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Afrique : Dak’art 2008 - Le bourbier numérique

mardi 13 mai 2008

Malgré l’absence de codes esthétiques lisibles, la place du numérique dans la sélection officielle de la Biennale de l’art africain contemporain ne décroît pas. L’événement est devenu très branché et ressemble de plus en plus à un salon de vidéastes. Le Dak’ art ne va-t-il pas perdre le fil ?

Parcourir l’exposition internationale de la Biennale de l’art africain contemporain (Dak’art) réserve quelques bonnes surprises. Réparties entre le musée Théodore Monod de l’Ifan et la Galerie nationale, certaines réalisations réconcilient les amateurs d’art avec cette grand-messe qui se tient à Dakar tous les deux ans.

A voir la Grande muraille du Sénégalais Ndary Lô, les tableaux du Marocain Rahmani Zakari, les sculptures osées et captivantes du Nigérian Osaretin Ighile, ou celles de l’Ivoirien Jems Robert Kokobi, il est difficile de contester que Dak’art reste une plateforme artistique pertinente, qui vaut le détour. Il y a dans la démarche de certains créateurs sélectionnés les quelques ingrédients fort utiles qui fondent la réussite d’un événement de ce genre : prétention assumée à l’universel et esthétique personnelle.

Mais d’un autre côté, la Biennale de Dakar, du moins son driving force que constitue l’exposition internationale, laisse perplexe. L’invasion de la vidéo a réduit la manifestation à un chassé-croisé entre rideaux noirs et passages dans des chambres obscures d’où l’on sort avec une impression très mitigée. L’art numérique signe la défaite du style.

Chez la plupart des artistes présents à l’exposition internationale du Dak’art, il n’y a, en réalité, qu’un travail minime de création sur ces nouveaux supports d’expressions. Certaines installations ne bouderaient pas le cachet d’un vidéaste débutant. Sous cet angle, le travail du Sénégalais Kane Abdoulaye Armin sonne comme un heureux refus du piège de la facilité...

Visiblement, le mimétisme ambiant dans le milieu artistique a fini par contaminer la Biennale. De ce point de vue, il n’est pas exagéré de considérer le numérique comme une tumeur qui, à chaque édition, grossit. Qui fait que Dak’art est en passe de devenir une véritable quincaillerie digitale. Faut-il y voir une fébrilité du Comité de sélection, un désir de faire tendance, ou une volonté d’alignement sur ce qui se fait ailleurs, au risque d’y laisser son âme ?

Le penchant du Dak’art pour le numérique, au détriment d’autres formes d’expressions, la bande dessinée par exemple, est un reproche récurrent, qui refait surface à chaque Biennale. Mais, il n’y a pas encore, à ce jour, une réflexion approfondie sur ces nouvelles formes d’art, qui fascinent plus par leur côté pragmatique que par leur force esthétique.

Jusqu’à quand peut-on se payer le luxe de repousser ce débat ? Il y a urgence. Il y va de l’attractivité du Dak’art qui ne doit pas être réduite à une réplique tropicale des grands rendez-vous artistiques. Il y va aussi de la pertinence de la Biennale qui doit tenir son rang de carrefour du bon génie africain dans le domaine des arts visuels.

Abdou Rahmane Mbengue

(Source : Wal Fadjri, 13 Mai 2008)

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