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Cheikh Tidiane Mbaye : "Je ne pouvais pas accepter que l’image du Sénégal soit ternie à ce point"

mardi 3 juillet 2012

Enfin ! la Grande muette parle. Pour sa première grande sortie médiatique, depuis presque une décennie, Cheikh Tidiane Mbaye, a accepté de se confier à votre magazine préféré. Avec REUSSIR, le Directeur Général de Sonatel revient à coeur ouvert sur des questions brûlantes de l’heure.De l’abrogation du décret sur les appels entrants à la concurrence et les offres de Sonatel, en passant par sa conception de la Régulation dans les Télécoms, le partenariat avec France Télécom et la question du renouvellement de la concession avec l’Etat, M. Mbaye dit tout, non sans évoquer son avenir personnel à la tête de Sonatel qu’il dirige depuis maintenant 24 ans... Interview exclusive !

Le décret sur la surtaxe sur les appels entrants vient d’être abrogé. Qu’est-ce qui va changer chez Sonatel ?

L’abrogation du décret, le 15 mai dernier, est un engagement du Président Macky Sall, dans son programme Yoonu yokute. Il est heureux de constater, un mois après sa prise de fonction, qu’il ait respecté son engagement. Ce qui va changer, c’est d’abord les relations entre les Opérateurs et le Régulateur. Les relations avec l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP) ont été très difficiles à partir de 2010, parce que les missions du Régulateur n’étaient pas bien comprises ou ont été travesties. La mission du Régulateur est principalement de favoriser la concurrence, baisser les prix, améliorer les services, aménager le territoire, c’est-à-dire faire en sorte que les services soient accessibles partout, dans le pays et aussi d’arbitrer les conflits inévitables qui peuvent naître entre les opérateurs et les clients. Je regrette, mais la mission du Régulateur n’est pas de collecter de l’argent ou d’inventer des taxes qui freinent le développement du secteur et diminuent, à terme, les ressources de l’Etat. Heureusement qu’avec la nouvelle Direction Générale de l’ARTP, on a tout de suite senti que les choses commencent à bouger. Nous avons bon espoir que les relations et l’environnement s’en trouveront changés.

L’autre fait majeur est la baisse des tarifs internationaux au départ du Sénégal et de l’étranger qui va enfin arrêter la baisse de notre chiffre d’affaires, provoquée par cette surtaxe. En 7 mois à peine, les conséquences de cette surtaxe se sont avérées très négatives.

Ce qui s’est passé est pire que ce nous pensions.

Nous pensions que, contrairement au premier décret, le deuxième décret allait permettre l’affectation de la totalité de la surtaxe au budget de l’Etat. Ce qui, même dans cette hypothèse, était une mauvaise opération pour l’Etat qui allait perdre bien plus à moyen terme (baisse d’impôt et de dividendes). Or, il se trouve que l’Etat rémunérait une entreprise privée à hauteur de 42% des revenus de la surtaxe !

Le plus navrant, dans cette affaire, était qu’un pays comme le Sénégal qui était une vitrine (et qui va le redevenir, je le souhaite), donne cet exemple-là au reste du monde.

Cette abrogation est vraiment, pour nous, une réforme majeure, un acte très important posé par le Président Macky Sall qui, de manière intelligente, a négocié avec les opérateurs afin de s’assurer une contribution plus importante à l’économie nationale, même si la pression fiscale est déjà très forte. Je rappelle que Sonatel est déjà hyper-taxée même si on dit qu’elle est très riche. Ceux qui le disent omettent de préciser que 40% du bénéfice nous vient de l’extérieur.

Sonatel acceptera-t-elle maintenant d’être contrôlée au niveau des appels entrants et comment ?

