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Bousculé par les Fintechs, le Mobile Money conserve d’importantes marges de progression

jeudi 26 mai 2022

Au lendemain de la crise de Covid-19, le marché des services financiers sur mobile s’est fait plus agressif en Afrique avec une forte diversification des offres. La concurrence ne s’est plus limitée aux prestataires de services de même nature. Les nouveaux besoins des consommateurs ont donné lieu à une bataille générale sur un marché riche d’opportunités.

Les dix dernières années ont été les témoins d’un développement conséquent du Mobile Money en Afrique. Ils étaient moins de 80 services lancés à travers le continent en 2012. En 2021, leur nombre avait atteint 173 pour 621 millions de compte enregistrés et un volume de 36,7 milliards $ de transactions financières, en croissance de 23% comparé à 2020. Même la valeur des opérations financières effectuées par Mobile Money a augmenté de 39%, comparée à l’année dernière, pour atteindre 701,4 milliards $. C’est la santé croissante du secteur au fil des années qui a suscité l’éclosion rapide de nouveaux acteurs que sont les fintechs.

Au cours des cinq dernières années, les start-up financières ont enregistré un fort dynamisme sur le continent. Celles spécialisées dans les paiements, le transfert et retrait de fonds ont vu leur nombre croître, tout comme le volume de financements mobilisés. Certaines ont pu progressivement se renforcer sur leur marché d’origine ou se développer sur plusieurs territoires.

En 2020, les smartphones représentaient moins de la moitié du nombre total de connexions mobiles.

Aujourd’hui, le marché financier en Afrique assiste à une concurrence croissante entre opérateurs Mobile Money et fintech. Une bataille qui s’annonce longue et qui traduit l’affrontement de deux modèles économiques avec leurs forces et faiblesses.

L’investissement

Depuis le lancement du Mobile Money en Afrique en 2007, les opérateurs télécoms ont consenti d’importants investissements. Plusieurs millions de dollars ont été mobilisés au fil des ans pour étendre et moderniser le réseau mobile sans lequel le service financier n’est pas accessible, déployer un réseau d’agents pour gérer les opérations financières, développer des logiciels, base de données et système financier efficaces et sécurisés pour garantir l’effectivité des transactions financières aussi bien sur mobile qu’en ligne pour ceux qui ont finalement basculé sur le numérique.

Contrairement aux opérateurs mobiles, les fintechs qui n’ont pas de réseau télécoms à bâtir et à entretenir régulièrement.

Du côté des fintech, l’investissement consenti jusqu’ici a été significatif bien qu’il puisse être considéré moindre par rapport au Mobile Money. En effet, tout comme les opérateurs télécoms, les fintechs ont investi dans le développement des systèmes informatiques qui soutiennent leur activité. Elles ont aussi investi dans un réseau d’agents et de partenariats. Cependant, contrairement aux opérateurs mobiles, les fintechs qui n’ont pas de réseau télécoms à bâtir et à entretenir régulièrement, ont davantage de marge de manœuvre. Toutefois, les opérations effectuées en ligne nécessitent d’investir dans de grandes capacités de connectivité pour le suivi en temps réel des opérations financières.

Les offres

Les fintechs ont proliféré parce qu’elles ont identifié des besoins mal desservis ou bien de nouveaux marchés liés à de nouveaux usages comme le micro-crédit. Pour Said Bourjij, expert en financements et développement (Afrique francophone et bassin méditerranéen) et directeur général d’Epargne Sans Frontière, « la fintech a deux particularités : elle s’appuie sur la maîtrise du numérique, mais surtout, elle place le client au cœur de ses modèles en cherchant à répondre à ses nouveaux usages. La dynamique des offres y est forte mais aucune n’a l’objectif de couvrir l’ensemble des pans du secteur financier ».

De son côté, le Mobile Money a évolué avec le temps. Il n’a rien à envier aux fintechs puisqu’il peut leur tenir tête en proposant aux consommateurs des solutions de valeur similaire.

