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Cédric Atangana : « Avec WeCashUp, on espérait 100 marchands à la première année. On en est à plus de 4 000 en onze mois »

mercredi 4 octobre 2017

Cédric Atangana est le Co-Fondateur de la Start-up « Infinity Space », née à Douala au Cameroun, développée à Nairobi au Kenya et qui est aujourd’hui basée à Marseille en France. L’un des services phares de la Start-up, l’API WeCashUp qui permet aux sites marchands du monde d’accepter les paiements via Mobile money provenant de nombreux pays africains et permettant par ricochet aux internautes africains d’acheter en ligne avec des moyens de paiement qui leur sont propre.

Une aubaine pour ceux qui ne détiennent pas de carte de paiement, mais qui disposent des comptes mobile money. TIC Mag a rencontré son co-fondateur le 29 septembre 2017 en marge du Salon international des TIC, AITEX 2017, à Casablanca au Maroc. Le jeune camerounais dont la solution ambitionne devenir le PayPal pour les paiements mobiles explique les spécificités de son service de paiement, son parcours, les nouveautés de la version 2.0 de WeCashUp à dévoiler dans quelques jours et ne manque pas de son avis sur l’évolution du paiement mobile en Afrique et en Europe.

TIC Mag : Les participants du Salon international des TIC, Africa IT Expo 2017, qui s’est tenu du 27 au 29 septembre 2017 à Casablanca ont apprécié la présentation de WeCashUp. A votre avis, que doit-on retenir de votre présentation ?

Cédric ATANGANA : Nous avons participé au salon AITEX 2017 pour présenter notre application WeCashUp qui est une passerelle de payements universels permettant aux sites marchands et aux entreprises du numérique comme Facebook et les autres sites d’e-commerce d’accepter tous les moyens de paiement qui existent sur le continent africain. L’Afrique c’est pratiquement un milliard de personnes aujourd’hui, dont huit cent millions sont non bancarisés ou non pas de carte bancaire ni de compte bancaire.

Ces personnes non bancarisées sont un peu exclues de la dynamique Internet global, même si à côté de cela, on a de plus en plus de personnes qui se connectent à Internet avec leurs mobiles. Lorsqu’ils aperçoivent des produits ou des services en ligne qui peuvent les intéresser, le non achat est beaucoup plus dû à la non détention d’une carte bancaire.

A l’exemple de Facebook, tout le monde y est pour publier ou poster des publications, de photos, etc. Mais, nous avons de jeunes start-ups et beaucoup de jeunes entreprises qui veulent communiquer sur Facebook en payant pour avoir plus de visibilités. Mais, Facebook ne propose que le payement par carte bancaire. Le gros problème qui se pose est que ces jeunes entreprises, même s’ils ont de l’argent en espèces, ne peuvent pas effectuer d’achat ou payer sur Internet.

WeCashUp se positionne donc davantage comme un facilitateur pour les sites marchands, les entreprises du numérique, les sites d’e-commerce ou toute entreprise internationale sur Internet qui souhaite se faire payer en Afrique en acceptant tous les modes de payement qui existent sur le continent comme Orange money, MTN Mobile Money, Express Union Mobile et autres.

Il est à noter que la Start-Up Infinity Space travaille déjà avec 14 pays sur le continent africain et travaille davantage pour une plus grande expansion sur tout le reste du continent.

TIC Mag : Vous annoncez également la possibilité d’intégrer en plus des paiements mobiles les paiements par carte bancaire et autres. Qu’en est-il exactement ?

C.A. : Oui, c’est un élément qui est dans notre to-do-list. Car nous allons bientôt lancer la version II de WeCashUp. Soit le 11 octobre précisément en Nairobi au Kenya.

TIC Mag : Comment percevez-vous la dynamique en Afrique concernant l’adoption du payement mobile ?

C.A. : Déjà, je suis parti du Cameroun en 2012 pour mes études à Marseille. Et quand je compare la dynamique de l’écosystème lorsque je partais du Cameroun et ce que je vois aujourd’hui, je trouve qu’il y a un grand fossé, car les choses ont évolué à une très grande vitesse et à un rythme exceptionnel, car on observe de plus en plus des personnes connectées à Internet.

De plus, avec l’arrivée du Mobile Money, on a de plus en plus de personnes qui l’utilisent pour faire des paiements et cela se justifie chaque jour par les chiffres d’affaires que génèrent les compagnies de télécoms qui développent le mobile money. Cela démontre clairement qu’il y a une adoption forte du paiement mobile. Donc, bientôt les paiements de salaires se feront par mobile money si cela ne se fait pas encore. Tout comme les paiements des frais de taxi et de moto, car des personnes acceptent de plus en plus cela. C’est donc une vraie révolution et surtout, il y a une grosse adoption qui est très positive pour le futur.

