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Chronique de la perte de controle de Sonatel : Comment France Télécom a roulé l’Etat dans le blé

lundi 27 avril 2009

La décision de l’Etat du Sénégal de vendre une partie de ses actions de la Sonatel ne comporte-t-elle pas des dessous ? La question se pose, au regard des choix pour le moins douteux opérés dans le pilotage de la procédure.

Dans sa volonté de céder 9,87% de sa part des actions qu’il détient dans le capital de la Sonatel à son partenaire, France Télécom, l’Etat du Sénégal a posé nombre d’actes qui attestent du bien-fondé des doutes émis par la plupart des Sénégalais. Lesquels doutes portent sur d’éventuels dessous de l’opération ou des intérêts cachés derrière la transaction. Ce sentiment général est fondé, d’une part, sur le processus ayant abouti sur la décision de l’Etat d’aliéner une partie de ces biens familiaux. En effet, le choix des deux cabinets, Rothschild et Lazare, chargés de piloter la procédure de vente a réveillé des soupçons.

L’absence d’appels d’offres pour la sélection des cabinets n’est pas sans conforter certains sur le manque de transparence. Le choix de gré à gré suscite des questionnements, car des administrateurs s’étonnent de cette « désignation sélective », loin des pratiques et des procédures transparentes qui ont prévalu en de pareilles circonstances. En plus, même si leur crédibilité et leur professionnalisme ne sont pas mis en doute, il reste que « la fibre patriotique pourrait faire pencher les intérêts du marché au profit de France Télécoms » en ce sens que les « deux cabinets sont français », fait noter Ibrahima Konté, membre du Conseil d’administration de la Sonatel et ancien syndicaliste.

« Problème d’éthique »

Ce dernier rappelle, d’autre part, les confidences faites par le ministre d’Etat, ministre de l’Economie des Finances, Abdoulaye Diop, sur le prix unitaire de cession des actions à France Télécom, fixé à 156 000 francs Cfa. L’argentier du pays s’enorgueillit d’avoir réussi une bonne opération financière, car le prix de l’action à la Bourse, à la date du mercredi 22 avril 2009, est coté à 115 000 francs Cfa. Seulement, à en croire M. Konté, l’Etat aurait pu avoir mieux que le taux fixé actuellement. Car, il révèle que « deux grandes banques françaises avaient évalué la valeur de l’action de la Sonatel entre 200 et 250 000 francs Cfa ». Sans compter les garanties que représente le « good win » pour une société en pleine croissance dans une activité en pleine expansion. Partant de cela, des membres de la Direction générale de la société de téléphonie disent ne pas trouver une explication au choix de l’Etat du Sénégal à fixer le taux de vente à 156 000 francs. « Si l’on suit la logique commerciale développée par le gouvernement, il y a de quoi s’inquiéter sur l’option qu’il a prise de céder au moindre prix au moment où la possibilité de vendre plus cher lui est offerte », relève-t-on.

En outre, la transparence de la procédure de vente des actions à France Télécom ne semble pas être une priorité chez les autorités. Car, tous les organes de contrôle du processus ont été mis à l’écart. D’ailleurs, d’aucuns s’étonnent du fait que le Conseil d’administration n’ait pas été saisie sur la question. Un constat aussi relevé par M. Konté qui en déduit, à son tour, « un manque de transparence ». D’ailleurs, il ajoute « qu’aucune instance de régulation, comme l’Agence de régulation de marchés publics, l’Assemblée nationale, l’Assemblée générale, n’a été saisie ». Ainsi, ce jeu de cache-cache pose un « problème d’éthique » et conforte ceux qui pensent que l’opération n’est pas désintéressée.

Comment France Télécom a profité de la « faim » de l’Etat

La volonté de l’Etat du Sénégal de céder 9,87% de ses actions de la Sonatel à France Télécom à 200 milliards de francs Cfa a coïncidé avec une période où la Trésorerie de l’Etat est secouée par une tension ou un déficit. En effet, cette « faim » de l’Etat a été exploitée par France Télécom pour acquérir une partie des actions de l’Etat, ce qui permettrait de contrôler la société et d’en faire, ultérieurement, une filiale. Le Consortium français s’est servi de la demande, par l’Etat du Sénégal, de dividendes exceptionnelles, pour faire des offres sur les actions. Même si l’Etat est demandeur, il reste, selon des analystes économiques, que « l’opérateur, compte tenu des sommes amassées dans ce partenariat depuis 1997 (voir tableau), devrait se tenir avec plus de moralité dans cette transaction ».

