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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2009 > Avril > Alex Segura, Représentant-résident du FMI à Dakar sur la vente des actions (…)

Alex Segura, Représentant-résident du FMI à Dakar sur la vente des actions de Sonatel : « Seul le Parlement doit avaliser l’opération de vente »

samedi 18 avril 2009

Désengagement de l’Etat

Exigeant sur les questions de transparence, le Représentant-résident du Fonds monétaire international à Dakar, Alex Segura estime que la vente des actions de Sonatel à France Télécom ne peut se faire sans l’approbation des parlementaires. Dans le cas échéant, dit-il, « on ne peut pas parler de problème de transparence ». Dans la première partie de cet entretien, l’économiste revient sur le paiement, par l’Etat du Sénégal, de la dette intérieure. Et c’est pour dire que seule une partie de la dette a été épongée. Entretien...

M. Ségura, la vente des actions que l’Etat détient dans le capital de la Sonatel est perçue comme une arnaque. Partagez-vous cette position ?

C’est complètement faux. C’est une information qui est complètement inappropriée et fondée sur aucune réalité. Première observation : le prêt de 82 milliards que la France a accordé au Sénégal n’a rien à voir avec les actions de la Sonatel. Il y a aussi d’autres propos que j’ai lus dans la presse et qui sont tout aussi incorrects. D’ailleurs, je n’aimerais pas me borner à cette opération, la façon de traiter le dossier est absolument inappropriée. Mais, je voudrais dire quelle est notre position, parce qu’on parle du silence du Fmi. D’abord, il faut dire que personne ne m’a interpellé personnellement pour me poser cette question. Étant donné que vous m’interpellez, je vais répondre, puisque, aujourd’hui, vous me posez cette question. Il faut comprendre trois choses. La première, c’est que, ce n’est pas le Fmi qui doit décider si un Etat souverain vend ou pas un actif. Maintenant, dans le cadre d’un débat démocratique, les citoyens sénégalais peuvent décider si c’est opportun ou pas de privatiser une entreprise très performante comme la Sonatel. Ce n’est pas le Fmi qui doit dire : ça, vous privatisez et ça, vous ne privatisez pas. C’est le choix des Sénégalais. Deuxième réflexion, lorsque l’Etat décide ou pas de vendre une entreprise publique, là où nous pouvons donner des conseils et même, s’il le faut, dans le cadre de nos programmes, demander ou poser certaines conditions pour des questions de transparence. Et pour cela, je crois que le Fmi a toujours été très clair. Nous n’avons jamais laissé passer aucun truc sur lequel nous avions des preuves concrètes que quelque chose n’était pas transparente. Moi, je n’ai aucun document qui puisse montrer que cette opération n’était pas transparente.

Toutefois, la Brvm (Bourse régionale des valeurs mobilières) a demandé à l’Etat du Sénégal de revenir sur la vente des actions de la Sonatel, une entreprise cotée à la bourse ?

Mais les actions n’ont pas été vendues. Il y a eu un protocole d’accord qui a été signé. Maintenant, ce que nous avons demandé à l’Etat, c’est de suivre les lois et la réglementation, de ne pas privatiser avant l’autorisation des parlementaires. Parce que, finalement, ce qui nous intéresse aussi, c’est que ce soit le Parlement du Sénégal qui autorise la transaction parce que c’est le Parlement qui, dans un pays démocratique, représente les citoyens. Si le Parlement avalise ou accepte l’opération, crée les ressources budgétaires et décide de comment les utiliser, là, je ne vois pas quel est le problème de transparence. Mais, je ne dis pas non plus que le Fmi a regardé le dossier et qu’il n’y a pas de problème. Je dis que jusqu’à présent, les éléments que je détiens, aujourd’hui, ne me permettent pas de dire que le dossier n’est pas transparent. Chaque fois que je constate un problème sur des questions de transparence et que je détiens des documents qui le montrent, je les montre et je l’ai fait sur des marchés de gré à gré et sur beaucoup de choses. Maintenant, il ne faut pas parler de silence du Fmi sur une question qui n’est pas transparente alors que le dossier qui peut justifier cela n’est pas présenté. Donc, il faut que les gens se renseignent aussi.

A l’état actuel de vos informations, le Fmi n’a pas encore le dossier de la Sonatel ?

J’ai reçu quand même des informations concrètes sur le déroulement de l’opération. Les documents que j’ai maintenant expliquent que les lois et réglementations sénégalaises vont être respectées et que, si la vente de la Sonatel, si l’Etat décide finalement de le faire, est effective, les ressources seront utilisées après approbation parlementaire. Si les lois sont respectées et qu’on demande l’autorisation des parlementaires qui doivent décider, je ne vois pas de problème de transparence.

En tant qu’économiste, comment expliquez-vous qu’on puisse vendre les actions d’une société qui marche et qui fait des bénéfices ?

Vous savez, il y a beaucoup d’économistes qui ont fait des analyses sur cette question. Il y a une analyse très intéressante de l’économiste Moubarack Lô qui fait toujours des analyses très pertinentes. La situation des finances publiques est très difficile dans un contexte international encore très compliqué. Vous savez très bien que l’Etat, au cours des dernières années, a eu un niveau de dépenses très élevé, avec une politique de subvention très coûteuse pour l’Etat et d’autres problèmes comme les dérapages budgétaires que nous avons dénoncés l’année passée. Cela a créé des tensions de trésorerie importantes, une accumulation importante de dettes intérieures. Une grande partie de cela a été aujourd’hui assainie. Maintenant, on critique beaucoup les dérapages budgétaires, mais quand même, il faut reconnaître qu’il y a de bons points que je constate. Aujourd’hui, une grande partie de la dette intérieure officielle a été réglée, je n’ai pas dit la totalité, mais une grande partie. Le problème auquel le gouvernement est confronté, c’est que, avec la crise financière internationale, il y aura une forte baisse de la fiscalité que nous avons estimée à 130 milliards. Il y aura moins d’importations, il y aura une baisse de la croissance, les sociétés vont faire moins de bénéfices.

Alassane Samba Diop (RFM) & Jean-Pierre Mané (A suivre)

(Source : L’Observateur, 18 avril 2009)

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