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Boubacar Sagna, lauréat aux Trophées de l’économie numérique : « YENNI, c’est une carte prépayée pour faire face aux urgences médicales »

lundi 3 octobre 2016

Son rêve qui est en train de devenir réalité passe pour le moment inaperçu. Mais à terme, les Sénégalais pourraient s’en souvenir pour toujours. A l’origine de la création de la carte santé prépayée rechargeable Yenni, Boubacar Sagna, originaire de Louga, envisage avec ses collaborateurs, de couvrir toute l’Afrique francophone et au-delà. L’idée a plu et a été récompensée il y a quelques jours du prix « Croissance, Rayonnement et Potentiel international » aux Grands prix de l’économie numérique en France. Entretien.

Sénégal7.com- Votre startup vient de remporter le trophée « Croissance, Rayonnement et Potentiel international » aux Grands prix de l’économie numérique. Vous y attendiez-vous ?

Nous remercions la Ville de Toulouse pour l’écosystème mis en place qui a permis l’émergence d’une Fintech comme la nôtre. Nous bénéficions à ce jour du soutien de plusieurs acteurs locaux, que ce soit des avocats, des comptables, ou encore des mentors, comme la Mêlée ou la Clinique Pasteur à Toulouse, qui croient en notre projet et nous ont permis de franchir les étapes nécessaires à notre succès.

De plus, nous avons dans l’équipe des personnes dévouées, motivées par notre projet, qui ne comptent pas leurs heures au travail, et ont contribué à notre réussite dans le cadre des Trophées de l’économie numérique. C’est un peu comme au BAC : vous commencez par réviser et être concentré, mais il y a aussi une part de chance ! On peut donc dire que sans être certains de notre succès à ce concours, nous avons mis toutes les chances de notre côté pour le remporter.

Quel est votre parcours ?

Je suis originaire de Louga où j’ai eu mon Bac au lycée Malick Sall en 2001. Après un premier semestre à l’UCAD, je suis venu en France faire des études supérieures en 2002 à Toulouse où j’ai obtenu un diplôme en histoire et relations internationales. J’ai également travaillé pendent 4 ans comme chargé de projet à la direction des relations internationales et Affaires européennes de la Mairie de Toulouse.

Petit à petit, l’envie de contribuer à améliorer les conditions d’accès à la santé en Afrique est née. C’est pourquoi, avec mon associé Lassina Gbakalé, nous avons créé YENNI le 1er octobre 2014

Qu’est-ce que c’est YENNI et qui sont derrière ?

YENNI vient du wolof qui signifie soulager. C’est donc aider quelqu’un à enlever la charge qu’il porte. A la base, nous voulions apporter notre aide aux immigrés sénégalais membres de la diaspora qui envoient de l’argent au pays pour soutenir leur famille, leur permettre d’avoir une épargne santé, car la maladie ne prévient pas quand elle tombe sur nos proches. YENNI, c’est un sénégalais de la diaspora qui a dû faire face à une urgence médicale et s’est retrouvé sur le moment dans l’incapacité d’envoyer l’argent ! C’est aussi un français d’origine ivoirienne, dont la famille a des besoins en Côte d’ivoire. La diaspora est le « plus grand donateur » en Afrique devant l’aide au développement ! Au-delà de ses membres fondateurs, YENNI c’est enfin des experts dans le domaine de la santé et du tiers payant qui croient en ce projet.

Qui sont vos cibles ?

Notre cible est composée de toutes les personnes non assurées ou sous assurées au Sénégal, soit plus de 80% de la population sénégalaise. A moyen terme, nous espérons pouvoir étendre notre solution à 5 pays d’Afrique de l’ouest (Sénégal, Mali, Burkina Faso, Côte d’ivoire, Guinée), et à long terme, à tous les pays ne disposant pas d’un système d’assurance maladie.

Comment se passe réellement YENNI vis-à-vis des structures sanitaires ?

