twitter facebook rss

Articles de presse

Imprimer Texte plus petit Texte plus grand

Afrique-Formation : la révolution MOOC a-t-elle eu lieu ?

lundi 15 mai 2017

Entre les promesses de l’ouverture et les réalités de l’appropriation : quels sont les impacts en termes de pédagogie ? Existe-t-il des spécificités africaines ? Éléments de réponse avec des experts.

« Un jeune étudiant africain, sac en bandoulière, tenant à la main une tablette sous un soleil de plomb au milieu d’un paysage désertique. » Telle est l’image que proposait la plateforme de MOOC Coursera en 2012 sous l’onglet « À propos ».

Cette illustration faisait écho à leur slogan de l’époque qui promettait « une éducation meilleure, accessible gratuitement, à tous dans les pays développés et en développement dans le but d’améliorer leur vie et celles de leurs familles et communautés ».

Daphne Koller, cofondatrice de la plateforme, expliquait dans une interview donnée au journal Le Monde que son ambition était ainsi de « libérer l’enseignement », « d’éduquer les gens et d’offrir les meilleurs cursus universitaires au monde entier, gratuitement » pour « une vie meilleure ». Nous étions alors en plein boom médiatique de « la révolution des MOOC », accompagné d’une rhétorique de l’ouverture et de l’universalité des savoirs.

Une ambition de développement

À l’âge d’Internet, du partage et de l’horizontalité, l’éducation allait enfin pouvoir accomplir son ambition de développement dans les pays du Sud, notamment via les MOOC. Cependant, les espoirs – et les craintes – à l’égard des nouvelles technologies ne sont pas récents et traversent toute l’histoire de l’éducation à distance, depuis la formation par correspondance, première technique de communication largement employée, jusqu’à la formation « numérique », dont les campus numériques en sont une des illustrations dans les années 2000.

La seconde vague de MOOC développés à partir de 2012 (après un premier format créé en 2008 : MOOC connectiviste) a suscité un engouement médiatique important. Ils n’ont pas échappé à la règle à la fois des discours empreints de « solutionnisme » technologique et des réticences d’un système social, politique, économique et éducatif que le numérique tend à reconfigurer.

Quelques années sont passées et les stratégies de ces plateformes numériques privées, implantées dans cet écosystème, ont quelque peu perdu de vue la notion d’ouverture ; certes, l’accès aux contenus est gratuit dans la plupart des cas, mais s’accompagne dorénavant d’un coût pour tout service supplémentaire, par exemple pour l’obtention d’un certificat.

Des MOOC adaptés au contexte africain

Lorsqu’on est impliqué dans la production de tels dispositifs, comment dépasser cette opposition entre mythe du partage et de la collaboration et récupération inévitable des savoirs par les nouvelles formes du capitalisme informationnel ou cognitif ?

Comment penser de façon pragmatique ce lien entre numérique, éducation et impact social ? Ce sont des réflexions que le Centre Virchow-Villermé de santé publique mène depuis 2013 dans le cadre de ses missions d’enseignement et de recherche. Dans le but de proposer des formations en santé publique et globale, transversales et ouvertes à un public international, le développement d’une fabrique à MOOC (MOOC Factory) a permis de produire 20 MOOC, qui touchent notamment un grand nombre de participants en Afrique francophone. En 2016, les nationalités les plus représentées sur la plateforme française FUN étaient le Maroc (3e position), la Côte d’Ivoire (5e), l’Algérie (6e) puis le Cameroun, le Sénégal et la Tunisie.

Cette activité de production s’est toujours accompagnée d’un regard réflexif et critique sur ce « phénomène MOOC » grâce à un travail de recherche mené en Sciences de l’Information et de la Communication sur l’ajustement de l’offre et des dispositifs d’éducation proposés.

Penser la conception, la production et la diffusion de MOOC de la façon la plus proche et la plus adaptée au contexte africain est notre principale préoccupation aux côtés bien entendu d’autres acteurs européens et internationaux majeurs (Unesco, AUF, ou EPFL pour n’en citer que quelques-uns).

Il s’agit d’avoir conscience des risques d’imposition que peuvent jouer les MOOC, tout d’abord sur le contenu enseigné et son format, ces derniers (ressources aussi bien que dispositif d’enseignement) étant issus d’un modèle pédagogique européen ou nord-américain.

Il est par ailleurs primordial de prendre en considération les difficultés d’accès et d’accessibilité au MOOC dont la première barrière concerne l’accès à l’électricité. Le récent développement de l’énergie solaire pourrait se révéler une alternative, mais soulève la question de coût inaccessible.

