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Cheikh Bakhoum (DG ADIE) : « Nous n’avons pas les moyens de nos ambitions mais nous faisons des choses importantes »

mercredi 19 octobre 2016

Le Directeur général de l’Agence De l’Informatique de l’Etat (ADIE) a accordé une grande interview au magazine hebdomadaire du groupe D-Media, Nouvel Hebdo. La campagne de sensibilisation sur la phase d’extension du projet TeleDAc est le principal point évoqué dans cet entretien.

Quel est le bilan à mi-parcours de l’application Télédac ?

D’abord et avant tout je vais faire la genèse de cette plateforme. C’est une application qui nous permet de dématérialiser les procédures d’attribution des permis de construire qui étaient un casse-tête pour les Sénégalais, notamment ceux de Dakar, région qui concentre 90% des demandes d’autorisation de construire du pays. Avant, on pouvait rester plus de six mois sans obtenir son permis de construire. Aujourd’hui, nous avons déployé cette plateforme dans les 52 communes de la région où cette compétence a été transférée avec l’Acte 3 de la décentralisation.

Mais avant cela, il fallait mettre à niveau les mairies et les dix sous-préfectures en les équipant, en les connectant et en formant les agents. Un travail que l’Adie est en train d’exécuter. Aujourd’hui, nous sommes à 80% de réalisation de ce projet. On a câblé pratiquement toutes les structures concernées et offert du matériel à toutes les mairies et sous-préfectures. C’est un défi qui a été relevé. Les usagers que sont les investisseurs, les Sénégalais et l’administration nous ont suivis. Nous continuons la campagne de communication et de sensibilisation des usagers. Donc, incontestablement, c’est une réussite et une référence dans la sous-région.

Il se dit qu’il y a des résistances au niveau des Impôts et domaines.

A notre niveau de connaissance, nous n’avons noté aucune résistance de quelque nature que ce soit. Parce que les services des impôts et domaines travaillent correctement avec cette application. C’est une application qui entre en droite ligne dans la modernisation de l’administration. D’ailleurs, il y a une convention en vue avec la direction générale des Impôts et Domaines pour un meilleur accompagnement.

L’Adie vient de lancer le plan de travail annuel automatisé. En quoi cela consiste-t-il ?

Le plan de travail automatisé est né d’une volonté de pouvoir suivre l’évolution de tous les programmes de l’Etat. C’est un outil de pilotage des politiques publiques et notre capacité à pouvoir intervenir à tout moment. Avec cet outil, l’administration va pouvoir suivre tous ses programmes déclinés en projets et activités. Ce qui va permettre aux décideurs de piloter de manière instantanée en apportant à tout moment des correctifs. Nous l’avons déployé au niveau de notre ministère de tutelle (ministère de la Promotion des investissements, des Partenariats et du Développement des téléservices de l’Etat) comme structure pilote. Mais l’outil est également utilisé ici à l’Adie, mais aussi à l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd).

L’agence est-elle partie prenante dans l’attribution des marchés concernant les cartes d’identité biométrique Cedeao, les permis de conduire et les passeport numériques à des groupes étrangers ?

Dans le cadre de ces projets, nous avons travaillé et accompagné les ministères de l’Intérieur et des Transports dans les procédures qui ont abouti aux choix de ces entreprises. Nous pensons que la meilleure solution possible permettant au Sénégal de garder son indépendance et sa souveraineté a été choisie. Il est impératif d’avoir des solutions qui garantissent une pérennité dans la délivrance de ces titres.

Certains estiment que les solutions technologiques proposées par les groupes étrangers sont à la portée des entreprises nationales.

Il faut savoir que notre Code des marchés favorise plus les entreprises sénégalaises. Sur le choix des groupes étrangers, ce sont pour la plupart des multinationales qui viennent avec des capacités de financement estimées à des centaines de milliards. Mais dans les contrats, il leur fait obligation de travailler avec des entreprises sénégalaises du secteur concerné. Sur ce point, nous allons être le premier pays de la zone Cedeao à disposer de la carte d’identité biométrique. Cela nécessite de gros investissements dans les commissariats, les préfectures, sous-préfectures… Des moyens qui ne sont pas forcément à portée de nos entreprises. Je pense donc que les entreprises sénégalaises du secteur ont intérêt à se regrouper pour pouvoir gagner plus de parts de marché comme le font les entreprises marocaines en Afrique. Les entreprises sénégalaises doivent apprendre des grandes multinationales et, à leur tour, pouvoir vendre leurs solutions partout à travers le continent.

Le gouvernement a confié le réseau Intranet de l’administration au chinois Huawei. N’est-ce pas un risque en termes de souveraineté ?

Huawei n’opère pas le réseau. Ce sont les ingénieurs sénégalais de l’Adie qui opèrent le réseau du gouvernement sénégalais appelé l’intranet administratif. Huawei ne fait que déployer la fibre optique et construire un Data center (centre de données) dans le cadre du projet « Large Bande Sénégal ». L’entreprise Huawei n’a été choisie par le gouvernement chinois que pour accompagner le Sénégal à déployer la fibre optique en vue de mettre à la disposition de l’administration du haut débit partout où ses démembrements se trouvent dans le territoire national. Après ce travail-là, ce sont des ingénieurs sénégalais qui vont gérer le réseau.

Certains jugent insuffisantes les réalisations de l’Adie, au regard des moyens mis à votre disposition.

