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Charles Vieira Sanches, Chargé de programmes Senior à Article 19 : « Bloguer ou communiquer sur les réseaux sociaux n’est pas du virtuel pour moi »

mardi 7 avril 2015

Charles Vieira Sanches travaille aujourd’hui pour Article 19. Il aime se qualifier d’Africain d’origine caboverdienne. Vivant au Sénégal et très fan du numérique car toujours avec un smartphone en main, Charles est aussi blogueur. Dans cette interview qu’il a accordée à l’équipe de socialnetlink, il parle de sa passion pour le blogging et son regard sur cette pratique au Sénégal.

  • Comment est née chez vous la passion pour le blogging ?

Elle est venue assez naturellement. Enfant, j’étais assez réservé et tranquille mais vers l’adolescence un pan extraverti de ma personnalité à commencer à émerger. J’ai toujours aimé partager mes connaissances, je suis curieux de nature, toujours à vouloir apprendre quelque chose de nouveau.

A l’université, dans les années 2002 – 2003, j’ai développé un site web tout seul sans aucune formation en informatique parce que j’étudiais le droit. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à démystifier les technologies de l’information et de la communication. Depuis, j’ai compris que la seule limite dans ce domaine, c’est le refus d’apprendre. En 2009, alors que je travaillais encore pour le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), nous avons monté un blog et développé une stratégie pour les médias sociaux pour la délégation régionale de Dakar.

A l’époque, ça semblait surréaliste pour une organisation comme le CICR d’avoir sur le terrain un blog et une stratégie de communication sur les réseaux sociaux même si la stratégie de la délégation ne se rattachait pas directement à l’institution. J’ai eu plusieurs blogs. Certains ont plus marché que d’autres mais à chaque fois ce qui importait c’était d’écrire, de partager mes réflexions ou ma manière singulière de saisir le monde. Depuis que je travaille pour Article 19 le blogging est rentré dans ma vie professionnelle puisque l’une de nos missions est de travailler à élargir la liberté d’expression tout en luttant contre les nouvelles formes de censure qui peuvent se développer avec le numérique ; chaque technologie apportant ses avantages mais aussi ses inconvénients. Bloguer ou communiquer sur les réseaux sociaux c’est pas du virtuel pour moi. Il y a la relation face to face (en présentiel) et avec les technologies de l’information et de la communication, il y a la relation médiatisée c’est-à-dire que vos échanges passent par une machine mais ce n’est pas virtuel. Le virtuel c’est qui n’existe pas de manière actuelle. Hors aujourd’hui quand vous « chatez » par exemple c’est actuel, c’est du temps réel, c’est du live and direct.

  • Ça vous dit quoi d’être appelé blogueur ?

Pour dire vrai, j’ai été identifié et classé parmi les blogueurs, à mon corps défendant parce que je considère qu’il y a d’autres personnes actives sur les médias sociaux qui sont très pertinentes sans qu’on parle d’elles parce qu’on ne les classe pas parmi les blogueurs.

Il y a des fois où je trouve que c’est restrictif de vouloir enfermer ma personnalité dans un outil. Si nous avons accepté de jouer le jeu pour donner envie à ceux qui veulent partager leurs opinions ou connaissances nous pensons qu’être blogueur ne devrait pas être un statut ou une classe à part.

Alors, je ne crache pas sur les amis qui grâce au blogging ont eu une reconnaissance au-delà des frontières sénégalaises, je dis plutôt bravo. Seulement, l’objectif du blogueur devrait d’abord être l’envie de produire et de partager de la connaissance. Ce qui est, à mon sens, différent du journaliste citoyen qui sans être journaliste informe l’opinion.

Je ne suis pas peu fier de dire que nous avons donné l’envie à de nombreuses personnes de se lancer dans le blogging voire de briser leur timidité et de nous donner plus à voir d’elles.

Nous recevons régulièrement à titre privé des demandes de conseil sur le blogging. Mais il faut dire qu’au Sénégal, il y a des gens qui ont vraiment compris comment utiliser les nouveaux médias pour porter des combats sociaux importants et ces champions doivent travailler à aider d’autres figures émerger.

  • Comment jugez-vous les blogs ou le blogging en général au Sénégal ?

Je n’ai pas de jugement à proprement parler à porter sur les blogs ou le blogging. Ma cartographie du blogging au Sénégal n’est pas complète. Ma vision en est parcellaire. Et les motivations de tenir un blog, des uns et des autres sont très hétérogènes.

Ce qui est important c’est que les individus puissent saisir cet outil pour promouvoir leurs idées, amener la liberté d’expression plus loin dans ce pays, porter un débat pluriel et diversifié au sein de l’espace public. On débat beaucoup au Sénégal mais malheureusement, ce sont toujours les mêmes voix qu’on entend.

Notre combat, c’est de montrer qu’il y a des talents partout et qu’en reconnaissant la diversité qu’il y a dans la société, c’est le Sénégal qui en tirera profit. Je connais par exemple, un jeune qui tient un blog sur l’agriculture depuis plusieurs années. Il fait une veille fantastique dans ce domaine. Voilà, une expertise qui arrivera forcément à maturité à un moment sur cette question. Il faut donc faire en sorte que d’autres jeunes dames et messieurs écrivent, le défi de l’archivage numérique ira avec celui d’une veille intellectuelle. C’est cela aussi un autre aspect des enjeux du blogging.

  • Qu’aimez-vous faire le plus sur votre blog ?

En réalité sur mon blog je m’interroge sur l’impact des nouveaux médias dans notre rapport à l’information et sur comment le numérique transforme les droits humains. C’est donc un blog spécialisé qui demande que mes sujets soient fouillés et documentés. J’essaie d’écrire un article par mois. Pas toujours évident.

Je rappelle l’adresse de mon blog : https://medium.com/@carlitolwanda et de mon compte twitter : @

(Source : Social Net Link, 7 avril 2015)

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