Le problème d’électricité ouvre ainsi bien d’autres obstacles ; coût d’accès à une connexion Internet stable, problématique de la bande passante, mais aussi absolue nécessité d’avoir les compétences numériques permettant la navigation sur de telles plateformes. Sans oublier que la connaissance de l’existence des MOOC chez les étudiant(e)s africain(e)s est faible.

Finalement, il s’agit de se poser la question des modalités (forme et contenu) de l’éducation proposée dans ces pays et surtout de leur adéquation aux besoins locaux en termes de développement durable dans le domaine de la formation.

Quelques pistes

En gardant un œil critique sur nos propres actions, nous avons expérimenté quelques voies que nous exposons ici.

Tout d’abord, le développement de nos MOOC en Afrique et dont la thématique concerne cette région du monde passe par l’engagement des universités locales et par un réseau de collaborations avec des partenaires spécialistes de ces questions. Un exemple de ce type d’initiative est le MOOC « Changement climatique et santé dans le contexte africain », fruit d’une étroite collaboration entre le Burkina Faso, la France et l’Allemagne. Le cours – choix du chapitrage, des thèmes à aborder, des images d’illustrations, des activités pédagogiques – a été réalisé conjointement avec le Centre de recherche en santé de Nouna afin d’approcher au plus près les questionnements propres au contexte régional. La majeure partie (75 %) des tournages a eu lieu au Burkina Faso et a impliqué des experts du terrain présentant divers cas pratiques sur la région.

Malgré cette approche contextuelle, proposer un contenu qui réponde au mieux à l’environnement local ne règle pas la question de l’accès à ces contenus. Nos recherches sur les usages des MOOC, avec une démarche à la fois qualitative (entretiens sur le suivi des MOOC) et quantitative (analyse des traces utilisateur), permettent de mieux comprendre les pratiques des apprenants et notamment le « braconnage » à l’œuvre pour s’adapter aux difficultés d’accès et de connexion à la plateforme.

Les résultats dont nous disposons montrent notamment l’importance de la téléphonie mobile parmi les terminaux numériques utilisés pour accéder au MOOC. Dans le cadre d’une analyse portant sur les traces des participants d’un MOOC, nous observons une utilisation des supports Androïd plus élevé en Afrique subsaharienne comparée à la France (3 % en France contre 23 % en Côte d’Ivoire, 21 % au Cameroun et 18 % au Sénégal). Ils attestent de pratiques séquentielles d’utilisation de la plateforme (téléchargement des vidéos par exemple pendant la nuit puis visionnage hors ligne et retour sur la plateforme pour répondre aux quiz) permettant de contourner les limitations liées à une bande passante insuffisante.

Notre expérience de diffusion de MOOC en Afrique francophone montre aussi l’importance des documents au format PDF et des transcriptions des vidéos qui offrent des alternatives au téléchargement de vidéos longues et coûteuses en bande passante. Ces recherches aident à penser la structure même du MOOC. C’est ainsi que le projet en cours #MOOCLive a été conçu. Il consiste en la création de 6 MOOC avec l’intégration d’une analyse progressive du parcours des participants afin de proposer au fur et à mesure des résultats obtenus diverses adaptations. Dans l’intention, encore une fois, de pallier les problématiques d’accès à Internet, nous testons également d’autres supports de diffusion (clef USB pour les cours, la KoomBook de Bibliothèques sans Frontières, etc.).

Un dernier point consiste en une réflexion sur la notion même d’ouverture et d’appropriation des contenus du Centre Virchow-Villermé par les universités qui le souhaiteraient. Dans cette perspective, l’ouverture est envisagée non pas seulement sur des critères de visibilité en ligne, mais aussi de possibilité de réappropriation des contenus (réutilisation, adaptation) avec l’utilisation de licence Creative Commons. Le Centre Virchow-Villermé privilégie les licences Creative Commons CC BY-SA (attribution et partage dans les mêmes conditions) puisqu’elles lui paraissent les plus compatibles aux attentes dont les MOOC se faisaient les porteurs (gratuit, ouvert, massif, en ligne) et dans la continuité des projets de ressources éducatives libres menés au sein de l’enseignement supérieur.

Ce n’est là qu’une partie d’un ensemble d’initiatives qui se montent actuellement, parmi lesquelles on compte encore le projet Soha (Science ouverte en Afrique francophone et en Haïti) ou le projet MOOC Afrique de l’EPFL (École polytechnique fédérale de Lausanne). Sans retomber dans une posture solutionniste, l’idée première est d’accepter que les réponses soient trouvées dans chaque contexte donné et d’offrir, si cela est possible et de manière adaptée, les conditions les plus favorables pour permettre une réappropriation et le développement des configurations, répondant le plus aux besoins et attentes de chacun.