Au-delà de l’envoi et du retrait de fonds, ils ont su ajouter à leur service une diversité d’options, notamment le paiement marchand, le règlement de factures, le transfert international, la micro-épargne, le micro-crédit, etc. et même à offrir l’ensemble sur une plateforme numérique très fonctionnelle.

On peut l’observer avec des services comme le M-Pesa de Safaricom, Orange Money ou encore MTN MoMo dans certains pays. Au-delà de l’envoi et du retrait de fonds, ils ont su ajouter à leur service une diversité d’options, notamment le paiement marchand, le règlement de factures, le transfert international, la micro-épargne, le micro-crédit, etc. et même à offrir l’ensemble sur une plateforme numérique très fonctionnelle. C’est cette conjonction des offres et du numérique qui explique la puissance de M-Pesa, qui est devenu en 2021 le principal moteur de la croissance financière de Safaricom Kenya. M-Pesa a représenté 38,3 % du revenu annuel de l’opérateur télécom estimé à 2,5 milliards $.

L’accès aux services

Selon l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA), le taux de pénétration de l’Internet mobile était de 28% en Afrique subsaharienne en 2020 contre un taux de pénétration du mobile de 46%.

Dans son rapport « L’Economie Mobile Afrique Subsaharienne 2021 », l’Association explique que sur les 1084 millions de personnes recensées dans la région, 303 millions (28%) étaient connectés, 206 millions n’étaient pas du tout couvertes par un réseau mobile (19%) et 575 millions de personnes (53%) vivaient dans des zones couvertes par des réseaux de haut débit mobile mais n’utilisaient pas encore les services de l’Internet mobile. Toujours selon GSMA, les smartphones représentaient moins de la moitié du nombre total de connexions mobiles. Par contre, l’Afrique subsaharienne affichait le pourcentage le plus élevé de connexions mobiles sur téléphones basiques. Soit 45% de toutes les connexions mobiles.

Les opérateurs Mobile Money, par contre, grâce à la technologie USSD qu’ils proposent en parallèle au numérique, ont leurs services financiers sur mobile accessibles aussi bien en ville que dans les villages. Un atout qui garantit une longueur d’avance sur les rivaux numériques.

Les populations rurales d’Afrique subsaharienne étaient 60% moins susceptibles d’utiliser l’Internet mobile que celles des zones urbaines. Conséquence, les fintechs dont les services sont essentiellement accessibles par Internet ne peuvent satisfaire qu’aux besoins des populations des zones urbaines. Les opérateurs Mobile Money, par contre, grâce à la technologie USSD qu’ils proposent en parallèle au numérique, ont leurs services financiers sur mobile accessibles aussi bien en ville que dans les villages. Un atout qui garantit une longueur d’avance sur les rivaux numériques.

45% du marché reste inaccessible pour les Fintechs.

Par son accessibilité par USSD, le « Mobile Money joue le rôle de catalyseur pour un large éventail d’autres services qui pourraient contribuer à résoudre des problèmes socio-économiques et environnementaux majeurs, comme l’accès aux services de première nécessité, le maintien des moyens de subsistance des petits exploitants agricoles et la distribution rapide d’une aide monétaire aux populations vulnérables », soutient GSMA.

Les tarifs

Les opérateurs Mobile Money et les fintechs sont quasiment déjà aux prises sur les mêmes offres, bien qu’ils n’adressent pas encore totalement les mêmes niches de marché. C’est d’ailleurs conscientes des opportunités ratées au niveau de la population rurale que certaines fintechs ont fait de la guerre tarifaire un axe essentiel de leur conquête du marché urbain. Une stratégie que déplorent les opérateurs de Mobile Money mais qui a tout de même, au final, contribué à la création de valeur pour les consommateurs. Dans certains pays comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, il est indéniable que l’action des fintechs a entrainé une baisse des prix des services Mobile Money.