Là aussi, il s’agit d’une idée reçue. Mais la vérité, c’est que nous n’avons pas les moyens à la hauteur de nos ambitions. Mais avec le peu de moyens dont nous disposons (3 milliards de francs Cfa environ), nous avons pu réaliser des choses importantes. Concrètement, l’Adie a beaucoup apporté à la modernisation de l’administration, en permettant à l’Etat de réaliser des économies substantielles sur la facture téléphonique de l’Etat. Celle-ci est passée de 22 milliards à 11 milliards de francs Cfa. La connectivité entre les différentes administrations est devenue une réalité. Actuellement, la plupart des administrations du pays utilise la messagerie gouvernementale développée par l’Adie.

Avec l’intranet gouvernemental, l’Adie est parvenue à connecter plus de 700 bâtiments administratifs, à Dakar et dans les régions. Aujourd’hui, nous sommes pratiquement présents dans toutes les régions du Sénégal. Ce qui permet à l’Etat d’économiser de l’argent dans la location des liaisons spécialisées et pour l’hébergement de centaines applications. Nous accompagnons les ministères à développer des logiciels et à les héberger. Préserver nos données est une volonté ferme du chef de l’Etat. Nous hébergeons nos données et applications. L’administration ayant également besoin de personnel qualifié, nous intervenons dans le renforcement des capacités, dans la formation en présentielle ou en ligne…

Quel commentaire sur l’attribution d’un marché de 8 milliards à l’entreprise Atos de Thierry Breton pour le compte du ministère de l’Economie et des Finances ?

Nous encourageons des entreprises comme Atos d’avoir choisi le Sénégal comme un pôle de développement de services informatiques. Atos a choisi de venir s’installer au Sénégal et prévoit de recruter près de 2 000 ingénieurs sénégalais dans son plan de développement. En tant que démembrement de l’Etat, nous devons encourager ces entreprises qui misent sur l’expertise locale afin de faire de notre pays un hub dans le secteur des sociétés en ingénierie informatique. C’est un avantage parce que cela permettra aux Sénégalais d’apprendre de la démarche de ces multinationales.

Et pour ce marché ?

Pour ce qui du marché gagné par Atos, au niveau du ministère de l’Economie et des Finances, je pense qu’il y avait une procédure transparente de sélection avec la Banque mondiale et c’est la meilleure offre qui a été choisie pour doter le Sénégal d’un système intégré de gestion de la finance publique.

A quand le parc des technologies numériques promis par Koréa télécom ?

Ce projet est piloté par le ministère des Postes et des Télécommunications avec l’accompagnement de la Banque africaine de développement (Bad). Le parc sera implanté à Diamniadio avec toutes les installations nécessaires. Les premiers résultats devraient être visibles d’ici à l’année prochaine. Et nous même, en tant que Adie, nous devrions y occuper une place importante avec la construction en cours d’un des plus grands datacenter du pays.

L’option du gouvernement de dématérialiser les procédures administratives est-il un défi relevé ?

C’est une option du chef de l’Etat. Cette volonté politique que nous mettons en œuvre et qui est en train de donner des résultats palpables va à terme permettre deux choses : plus de célérité et plus de transparence dans les procédures administratives. Avec la dématérialisation, il n’y a pas de contacts physiques, en plus vous avez la traçabilité de votre dossier. C’est ça l’intérêt.

Où en êtes-vous avec la mise en œuvre des actions prioritaires du plan stratégique de l’Adie ?

L’Etat s’engage à réaliser le désenclavement numérique du Sénégal. Nous y travaillons. A titre illustratif, avec le déploiement de la fibre optique, le Sénégal est passé de 1 500 à 4 500 km de fibre optique. Ce qui va nous permettre de désenclaver totalement le pays et de permettre aux populations, quel que soit l’endroit où elles se trouvent, de bénéficier de cette infrastructure. L’autre priorité du Plan stratégique de développement est la construction d’un Datacenter à Diamniadio. Ce qui va nous permettre d’étendre nos capacités de stockage et de mise en production d’applications. L’autre priorité pour l’agence est de finaliser le projet Télédac et celui du Fichier unifié des données du personnel de l’Etat (Fudpe) qui vise à avoir une gestion numérisée des ressources humaines de l’Etat et des actes d’administration et de gestion. Un portail des données des agents de l’administration sera accessible consulter en ligne. Pour ce qui est toujours de la dématérialisation, nous poursuivons la mise à jour des démarches dans toutes les administrations en collaboration avec tous les ministères.

On parle beaucoup de sécurisation des données, de cybercriminalité… L’Adie s’est-elle prémunie contre ce type de menace ?

L’Adie vient de se doter d’une direction de la sécurité des systèmes d’information de l’Etat (Dssie). Nous travaillons tous les jours à sécuriser les données pour qu’elles ne soient pas spoliées. Le risque zéro n’existe pas, mais nous travaillons tous les jours à ne pas être surpris. L’Etat du Sénégal a beaucoup investi pour avoir un système d’information sécurisé dans un contexte où il y a beaucoup de données échangées entre services de l’administration. L’Etat est en train de mettre en place également une Infrastructure de gestion des clés pour sécuriser les transactions, garantir l’identité numérique et permettre surtout la signature électronique au Sénégal.

Quelles sont les autres perspectives sur lesquelles travaille l’Adie ?

Nous travaillons sur un projet important qui s’appelle Smart Sénégal. Elle permettra de faire bénéficier à tous les Sénégalais des avantages des technologies de l’information et de la communication. Nous allons, par exemple, permettre au secteur de l’éducation de changer nos manières d’apprendre, permettre au secteur agricole d’accroitre la productivité des paysans avec des données climatiques, sur la qualité du sol à fournir. Nous comptons également injecter les technologies dans la santé pour développer la télémédecine mais aussi avec centres de calcul. On pourra mettre à contribution les technologies pour augmenter notre sécurité avec une surveillance plus accrue, avec des centres d’analyse de milliards de données, etc.

Mamadou Sarr

(Source : Impact, 19 octobre 2016)

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