twitter facebook rss
Imprimer Texte plus petit Texte plus grand

De l’importance d’une souveraineté numérique : La sécurité des données au croisement de multiples enjeux

mercredi 22 décembre 2021

La pandémie de la Covid-19 a révélé et souligné la dépendance du monde aux technologies numériques. Depuis mars 2020, suite à la mise en place de mesures de distanciation physique et sociale - 2,63 milliards de personnes étaient confinées chez eux au 30 mars 2020 -, le trafic de données a augmenté de manière spectaculaire.

Dans ce paysage, le continent africain ne fait pas figure d’exception. Dans ce contexte, les débats sur la gestion des données, et donc sur la souveraineté numérique ont pris une nouvelle ampleur, notamment en Afrique, appelée à rapidement se positionner comme le " nouvel Eldorado des données ".

La cybersécurité rend crucial l’enjeu de souveraineté numérique en Afrique

Alors que le continent africain opère un virage vers la voie de la digitalisation depuis le début des années 2000, et est de plus en plus connecté au cyberespace mondial, il doit aujourd’hui faire face à une recrudescence d’attaques cyber. Ces dernières se sont notamment multipliées avec la crise de la COVID-19 - les statistiques officielles recensent 30 millions d’attaques en Afrique pour l’année 2020 [1], la pandémie ayant vulgarisé les usages du numérique avec la systématisation du télétravail.

Outre les conséquences négatives que cela engendre sur l’économie des pays, les cyberattaques sont une priorité pour la sécurité nationale dans le sens où elles peuvent notamment être synonymes d’espionnage ou de vol de données. La souveraineté des États africains est donc menacée, d’où l’importance de se mobiliser en faveur d’une souveraineté numérique. Par cette notion, nous entendons la capacité d’un pays (ou d’un continent) à se doter de ses propres infrastructures de cœur de réseau, et à réduire sa dépendance à l’égard d’acteurs extérieurs à sa zone.

La sécurité des données, une prise de conscience liée à de multiples enjeux

Le thème de la souveraineté des réseaux et des données prend une importance grandissante en Afrique. En témoignent les récents événements qui se sont tenus sur ce sujet, parmi lesquels l’édition 2021 du Cyber Africa Forum à Abidjan, le 7 juin 2021, ou encore le débat virtuel organisé par CIO Mag en juillet 2021. Sous la thématique " Data center et souveraineté numérique en Afrique. Quels enjeux pour la sécurité des données ? ", le webinaire soutenait l’idée que les pays africains peuvent et doivent définir leurs trajectoires technologiques en toute autonomie et indépendance, sans être tributaires des forces extérieures.

Comme l’or et le pétrole, les données sont des ressources stratégiques, et constituent en ce sens des enjeux tout aussi bien économiques, sociaux, politiques et géopolitiques. Enjeu de sécurité nationale dont l’influence est grandissante dans la prise de décisions politiques et économiques, la donnée est également un enjeu géopolitique car quiconque la possède, détient de l’information et donc du pouvoir (au sens de puissance). Dans ce contexte, la problématique des data centers prend toute son importance et laisse apparaître un paradoxe en Afrique.

En effet, la plupart des données des pays africains sont hébergées par des centres de stockage d’informations étrangers, dont beaucoup sont situés en Irlande et aux Pays-Bas [2]. Or, les data centers étant considérés comme des infrastructures essentielles à la souveraineté technologique, en hébergeant en dehors de leur territoire les données de leurs concitoyens, les pays africains cèdent ainsi une partie de leur souveraineté numérique et donc, in fine, politique.

Face à cette réalité où la dépendance à des acteurs étrangers est un jeu dangereux - notamment dans un contexte où les pays se livrent une guerre économique qui semble sans fin -, il est essentiel que l’Afrique se dote de ses propres centres de données. Ces derniers sont encore trop peu nombreux sur l’ensemble du territoire et s’évaluent à moins de 100, soit 1,3% des data centers mondiaux, en 2020 [3].