TIC Mag : Pensez-vous qu’aujourd’hui les pays Européens peuvent adopter les paiements mobiles comme en Afrique ? Orange a eu une expérience en France, mais qui n’a pas été un réel succès…

C.A. : Je ne pense pas que notre continent va se développer comme l’Europe ou l’Amérique. Donc, imaginer les services bancaires qui existent en Europe se déployer en Afrique de la même manière, je n’y crois pas beaucoup, car culturellement les gens en Europe sont déjà habitués à la carte bancaire.

Par contre, en Afrique, les gens ont sauté une étape. Il y a eu un saut technologique. Des gens sont passés de rien du tout pour se retrouver directement avec la téléphonie mobile. D’ou la différence de croissance du paiement mobile entre l’Europe et l’Afrique.

Du côté de l’Europe, voir l’Europe passer au mobile ne se fera pas du jour au lendemain, car les populations européennes sont encore très attachées à la carte bancaire. Donc, rééduquer les populations pour les faire migrer vers le mobile reste très difficile, car la plupart des gens payent en espèce ou via la carte bancaire. On se rend donc compte qu’en Europe, il y a deux grands sauts à faire. On peut donc conclure que l’Afrique reste avancée sur le paiement par mobile par rapport à l’Europe actuellement.

Cependant, l’expérience d’Orange en Afrique est plutôt très belle, car ils ont réussi à démontrer que le paiement mobile marche bien et marchera encore très bien dans l’avenir avec les nouveaux services qui sont développés en ce moment. Or, en Europe, éduquer les populations dans l’usage du mobile reste encore difficile et prendra encore de temps.

TIC Mag : Aujourd’hui, comment évalues-tu le potentiel africain en matière de codage ?

C.A. : L’Afrique est un jeune continent en matière de nouvelles technologies, mais quand on compare l’évolution de l’Afrique en matière de compétences technologiques au reste du monde, on voit qu’il y a une courbe qui monte très haut. Il est difficile d’essayer de comparer l’Afrique au reste du monde.

Mais, en terme de croissance, ce qu’on peut voir en rentrant de dix ans en arrière, lorsqu’on prend le paiement mobile qui a démarré en 2007 avec M-PESA, nous sommes en 2017, on constate que ce sont des technologies qui sont allées tellement vites, qui se sont développées et qui se sont maintenues en Afrique par des développeurs africains qui ont su adopter rapidement l’usage de l’Internet pour se former seuls.

En ce qui me concerne par exemple, je suis autodidacte. Car j’ai appris à coder à l’âge de 10 ans malgré le fait qu’on ne nous apprenait pas l’informatique à l’époque à l’école. J’allais au petit cyber du coin pour télécharger mes cours de codage, malgré le fait que l’internet coûtait très cher.

Aujourd’hui, avec la démocratisation de l’Internet qui coûte de plus en plus moins cher va amener le niveau de compétences des développeurs africains à monter très haut. On a de plus en plus des écoles de formation qui sont très spécialisées dans les TIC. Donc, je pense que l’Afrique a un avenir prometteur en matière de compétences pour le développement High Tech.

TIC Mag : Avec les projets que tu annonces, ton entreprise aura sans doute besoin de compétences. Alors comment fais-tu pour disposer de ses compétences-là ?

C.A. : Pour mon cas particulier, c’est un peu spécifique. Car j’ai été formé dans les communautés de développeurs. J’ai travaillé avec Google comme responsable de la communauté des développeurs Google au Cameroun. J’ai travaillé avec d’autres responsables des communautés Google comme moi dans d’autres pays. Donc, c’est un peu plus facile pour moi de toucher les bonnes compétences.

Mais, lorsqu’on passe à des recrutements ou lorsqu’on doit recruter 50 personnes en un mois, c’est un peu plus difficile, même si on connaît les développeurs. C’est pourquoi, à côté de la communauté des développeurs, on a des initiatives comme celle portée par Douglas MBIANDOU qui a pour objectif de former dix mille développeurs. Donc, nous pouvons nous appuyer sur eux pour dénicher des talents.

On a également au Nigeria une des plus grosses écoles en matière de formation des développeurs et l’idée est de s’appuyer sur ces initiatives qui sont des start-ups comme nous. On a aussi Afric Search qui est une grande vitrine pour recruter des talents tant à un niveau de management très élevé que des développeurs compétents en entrée. Toutes ces différentes plates formes sont aussi des leviers pour pouvoir absorber les talents qui sont sur le continent.

TIC Mag : Vous m’avez indiqué lors d’une discussion hier que vos estimations et prévisions au lancement ont été largement dépassées. Quels sont les chiffres qui font aujourd’hui WeCashUp ?