Pourtant, l’aliénation de ce bien ne profite pas à l’Etat, aux yeux de nombreux observateurs. Car, des administrateurs révèlent que la Sonatel a apporté à l’Etat du Sénégal, ces quatre dernières années, « la somme de près 440 milliards de francs Cfa ». Cette bagatelle représente « les dividendes de ses actions, les taxes, les droits de douanes », entre autres recettes. Ainsi, la cession annoncée des actions fait grever les recettes de la puissance publique. Ce à quoi, s’ajoutent les conséquences économiques et sociales liées, selon l’avis de professionnels, « à la fuite des recettes et à la perte de parts de marchés des entreprises et des fournisseurs locaux ».

Évolution de la société : Naissance douloureuse, vie tumultueuse

Nombre de séquences ont rythmé la naissance et la vie de la Sonatel. La société a connu beaucoup de mutations qui peuvent expliquer le statut et l’intérêt qu’il suscite aujourd’hui.

La Société nationale des télécommunications (Sonatel) est l’une des sociétés nationales les plus nanties et qui font le plus de chiffres d’affaires au Sénégal. Mais, le statut actuel de la société est acquis à la suite de nombreuses restructurations et après des mouvements tumultueux. Au début, étaient l’Office sénégalais des postes et télécommunications et Télé Sénégal. Mais, en 1983, les cadres, s’activant dans le domaine des Télécoms, émettent l’idée d’une séparation des Télécoms de l’activité postale, se rappelle Ibrahima Konté, alors syndicaliste. D’ailleurs, il ajoute que « les syndicats n’étaient pas enthousiastes à cette idée, par peur d’une mort programmée de l’activité postale ». Malgré cela, « les choses sont allées très vite, car les syndicalistes étaient divisés sur la question ».

La rupture intervient officiellement en 1985. Les lois 85-35 et 85-36 créent les deux sociétés que sont la Poste sous la dénomination de l’Opce et la Sonatel. Celle-ci devient alors une entreprise nationale dont le capital était entièrement détenu par l’Etat, dont les principales fonctions étaient de développer le réseau domestique, mettre à niveau le réseau international de téléphonie et augmenter la capacité du réseau de Dakar. Alassane Dialy Ndiaye était son premier Directeur général. De l’avis de M. Konté, le fait marquant est que « la concertation a toujours prévalu dans tous les processus de changement de statuts de la société ». D’ailleurs, il relève l’avancée du Sénégal dans ce domaine des Télécoms, car « au moment où la Sonatel passait en une société nationale, France Télécoms était encore une administration ». Le vent de la privatisation souffle, alors, dans le monde avec, en lame de fond, l’évolution technologique, la réflexion est poussée quant à la pertinence des Etats de continuer à gérer des sociétés nationales. Le Sénégal ne fait pas exception à cette nouvelle donne mondiale et un débat interne est lancé au sein de la Sonatel qui faisait un chiffre d’affaires de l’ordre de 50 milliards de francs Cfa. Mais, « quel schéma faut-il adopter pour la privatisation de la société ? » La question est posée par les syndicalistes et elle ouvre un dialogue, témoigne le syndicaliste. L’option prise est de s’adosser sur un partenaire et de privilégier les nationaux.

Privatisation avant libéralisation

La polémique enfle entre deux options : privatiser avant de libéraliser ou le choix l’inverse. Face à ce dilemme, Abdou Diouf, président de la République d’alors, confie le dossier au Groupe de réflexion pour la croissance et la compétitivité (Grcc) qui était dirigé par Alioune Diagne Coumba Aïta. Cette structure, dont l’actuel ministre de l’Agriculture, Amath Sall, et Aminata Niane étaient membres, conseille l’adoption de la privatisation avant la libéralisation. En effet, il est retenu, rappelle Ibrahima Konté, de faire le partage autour de trois blocs : les nationaux, les investisseurs étrangers et les privés individuels. Pour rechercher « un partenaire stratégique », un appel d’offres est lancé en 1997, et au dépouillement, Télia surclasse les autres soumissionnaires, dont son suivant immédiat, France Télécoms.

Le choix fait, le décret n°97-714 du 19 juillet 1997, publié dans le journal officiel n° 5756 du 09 Août 1997, autorise la cession d’actions de la Sonatel détenue par l’Etat. Ainsi, France Télécoms acquiert 33% du capital de la Sonatel à près de 70 milliards de francs Cfa. Si cette première cession d’actions au profit de France Télécom a été transparente, par contre, une seconde, intervenue deux ans plus tard, est faite en catimini. En effet, suite à la vente de 9% de ses actions à France Télécom, en 1999, la part de l’Etat dans le capital de la Sonatel était passée à 27,67%, tandis que celle de France Télécom était, désormais, de 42,33%. Les investisseurs institutionnels et le grand public possédant 20% du capital, tandis que les 10% restant étaient détenus par les employés et les retraités de la Sonatel. C’est la dernière opération menée par l’Etat du Sénégal, en attendant l’aboutissement de celle qui est, généralement, décriée.