Le défi de la souveraineté numérique africaine

D’après une étude publiée par Globe Newswire en août 2020 [4], la taille du marché africain des centres de données dépasserait 3 milliards de dollars d’ici à 2025, en raison de l’intérêt croissant que portent les fournisseurs mondiaux de cloud. Face au paysage qui se dessine en Afrique, la construction de data centers sur le continent est alors cruciale. Certains pays se sont déjà lancés dans cette voie, à l’image du Sénégal et du Togo qui ont ouvert des data centers sur leur territoire pendant l’été 2021.

Comme cet exemple nous le montre, l’Afrique se donne les moyens de construire sa souveraineté numérique afin de réduire sa dépendance vis-à-vis de l’étranger. Cependant, le continent doit faire face à un certain nombre de défis puisque le manque de moyens technologiques, financiers et humains peut constituer un frein à cette volonté d’autonomie. Ainsi, à titre d’exemple, l’Afrique de l’Ouest a besoin d’une capacité supplémentaire de 1 000 MV et d’installer 700 nouvelles installations pour répondre à la demande croissante de souveraineté numérique et mettre l’ensemble du continent au niveau de l’Afrique du Sud [5], qui dispose d’un record de 30 data centers [6].

Face à cette situation, les institutions étatiques et le secteur privé doivent mettre en œuvre les moyens qui sont entre leurs mains

afin d’accompagner le continent dans la voie d’une souveraineté numérique pleine et entière. Les États ont un rôle essentiel à jouer dans la construction d’une souveraineté numérique, et pour ce faire, doivent investir dans les data centers sur leur territoire et ainsi fournir un effort conséquent en matière d’investissements. De nombreux acteurs privés, tels que Huawei, appellent activement à l’émergence d’une volonté publique en Afrique.

Or, si la crise sanitaire a souligné le rôle majeur que prend la transformation digitale sur le continent africain, elle met paradoxalement en évidence les difficultés qu’ont les États à investir des financements suffisants dans ce domaine, ces derniers étant frappés de manière inégale par la récession économique.

Face à cette réalité, les gouvernements africains doivent donc s’associer avec les acteurs privés dans un partenariat public-privé (PPP). En effet, construire un data center nécessite un investissement massif et des compétences multiples. Par la place qu’il occupe sur la scène africaine, Huawei s’attache à collaborer avec les États et l’ensemble des opérateurs évoluant dans le secteur de la digitalisation, afin de fournir une infrastructure adaptée, sécurisée et de qualité.

Suivant la construction, le groupe s’attache ensuite à effectuer un transfert de connaissances afin que ces infrastructures soient ensuite gérées par les États de manière totalement autonome. Comme l’exprime son credo, - " En Afrique, pour l’Afrique " -, l’équipementier chinois veut créer en Afrique les conditions du succès de demain. Celles-ci passent notamment par la formation et la mise en place d’une politique d’éducation dans le numérique. La formation des talents est notamment une ambition inscrite au cœur de la politique de la société ; en témoignent la Huawei ICT Competition et la Huawei ICT Academy. Toute souveraineté, y compris numérique, doit recourir à des compétences et des experts locaux pour s’affirmer.

Bien que le développement d’une souveraineté numérique diffère d’un pays à un autre, voire d’une région à une autre, l’Afrique est de plus en plus engagée dans la définition d’une trajectoire technologique autonome. La constitution d’une souveraineté digitale en Afrique n’est donc ni un rêve illusoire ni un projet utopique qui serait hors d’atteinte.

Élément essentiel pour l’avenir du continent, afin que ce dernier ne soit plus un acteur périphérique de la scène internationale, mais bien central, la souveraineté numérique doit encore et malgré tout répondre à un certain nombre de défis. La constitution d’un cadre réglementaire précis et adapté, l’amélioration de la résilience, la mise en place d’une stratégie liée à la sécurisation des données et l’accent mis sur la jeunesse et la société civile restent encore des challenges que l’Afrique doit relever afin d’être pleinement souveraine.

(Source : Le Journal de l’Economie sénégalaise, 22 décembre 2021)

Post-Scriptum

Sources :

" L’Afrique a besoin de centre de donnés pour acquérir sa souveraineté numérique ", Global Voice Group (GVG), 26 novembre 2020.

"The Africa data center market by revenue is expected to grow at a CAGR over 12% during the period 2019-2025", Globe Newswire, August 4, 2020.