YENNI propose à ses clients de faire bénéficier à leurs proches de soins adaptés, dans un réseau de plus de 200 structures de santé au Sénégal (hôpitaux, pharmacies, médecins). L’avantage pour les structures est l’apport de nouveaux clients, et l’assurance d’un paiement sécurisé. Lorsqu’un membre de la diaspora crédite une cagnotte pour l’un de ses proches au Sénégal, celui-ci peut se rendre dans n’importe quelle structure de notre réseau pour y recevoir des soins. A la fin de la consultation, la structure transmet la facture de la consultation à YENNI, qui s’engage à rembourser le professionnel de santé dans le délai qui lui convient (entre 48h et un mois). Nous négocions des tarifs préférentiels auprès de ces professionnels, ce qui rend notre entreprise intéressante, à la fois pour les patients et pour les structures.

Au Sénégal il y a déjà la CMU en cours. YENNI devient une alternative ou un concurrent ?

Nous avons rencontré Madame Awa Marie Coll Seck, Ministre de la Santé au Sénégal, qui nous a apporté son soutien et nous a mis en contact avec Monsieur Cheikh Mbengue, Directeur Général de l’Agence de la Couverture Maladie Universelle. Nous sommes plutôt complémentaires et YENNI peut même devenir un relai de la couverture universelle dans son objectif de 75% de taux de couverture de la population au Sénégal d’ici fin 2017.

Pourquoi vous êtes-vous installés à Toulouse et non à Dakar, Lomé ou Abidjan ?

Nous sommes déjà installés à Dakar à sacré Cœur 3 Rond-point JVC, et nous sommes en contact avec un fond d’investissement ivoirien et envisageons de nous installer à Abidjan. Le choix de Toulouse est le fruit de son écosystème favorable à l’épanouissement de notre entreprise. Tout est réuni pour lever des fonds, accroître notre visibilité et accélérer notre développement. Nous y avons la possibilité de lever des millions d’euros, ce qui reste, au Sénégal, plus long à réaliser.

Quel est votre business model ?

Nous prélevons des commissions sur les montants des frais de santé engagés. Notre objectif est de rester moins chers que le système du cash-to-cash, afin de ne pas être un simple modèle commercial, mais avoir un réel impact social au Sénégal, où j’ai grandi.

Où en est le taux de couverture au Sénégal ?

Selon l’Agence de la couverture maladie, le taux de couverture s’élèverait aujourd’hui à 40%. Selon notre baromètre, ce taux serait cependant plus faible, et nous espérons, de concert avec les structures sénégalaise, participer à l’améliorer considérablement grâce à l’aide de la diaspora, en basant notre système sur la solidarité très forte qui existe au sein de la communauté sénégalaise.

Vous incarnez quelque part l’idée qui veut que ce soit les Africains qui trouvent les solutions à leurs propres problèmes

« Seul l’éleveur de grenouille sait laquelle boite ». Nous sommes conscients que ce n’est pas l’aide au développement qui va développer le Sénégal, mais notre volonté de nous extirper de la misère. Nous sommes aussi persuadés que c’est l’argent de la diaspora qui pourra développer le Sénégal, s’il est bien utilisé et cela explique notre présence en Europe.

Afin de participer concrètement à l’amélioration des conditions de santé au sein du pays, nous avons décidé réinjecter une part importante de nos bénéfices dans le rehaussement du plateau médical, car ce sont nos parents, nos femmes, nos enfants et proches qui se soignent dans les centres de soin sénégalais.

Alors imaginez si tous les grands groupes venaient à consacrer une partie de leurs bénéfices à la construction d’incubateurs, ou de fonds d’investissement pour les jeunes entreprises ! Imaginez si Cheikh Amar, Baba Diaw Itoc et Yérim Sow faisaient comme Xavier Niel ou Tonny Elumelu (UBA). Le Sénégal deviendrait un des pays les plus riches au monde !

Mamadou Alpha Sané

(Source : Sénégal7.com/, 3 octobre 2016)

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