’inhibition dans la vie sociale sont dissipées ou amoindries dans les réseaux sociaux. Il est donc possible de penser que beaucoup de talents qui dormaient à cause des restrictions sociales (qui deviennent finalement des pesanteurs psychologiques) trouvent dans les réseaux sociaux un cadre d’épanouissement.

Facebook nous rappelle que chaque visage est effectivement un livre, une vie faite de réalités et d’illusions, d’évènements et de fictions, de vérités et de mensonges, d’expressions et d’impressions, de visages et de masques, etc. Il parait que dans la vie réelle nous sommes tous des personnes, donc des masques du fait que nous sommes obligés de basculer entre l’être et le non-être. Dans Facebook les masques tombent puisque nous sommes doublement masqués : en plus du masque « naturel » que nous portons dans la vie réelle, nous mettons le masque de la distance ou de l’anonymat (pseudonymes) avec la plupart de nos « amis ».

Dans la vie réelle on ne peut pas supprimer de sa vue des amis désagréables ou qu’on ne souhaite pas rencontrer au coin de la rue. On peut certes chercher à être indifférent à leur présence ou à leurs paroles et gestes, mais ils sont là. En revanche sur les réseaux sociaux, on a plus de marge de manœuvre. Sur Facebook on voit parfois des messages du genre : « mon mur est mon mur et c’est un mur ! J’y publie ce que je veux ». Il n’y a rien de plus vrai, et c’est facile à comprendre. Mais comment effacer totalement les séquelles de notre sociabilité top empreinte de règles, d’injonctions et de sanctions même sur Facebook ? De même que le villageois qui va en ville ne peut se débarrasser du jour au lendemain des marques de sa vie de villageois, on ne peut faire tabula rasa de notre sociabilité conflictuelle en émigrant sur les réseaux sociaux. Il y a des censeurs qui vont jusqu’à vouloir reprocher à l’internaute ce qu’il publie sur sa page Facebook à savoir ses centres d’intérêt et ses convictions politiques ou religieuses.

La solution du propriétaire du profil est plus simple ici : supprimer l’amis trop exigeant de sa liste. Le bon sens voudrait d’ailleurs que ce soit le plaignant qui se supprime afin ne plus souffrir des publications de son ami sachant ou trop envahissant. Mais l’intolérant n’est pas seulement celui qui souffre de la diversité des centres d’intérêts et des opinions, c’est surtout celui qui ne supporte pas que les autres parlent ou fassent plus et mieux que lui. L’intolérant dans les réseaux sociaux ne supportent pas que d’autres écrivent, publient des photos et soient plus suivis que lui. Comment peut-on reprocher à quelqu’un de publier des choses qui l’intéressent ? Il se pourrait très bien que celui qui est gêné par la publication de son « ami » décide de disparaitre de la liste de ce dernier sans qu’il s’en rende compte.

Dans la vie réelle beaucoup de gens t’aiment ou plutôt croient t’aimer tant que tu satisfais leurs désirs ou leurs fantasmes. Ils sont souvent dans le piège d’un nombrilisme qui les fait penser que tu es aux ordres par la grâce de l’amour qu’ils te portent. Ils te détesteront dès que tu exprimes ta liberté de penser ou de voir le monde d’une façon qui ne leur convient pas. On a exactement le même type de comportement dans les réseaux sociaux

On voit donc que Facebook, c’est le monde du virtuel qui supplée cependant le monde réel, il lui sert d’ailleurs de régulateur. La solitude, ce n’est pas forcément le fait d’être seul, sans contact physique avec le monde ; c’est surtout le fait ne pas se sentir senti, aimé, apprécié, compris. Grâce aux réseaux sociaux ceux qui se sentent seuls ne le sont plus, il n’y a donc pas forcément une désocialisation ou une désintégration de l’individu à cause des réseaux sociaux bien que le risque existe. Ce qu’il y a, c’est plutôt un élargissement des canaux de la socialisation, un décentrement de l’attention ou de l’intérêt de l’individu. Ici comme dans la vie sociale, l’excès de dehors crée évidemment un déficit à l’intérieur.

Les grand-places ne devraient pas arracher définitivement les parents de leur famille ; les terrains de jeu et les loisirs ne doivent pas non plus fixer toute l’attention des jeunes au détriment de l’amour que leurs parents attendent d’eux ou leur donnent. C’est exactement le même rapport qu’on a ou qu’on devrait avoir avec les réseaux sociaux. Les décideurs et les éducateurs doivent se montrer plus inventifs au lieu de privilégier la censure et la frilosité. L’école doit investir les réseaux sociaux par le développement de softwares accessibles et de thèmes suffisamment attractifs pour focaliser l’attention des enfants. Il ne faut pas oublier que la nature a horreur du vide. C’est le vide de programme et de thèmes porteurs qui est le vrai trou noir qui attire nos enfants dans le gouffre des dérives, pas les réseaux sociaux.

Alassane K. Kitane

(Source : Enquête, 30 novembre 2020)

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