Surclassée par « Telia » à la suite de l’appel d’offres : L’étonnante Baraka de France Télécom

L’opérateur France Télécom, qui déteint la majorité des actions dans le capital de la Sonatel, n’était pas retenu à la suite de l’appel d’offres lancé en 1997. Comment est-il arrivé à s’implanter au détriment de « Télia » qui avait fait les meilleures offres ? Réponses par des confidences.

L’entrée de France Télécom dans le capital de la Sonatel en 1997 reste encore une énigme dont les Sénégalais peinent toujours à déchiffrer. Comment la société française a-t-elle pu se retrouver en position de partenaire privilégié, alors qu’elle s’était classée deuxième à la suite de l’appel d’offres lancé en 1997 ? A cette question, des autorités, qui étaient au cœur de la transaction sous le régime de Diouf, apportent des réponses. Si l’on en croit les confidences de nos interlocuteurs, « des dessous stratégiques et la préservation d’intérêts ont accompagné ce processus ». « La meilleure offre technique et financière a été faite par le Consortium suédois Télia, parrainé par Kéba Kende. C’est pourquoi, elle a été retenue avant qu’un retournement spectaculaire se produise ». Car, quelques mois plus tard, l’Etat du Sénégal signe avec « France Câbles et Radio » (Fcr), filiale de France Télécom, qui acquiert un tiers du capital de la Sonatel.

Ce retournement de situation à la faveur du groupe français a été, soufflent des sources, le fruit d’un « immense lobbying et de pressions intenses exercées sur des autorités. Ces dernières ont, en effet, collaboré avec le syndicat qui a porté le combat ». Le plan alors élaboré était de « vouer aux gémonies le groupe suédois auquel beaucoup de griefs ont été retenus, à tort, par les syndicalistes ». Ce qui avait poussé l’Etat à s’engouffrer dans cette brèche pour décréter l’élimination de Télia, ouvrant ainsi la porte à France Télécom.

Loterie syndicale ?

« Faux ! », rétorque Ibrahima Konté, alors syndicaliste et actuel membre du Conseil d’administration de la Sonatel. Il jure que la réalité est tout autre. Même s’il reconnaît que « France Télécom est arrivé au Sénégal avec le soutien des syndicalistes », il précise que cela est lié à « la carence de Télia et de ses alliés ». M. Konté se rappelle de la demande alors faite par son syndicat de rencontrer le partenaire choisi avant toute signature de cession des actions. A cette demande, poursuit-il, le ministre Mamadou Lamine Loum avait donné une suite favorable. « C’est à la suite des discussions que l’on s’est rendu compte que Télia ne vient pas seul, il s’était adossé à un Consortium avec des financiers, des Américains, entre autres. Mais, ce qui a le plus précipité leur mise à l’écart par l’Etat, c’est que l’opérateur a tardé à verser l’argent. Après deux mois d’attente, en vain, nous avons demandé que France Télécom soit choisie ». En tout cas, le flou persiste en ce sens que d’autres sources lient l’élimination de Télia à son désaccord avec l’Etat sur « la durée de la concession ».

Autre grief retenu contre le syndicat, c’est « l’acceptation faite, sans retenue, de la procédure de privatisation, alors que toutes les autres sociétés pressenties ont résisté ». En effet, des sources y voient « une position intéressée par des intérêts particuliers ». Pour M. Konté, cette position se justifie par le constat selon lequel « la lutte contre la privatisation était vouée à l’échec, compte tenu des rapports de forces nationaux et internationaux ». Ainsi, l’on confie que les syndicats ont sonné la mobilisation pour tirer profit de cette privatisation. Une stratégie payante en ce sens qu’ils réussissent à avoir des garanties sur la sécurité de l’emploi. Mais, le plus grand bénéfice tiré de cette affaire a été l’entrée des travailleurs dans le capital de la Sonatel en acquérant 10% du capital de l’entreprise à des « conditions avantageuses ». Mais, pour Ibrahima Konté, « les travailleurs ont consenti des sacrifices et pris des risques pour entrer dans le capital ». « Les 3,5 milliards injectés dans l’opération ont été rassemblés à partir de cotisations et par la demande, à la Direction générale, de reverser les 2,5 milliards de francs Cfa des Indemnités de départ à la retraite du personnel ». Une somme qui a été complétée par « le prêt de 7 milliards de francs Cfa consenti par l’Etat et que nous avons payé rubis sur ongle des dividendes de nos actions ».

Ndiaga Ndiaye

(Source : L’Observateur, 27 avril 2009)

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