C’est d’ailleurs conscientes des opportunités ratées au niveau de la population rurale que certaines fintechs ont fait de la guerre tarifaire un axe essentiel de leur conquête du marché urbain.

En 2020, GSMA qui redoutait déjà que cette stratégie tarifaire agressive soit largement adoptée par les fintechs interpellait les acteurs du Mobile Money sur la nécessité de diversifier leurs modèles de revenus pour devenir plus résilients et ne plus dépendre essentiellement des frais payés par les clients. En juin 2020, les prestataires interrogés dans le cadre de l’enquête sur l’adoption des services de Mobile Money dans le monde indiquaient qu’en moyenne, 87 % de leurs revenus provenaient des frais payés par les clients.

L’Association estimait que cette forte dépendance à cette catégorie de frais aurait pour conséquence une exposition accrue aux chocs de court terme qui pourraient se produire à l’avenir. Elle soutenait qu’en « plus de protéger les prestataires de services de Mobile money des chocs de demande à court terme, la diversification vers des segments à plus forte valeur ajoutée peut également se révéler avantageuse pour les utilisateurs, en permettant de proposer des services à des tarifs plus compétitif ».

Le cadre règlementaire

Dans certains marchés, les opérateurs télécoms ont été contraints par le cadre règlementaire en vigueur de séparer leurs activités mobiles de leurs activités Mobile Money. Les nouvelles filiales se sont ainsi soumises à un cadre légale strict édicté par les banques centrales des pays ou régions économiques dans lesquels elles opèrent. En fonction des types de services offerts, des exigences légales préalables ont été définies, notamment l’obtention d’une licence d’exploitation qui définit clairement le champ d’opération. Idem pour les fintechs qui souhaitent fournir les mêmes types de services. Dans l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (Uemoa), la BCEAO ne transige pas dessus. Pour les opérateurs Mobile Money, cette séparation des activités mobiles et financières donne l’opportunité d’adopter la même stratégie opérationnelle que les fintechs et de se débarrasser des coûts liés à la maintenance du réseau télécoms. Se concentrer uniquement sur le service et batailler à coup d’innovations et de valeur ajoutée pour être leader.

Au final, que la concurrence s’intensifie entre les différents acteurs du Mobile Money et de la fintech et que leurs modèles économiques s’entrechoquent avec leurs forces et faiblesses, GSMA se réjouit de l’impact que ces différentes interactions ont sur le développement de l’inclusion financière des populations africaines. L’Association encourage d’ailleurs ces différents acteurs du secteur financier sur mobile et en ligne à plus d’engagement en faveur des consommateurs dont seule la décision déterminera leur rentabilité.

Muriel Edjo

(Source : WeAreTechAfrica, 26 mai 2022)

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INTERNET EN CHIFFRES

- Bande passante internationale : 172 Gbps
- 4 FAI (Orange, Arc Télécom, Waw Télécom et Africa Access)
- 15 418 058 abonnés Internet

  • 15 064 336 abonnés 2G+3G+4G (97,72%)
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  • Internet mobile : 98,72%

- Liaisons louées : 4 131

- Taux de pénétration des services Internet : 92,29%

(ARTP, 30 juin 2021)

- 9 749 527 utilisateurs
- Taux de pénétration : 58,20%

(Internet World Stats 31 décembre 2018)

- 6693 noms de domaine actifs en .sn

(NIC Sénégal, avril 2020)

TÉLÉPHONIE EN CHIFFRES


Téléphonie fixe

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- Taux de pénétration : 1,52%

(ARTP, 30 septembre 2021)


Téléphonie mobile

- 3 opérateurs (Orange, Free et Expresso)
- 19 742 292 abonnés
- Taux de pénétration : 118,18%

(ARTP, 30 septembre 2021)

FACEBOOK

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Taux de pénétration : 23%

- Facebook : 2,95 millions

- Instagram : 1,1 million

- LinkedIn : 800 000

- Twitter : 189 800

(Datareportal, Mars 2022)