" En Afrique, la marche vers la souveraineté numérique est entamée ", Afriquinfos, 9 juillet 2021.

" Covid-19 : combien de personnes sont confinées dans le monde ? ", Libération, 31 mars 2020.

" Datacenters africains : souveraineté numérique ou mirage ? ", CIO Mag, 5 juillet 2021.

" Datacenter et souveraineté numérique en Afrique : quels enjeux pour la sécurité des données ? ", CIO Mag, 9 juillet 2021.

" Didier Simba : "La souveraineté numérique est un défi pour les États africains" ", Financial Afrik, 30 mai 2021.

" Internet. Géopolitique de la donnée. Maîtriser la donnée : enjeux et défis géopolitiques. Moteur de recherche et web profond ", Diploweb, 3 juin 2015.

" Interview - Henri Monceau : "Créer les conditions d’une souveraineté numérique en Afrique" ", Digital Africa, 15 octobre 2021.

" Le difficile chemin de l’Afrique pour atteindre sa souveraineté numérique ", RFI, 14 juillet 2021.

" Philippe Wang, Huawei : "L’Afrique est libre de construire sa propre souveraineté numérique" ", CIO Mag, 3 juillet 2019.

" Sans data centers, pas de souveraineté numérique africaine ", Le Journal de l’Afrique, 10 septembre 2021.

" La souveraineté numérique est un enjeu géopolitique ", Global Voice Group (GVG), 2 juillet 2020.

" Souveraineté numérique : pourquoi les datacenters sont cruciaux pour l’Afrique ", Jeune Afrique, 18 novembre 2021.

[1] " Covid-19 : combien de personnes sont confinées dans le monde ? ", Libération, 31 mars 2020.

[2] " En Afrique, la marche vers la souveraineté numérique est entamée ", Afriquinfos, 9 juillet 2021.

[3] " Souveraineté numérique : pourquoi les datacenters sont cruciaux pour l’Afrique ", Jeune Afrique, 18 novembre 2021.

[4] " Sans data centers, pas de souveraineté numérique africaine ", Le Journal de l’Afrique, 10 septembre 2021.

[5] "The Africa data center market by revenue is expected to grow at a CAGR over 12% during the period 2019-2025", Globe Newswire, August 4, 2020.

[6] " Datacenters africains : souveraineté numérique ou mirage ? ", CIO Mag, 5 juillet 2021.

BATIK

Inscrivez-vous a BATIK

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez toutes nos actualités par email.

Navigation par mots clés

INTERNET EN CHIFFRES

- Bande passante internationale : 172 Gbps
- 4 FAI (Orange, Arc Télécom, Waw Télécom et Africa Access)
- 15 418 058 abonnés Internet

  • 15 064 336 abonnés 2G+3G+4G (97,72%)
    • 2G : 21,30%
    • 3G : 39,18%
    • 4G : 39,52%
  • 195 457 abonnés ADSL/Fibre (1,28%)
  • 156 129 clés et box Internet (1,00% )
  • 2 136 abonnés aux 4 FAI (0,02%)
  • Internet fixe : 1,28%
  • Internet mobile : 98,72%

- Liaisons louées : 4 131

- Taux de pénétration des services Internet : 92,29%

(ARTP, 30 juin 2021)

- 9 749 527 utilisateurs
- Taux de pénétration : 58,20%

(Internet World Stats 31 décembre 2018)

- 6693 noms de domaine actifs en .sn

(NIC Sénégal, avril 2020)

TÉLÉPHONIE EN CHIFFRES


Téléphonie fixe

- 3 opérateurs : Sonatel, Expresso et Saga Africa Holdings Limited
- 256 010 abonnés
- 215 687 résidentiels (84%)
- 40323 professionnels (16%)
- Taux de pénétration : 1,52%

(ARTP, 30 septembre 2021)


Téléphonie mobile

- 3 opérateurs (Orange, Free et Expresso)
- 19 742 292 abonnés
- Taux de pénétration : 118,18%

(ARTP, 30 septembre 2021)

FACEBOOK

3 900 000 utilisateurs

Taux de pénétration : 23%

- Facebook : 3,2 millions

- Instagram : 1,2 million

- LinkedIn : 680 000

- Twitter : 148 400

(Hootsuite, Février 2021)