C.A. : Alors WeCashUp est opérationnel depuis 11 mois, même si on a quatre ans de RD derrière avant le lancement officiel, vu qu’il fallait étudier le système des pays africains, les différentes réglementations africaines et comment est-ce qu’on devait le construire. Dans nos prévisions, on espérait avoir 100 marchands à la première année. Mais aujourd’hui, on en est à plus de 4 000 avec entre 150 et 200 nouveaux marchands tous les mois.

Ce qui prouve qu’il y a une grosse demande. Donc, il y a de plus en plus les entreprises en Afrique qui ont compris qu’il faut toucher les autres pays pour se développer. Si par exemple, on a une entreprise à Douala ou à Yaoundé au Cameroun, il est évident de reconnaître que les mêmes problèmes liés aux difficultés de payement ou d’achat à l’étranger que rencontre l’entreprise de Yaoundé sont aussi rencontrés en Côte d’ivoire, au Tchad et au Gabon.

Ainsi, WeCashUp vient résoudre ce problème pour les jeunes start-ups qui sont régulièrement butées aux problèmes de paiement en ligne, car en général lorsqu’une entreprise étrangère veut arriver sur un marché africain, les principales questions qu’elle se pose tournent autour du « Comment se faire payer dans un pays ou leur présence physique n’y est pas ? »

Et la croissance rapide que WeCashUp a rencontré nous a fait comprendre que le produit qu’on développe comble un réel besoin sur le continent et c’est très bénéfique.

TIC Mag : Quelles sont les procédures de base pour intégrer WeCashUp sur sa plateforme web ?

C.A. : Il est a noter que lorsqu’un marchand s’inscrit dans WeCashUp, la première problématique pour qu’il passe en production est qu’il faut qu’on vérifie que son entreprise existe réellement et que l’on passe par la procédure de vérification Anti-Money Laundering (anti-blanchiment d’argent et anti financement du terrorisme).

Il faut aussi vérifier les pièces d’identité des représentants légaux pour savoir s’ils n’ont pas été blacklisté dans une base de données quelque part dans le monde afin de protéger les consommateurs en amont. L’idée est d’éviter d’être le maillon d’une chaîne de financement du terrorisme dans le monde. Et cette vérification prend généralement entre trois semaines et un mois. Au début, on le faisait manuellement, pièce par pièce et entreprise par entreprise. Il est à noter que lorsqu’on a 100 marchands c’est possible manuellement. Mais lorsqu’on a 4 000 marchands ce n’est pratiquement plus possible manuellement.

Mais, compte tenu de notre croissance rapide, nos équipes d’ingénieurs sont en train de développer des systèmes qui feront les vérifications automatiquement et qui nous permettront de faire des vérifications en pratiquement deux minutes au lieu de trois semaines à deux mois comme avant.

La deuxième problématique qu’on rencontre suite à cette forte croissance est le support technique, car on a de plus en plus des questions parfois très simples auxquelles on a déjà apporté des éléments de réponses, mais qu’il faut continuer à répondre.

TIC Mag : Combien êtes-vous aujourd’hui dans votre entreprise ?

C.A. : Au début, nous étions une équipe d’environ cinq personnes. Aujourd’hui, nous sommes 16. Mais, ce n’est pas assez. Car nous avons encore des besoins de compétences. Et en ce moment, nous avons créé une communauté de développeurs dans laquelle des marchands peuvent avoir des réponses d’autres marchands qui ont déjà rencontrés les mêmes problématiques. Une communauté dynamique panafricaine et même mondiale, car la plupart de nos marchands proviennent des Etats-Unis et ce sont des entreprises qui vendent leurs produits et services en Afrique. 25% proviennent de l’Europe et le reste de l’Afrique.

TIC Mag : Est-ce qu’au Cameroun des entreprises ont déjà adopté WeCashUp ?

C.A. : Oui, au Cameroun, depuis notre lancement en novembre 2016, nous travaillons avec la start-Up Kiro Games qui développe les jeux vidéos et est situé à Yaoundé, vu qu’il a l’expérience du terrain. Donc, les entreprises au Cameroun utilisent déjà WeCashUp.

Aujourd’hui, on se prépare à lancer la version II de WeCAshUp le 11 octobre 2017 à Nairobi au Kenya. Ceci, pour ramener encore plus de moyens de paiements, plus de couverture pour plusieurs pays et plus de possibilités pour le client final.

Propos recueillis par Beaugas-Orain Djoyum

(Source : TIC Mag, 4 octobre 2017)

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Téléphonie fixe

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(ARTP, 30 juin 2017)

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(Facebook Ads, août 2017)