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Aveu involontaire de ses proches : Le Président Wade choisit lui-même les soumissionnaires

mardi 25 septembre 2007

Hier, comme il y a dix jours, Thierno Ousmane Sy, Madické Niang a révélé que toutes les attributions de marché au Sénégal sont soumises à la seule volonté du président de la République et non à un quelconque respect des procédures de passation de marchés.

Le ministre Madické Niang, avec la verve qui le caractérise, n’a pas manqué d’insister sur la marque du président de la République, Me Abdoulaye Wade, sur l’accord qui a été signé hier avec la société australienne Mdl, pour l’exploitation du titane et du zircon dans les régions de Louga et Thiès. Ce faisant, il a renforcé encore le sentiment de malaise qui saisit tout le monde, face à l’omniprésence et l’omnipotence du chef de l’Etat dans toutes les questions qui ont trait aux finances du Sénégal.

Me Madické Niang a avoué avec candeur hier : « Depuis 2004, nous négocions tous les aspects de cette convention. Il me fallait à tout moment des négociations, retourner voir le président de la République. Et il me disait, ‘Je ne suis pas satisfait’. Même quand nous pensions avoir fait des progrès, le Président nous disais qu’il nous était possible d’obtenir plus. » Les négociations avec Mdl ont donc été conduites sous la supervision directe du chef de l’Etat. Ce dernier a même joint à l’équipe de Madické Niang, son conseiller Pierre Goudiaby Atepa, que tous les acteurs ont tenu à féliciter publiquement hier.

Ce dernier, en marge de la cérémonie de signature d’hier, a tenu à souligner que son intervention dans le dossier, ne s’est pas limitée à apporter des conseils sur les aspects environnementaux du projet. « Je me suis aussi occupé du côté financier du projet. Et vous savez que ce n’est pas le moins important, car nous avons pu obtenir beaucoup plus que ce que nous espérions », a-t-il indiqué, en montrant des chiffres.

Me Madické Niang a indiqué à quel point le président de la République a été omniprésent dans le dossier : « Il y a trois ou quatre jours, le Président a rajouté d’autres conditions à l’avenant, qui touchent à l’environnement », a-t-il soupiré.

Cet aveu du ministre des Mines est à rapprocher des révélations faites jeudi 13 septembre dernier, en plein conseil des ministres, par le conseiller du Président chargé des Ntics. M. Thierno Ousmane Sy, invité avec son ami Karim Wade, président de l’Anoci, à expliquer aux ministres le processus qui a conduit à la sélection de la société Sudatel dans l’attribution de la seconde licence de téléphonie globale, a expliqué également que le Chef de l’Etat est intervenu à chaque étape du dossier pour récuser un soumissionnaire ou demander de réviser à la hausse certaines prétentions financières.

M. Sy a émis les mêmes propos que le ministre Madické Niang, pour indiquer : « Chaque fois que nous retenions un opérateur, le Président nous disait, ‘Je ne suis pas satisfait de celui-là !’ . » Et d’indiquer que c’est pratiquement le Président Wade qui a fixé la barre d’attribution à 100 millions de dollars américains, que Sudatel a accepté de payer.

Si les deux responsables présentent cette manie interventionniste du président comme un souci des intérêts supérieurs de la Nation, il n’en reste pas moins que cela pose problème sur le plan éthique et politique. Ainsi de la licence de téléphonie, les fonctionnaires de l’Agence de régulation des télécommunications et des postes (Artp) ont dû se résoudre à constater que leur incurie a été exposée à la face de tous. Irresponsables à l’extrême, ils ont, leur directeur en tête, voulu assumer un choix dont ils ne maîtrisaient pas les motivations, devant la face du Sénégal et du monde, avant que la bulle de la supercherie n’éclate en plein conseil des ministres. Me Wade a voulu faire savoir à tout le monde que le choix et l’arrivée de Sudatel au Sénégal étaient de son fait et de sa volonté unique, portée par son fils et celui de son ministre. Et qu’il l’assumait.

Me Madické Niang a démontré hier aussi que, même dans le domaine des ressources minières, le choix des exploitants tenait de la seule volonté du Prince, qui ne semble avoir cure des conséquences ! Donc, pour ceux qui veulent insister sur la transparence et le respect des procédures de passation de marché, prière de repasser après les négociations !

Mohamed Guèye

(Source : Le Quotidien, 25 septembre 2007)

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