Pour justifier la surtaxe, l’ARTP avait mis en avant la question de la rémunération du contrôle. « On va mettre en place des systèmes qui vont contrôler le trafic », disait-elle. Nous pensons que le contrôle n’est qu’un prétexte pour instituer la surtaxe. On a toujours dit que Sonatel accepte tout contrôle, sur les appels internationaux comme sur les appels locaux. Sonatel est l’entreprise la plus contrôlée aujourd’hui au Sénégal. Chaque année, les services des Impôts nous inspectent et c’est normal... Sonatel est une entreprise dans laquelle l’Etat est le deuxième actionnaire et elle est cotée en Bourse. Quel intérêt a-t-on de frauder le Fisc ?

Cela n’a aucun sens. Bref, cette volonté de salir Sonatel, pour justifier cette taxe, a été quelque chose de très regrettable. Cela dit, nous sommes, bien entendu, ouverts à tous les contrôles possibles et imaginables. On travaille, en ce moment d’ailleurs, dans ce sens, avec le Ministère des Finances et l’ARTP. Il faut comprendre qu’il est de l’intérêt des opérateurs de mettre en place un système de contrôle.

Par exemple, vous avez dû certainement remarquer que vous recevez parfois des appels venant de l’extérieur avec un numéro local sénégalais qui s’affiche : il s’agit d’appels internationaux transformés frauduleusement en appels locaux.

A combien s’élève le manque à gagner chez Sonatel, si manque à gagner il y a ?

J’ai parlé, tout à l’heure, de la baisse du chiffre d’affaires mais il y a aussi un autre phénomène qui est la hausse des charges : plusieurs pays dont l’ensemble des pays de l’UEMOA nous ont demandé (réciprocité), une augmentation du montant à leur reverser pour les appels entrants, chez eux.

Au total, la baisse du chiffre d’affaires, ajoutée à la hausse des charges, a eu un effet de 23 milliards sur 11,5 mois d’application de la surtaxe et cet effet allait s’amplifier, au fil du temps.

Depuis le début, Sonatel a refusé de verser l’argent collecté auprès de l’ARTP ? Combien se chiffrent ces retombées financières ?

Le Conseil d’Administration nous avait demandé de ne pas verser les sommes non-collectées. C’est au mois de mai dernier que nous avons reversé environ 20 milliards à l’Etat.

Que répondez-vous à ceux qui disent que l’innovation, en termes de produits et de technologies, constitue le ventre mou chez Sonatel ?

Vous savez, si on n’était pas innovants, on n’aurait pas eu 65% du marché. La concurrence est intense et c’est un combat de tous les jours de garder nos parts de marché. Sonatel a quand même réussi à préserver des parts de marché importantes. Dans un pays comme le Mali, où nous sommes arrivés en 2002, nous avons pu atteindre 60% de part de marché ; cela grâce notamment aux innovations commerciales et techniques d’Orange, une marque internationale forte et parmi les plus innovantes. On ne peut pas être durablement leader sans être innovant car l’innovation est une des principales attentes des clients.

Ce qu’on nous reproche plutôt à travers de tels propos, c’est de ne pas soutenir suffisamment les PME du secteur des TIC, vu notre place dans l’écosystème mais cela devrait changer. Vous avez dû entendre parler de cet incubateur des entreprises dans les TIC que nous soutenons avec d’autres partenaires institutionnels et privés. Dans les TIC, l’économie numérique en général, Sonatel a quand même un grand rôle à jouer. Je crois que les nouvelles autorités en sont très conscientes et je pense que ce sera un axe de développement majeur dans les années à venir.

Qu’est-ce qui explique cette sourde rivalité autour de la promotion ?

D’abord, la concurrence entraine des baisses de prix qui peuvent prendre deux formes : une diminution normale permanente, faite une fois pour toute, ou des diminutions temporaires, sous forme de promotion Dans de nombreux pays, les clients préfèrent les promotions qui permettent d’offrir des taux de réduction très élevés et d’attirer de nouveaux utilisateurs au pouvoir d’achat plus faible.

Ces promotions tous azimuts ne signifient-elles pas que les tarifs ne sont à un niveau acceptable pour la clientèle ?