Celya Gruson-Daniel et Ali Sié

(Source : Le Point Afrique, 15 mai 2017)

Inscrivez-vous a BATIK

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez toutes nos actualités par email.

Navigation par mots clés

153 153 153 144 144 144 238 238 238 168 168 168 145 145 145 170 170 170 171 171 171 160 160 160 172 172 172 173 173 173 154 154 154 174 174 174 226 226 226 155 155 155 176 176 176 177 177 177 237 237 237 250 250 250 241 241 241 157 157 157 178 178 178 251 251 251 236 236 236 180 180 180 259 259 259 181 181 181 159 159 159 248 248 248 183 183 183 239 239 239 256 256 256 185 185 185 162 162 162 186 186 186 187 187 187 191 191 191 192 192 192 234 234 234 194 194 194 195 195 195 196 196 196 197 197 197 198 198 198 199 199 199 229 229 229 233 233 233 202 202 202 228 228 228 204 204 204 232 232 232 206 206 206 253 253 253 208 208 208 209 209 209 210 210 210 211 211 211 212 212 212 213 213 213 214 214 214 254 254 254 217 217 217 218 218 218 249 249 249 219 219 219 220 220 220 230 230 230 222 222 222 252 252 252 255 255 255 242 242 242 243 243 243 244 244 244 245 245 245 246 246 246 258 258 258 260 260 260 48 48 48 61 61 61 59 59 59 12 12 12 11 11 11 70 70 70 53 53 53 127 127 127 132 132 132 75 75 75 123 123 123 15 15 15 52 52 52 110 110 110 49 49 49 14 14 14 28 28 28 13 13 13 73 73 73 164 164 164 77 77 77 112 112 112 113 113 113 18 18 18 102 102 102 105 105 105 78 78 78 119 119 119 65 65 65 47 47 47 16 16 16 120 120 120 90 90 90 133 133 133 81 81 81 116 116 116 20 20 20 135 135 135 136 136 136 137 137 137 21 21 21 129 129 129 35 35 35 22 22 22 67 67 67 7 7 7 79 79 79 69 69 69 108 108 108 84 84 84 87 87 87 96 96 96 23 23 23 25 25 25 106 106 106 82 82 82 32 32 32 76 76 76 72 72 72 115 115 115 26 26 26 104 104 104 29 29 29 58 58 58 30 30 30 46 46 46 31 31 31 62 62 62 88 88 88 55 55 55 101 101 101 86 86 86 10 10 10 80 80 80 114 114 114 92 92 92 100 100 100 85 85 85 36 36 36 125 125 125 37 37 37 38 38 38 109 109 109 74 74 74 51 51 51 50 50 50 39 39 39 83 83 83 40 40 40 66 66 66 68 68 68 93 93 93 99 99 99 60 60 60 57 57 57 24 24 24 41 41 41 42 42 42 134 134 134 19 19 19 43 43 43 111 111 111 17 17 17 117 117 117 97 97 97 94 94 94 54 54 54 71 71 71 122 122 122 33 33 33 56 56 56 131 131 131 98 98 98 34 34 34 89 89 89 91 91 91 45 45 45 107 107 107

INTERNET EN CHIFFRES

- Bande passante : 25 Gbps
- 2 FAI (Orange et Arc Informatique)
- 8 592 990 abonnés Internet

  • 8 304 319 abonnés 2G+3G (96,6%)
  • 166 539 clés Internet (1,9%)
  • 103 706 bonnés ADSL (1,2%)
  • 18 426 abonnés bas débit (0,2%)

- Taux de pénétration des services Internet : 57,59%

(ARTP, 31 mars 2017)

- 7 260 000 utilisateurs
- Taux de pénétration : 50,70%

(Internet World Stats 30 juin 2016)

- 4463 noms de domaine actifs en .sn

(NIC Sénégal, 21 avril 2017)

TÉLÉPHONIE EN CHIFFRES


Téléphonie fixe

- 2 opérateurs : Orange et Expresso
- 288 652 abonnés
- 1 156 lignes publiques
- Taux de pénétration : 1,95%

(ARTP, 31 mars 2017)


Téléphonie mobile

- 3 opérateurs (Orange, Tigo et Expresso)
- 15 281 488 abonnés
- Taux de pénétration : 103, 25%

(ARTP, 31 mars 2017)

FACEBOOK

- 2 300 000 utilisateurs

(Internet World Stats, 30 juin 2016)