Notre prix de vente moyen est dans la fourchette basse en Afrique. Peu de nos clients ou de ceux de nos concurrents se plaignent des tarifs de télécoms. En revanche, on entend souvent dire : « puisque vous gagnez beaucoup d’argent, c’est que vous êtes chers ». En fait, on oublie d’abord que nos bénéfices, pour l’essentiel, à 70%, viennent de l’international, du trafic entrant et de nos filiales. On oublie également que le résultat de Sonatel est celui du Groupe Sonatel qui compte quatre pays. Le bénéfice de Sonatel, réalisé au Sénégal, ne couvre même pas nos investissements sur le Sénégal. En réalité, le consommateur local est subventionné, par l’international.

En parlant des appels entrants, vous avez touché du doigt la question de la régulation, alors quel type de régulation du secteur préconise Sonatel ?

Il faut d’abord que les missions de l’ARTP soient bien comprises (développement des infrastructures, des services aux meilleurs prix et avec la meilleure qualité de fonctionnement possibles, aménagement du territoire, gestion optimale du spectre de fréquence, arbitrage entre opérateurs). Il est quand même surprenant qu’un Régulateur défende une taxe sur son secteur qui en freine le développement.

Sur un autre point, faut-il revoir les termes du partenariat entre Sonatel et France Télécom, surtout en perspectives de la fin de la concession ?

La concession que l’Etat a donné à Sonatel, qui est une personne morale, se termine en juillet 2017. Donc, dans 5 ans à peu près. Un an avant, il faudra négocier le renouvellement de la concession. Cela se fait dans tous les pays et se passe, en général, très bien. Par contre, l’Entreprise, avec ses actifs, restera propriété de ses actionnaires, même après 2017.

Que répondez-vous à ceux qui disent que Sonatel a toujours une concession monopolistique face à celle de votre concurrent sur la licence globale ?

Aujourd’hui, nous détenons environ 65% de parts de marché en volume et non 100%. La concurrence est totale. Elle existe partout sur l’international, l’internet et le fixe,... Il est vrai que construire un réseau filaire n’est pas facile, et pas forcément rentable pour un opérateur entrant. Nous n’avons donc pas de monopole mais il se trouve que Sonatel se défend plutôt bien. Il y a des pays, la plupart d’ailleurs, où l’opérateur historique est descendu à moins de 50%. Les performances de Sonatel, elle les doit à la compétence de ses ressources humaines, parmi les meilleures d’Afrique et à son appartenance à un grand groupe international, Orange. Nous sommes très attentifs à cela, nous savons qu’une entreprise, c’est d’abord son capital humain.

On a senti que vous avez vraiment combattu la surtaxe avec vigueur, est-ce que ce n’était pas le combat pour la survie de l’entreprise ?

J’étais très engagé parce que c’était, à la fois, la survie et l’image de l’entreprise qui étaient en jeu. Je ne pouvais pas accepter que l’image des Télécoms, celle du Sénégal même, soit ternies à ce point. Et puis, ce qui m’a aussi un peu révolté, c’est que j’avais consacré tellement d’énergie à expliquer, à tous les niveaux, les méfaits de cette surtaxe, chiffres et illustrations à l’appui, que je n’imaginais pas son existence possible au Sénégal.

Après 24 ans comme Directeur Général, avez-vous encore des challenges ?

J’ai eu la chance de conserver de la passion face aux nombreux défis que nous avons connus, depuis tant d’années. On comprendra que je souhaite aujourd’hui, faire autre chose.

Presque 10 ans que vous n’avez pas parlé dans la presse, qu’est-ce qui vous a motivé aujourd’hui ?

Vous nous avez sollicités et il se trouve aussi que j’aime bien votre magazine. REUSSIR est un journal crédible, il fait partie des journaux que je lis régulièrement. Un journal qui a su, à chaque fois, nous entendre. On a toujours eu des discussions franches. C’est le seul journal local, entièrement dédié au traitement de l’information économique, qui soulève de vraies questions économiques, de vrais débats. Il a de très bons journalistes.

(Source : Réussir Business, 2 juillet 2012)

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