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Accueil > Ressources > Points de vue > 2005 > Abdoulaye Wade reçoit le premier Prix de la Société de l’Information

Abdoulaye Wade reçoit le premier Prix de la Société de l’Information

jeudi 19 mai 2005

Lors de la Journée mondiale de la Société de l’Information, le Président du Sénégal souligne le besoin d’une conférence internationale sur le financement de la solidarité numérique

V.E. M. le Président Abdoulaye Wade, que vous inspire la remise du premier Prix de la Société de l’Information ?

Ce n’est pas tant la remise du prix qui importe que la reconnaissance par la communauté internationale du 17 mai comme la « Journée mondiale de la Société de l’Information ». Ce faisant, les Etats reconnaissent que nous entrons dans une nouvelle ère, celle d’une société de l’information. En me remettant ce prix, les Nations Unies soulignent leur exigence d’une nouvelle solidarité internationale. Ce point est essentiel car nous ne pouvons envisager la société de l’information en maintenant les clivages qui ont perduré entre le Nord et le Sud durant ces dernières décennies.

Le FSN, que vous avez fondé, reçoit-il un large soutien de la part de la communauté internationale ?

Les décisions adoptées à l’unanimité par les Nations Unies montrent que le Fonds dispose aujourd’hui de la reconnaissance de toute la communauté internationale. C’est un succès qui est largement dû aux responsables du Fonds que je tiens à associer à la remise de ce prix. Il s’agit maintenant d’ancrer le Fonds et son mécanisme innovant de financement dans le droit international (le « pour cent de solidarité numérique » prélevé sur les transactions de produits ou de services numériques). C’est le défi que nous lançons pour les prochains mois. Le Fonds est une nouvelle initiative et comme toute nouvelle proposition, elle suscite des interrogations, notamment dans les milieux qui craignent les changements.

Comment financer le combat contre la fracture numérique ?

Les Présidents Chirac, Lula et Lagos ont lancé en janvier 2004, à Genève, avec l’appui du Secrétaire général des Nations Unies, un appel pour le développement de nouveaux mécanismes financiers pour répondre aux Objectifs du Millénaire. Sur proposition de 77 Etats, les Nations Unies ont endossé l’année passée à New York, l’appel des Présidents Chirac, Lula et Lagos. Nous escomptons le même un appui pour notre initiative du « pour cent de solidarité numérique », tout en précisant que d’autres sources de financements sont possibles.

La réduction de la fracture numérique que le Président Mandela exigeait déjà à la fin des années 90 est un enjeu déterminant pour l’avenir des pays en développement. L’exclusion de facto de ces Etats de la mondialisation, en leur refusant l’accès aux connaissances et aux savoirs, est inacceptable. Priver 80% de la population mondiale des accès aux TIC revient à nier leur existence culturelle, économique et politique. Ce n’est évidement pas le monde que nous envisageons au seuil du XXIe siècle.

Quelle est la responsabilité des pays qui ont accès aux TIC, notamment les pays industrialisés ?

Elle est immense dans la mesure où ils sont les principaux bénéficiaires de la société de l’information et qu’ils sont les mieux placés pour en évaluer les avantages. L’ensemble des acteurs politiques et économiques du Nord sont concernés.

Le FSN, en s’ouvrant, à côté des Etats, aux collectivités locales, aux entreprises et à la société civile jette les bases d’une nouvelle solidarité mondiale.

Vous préconisez l’organisation d’une conférence internationale sur le financement de la fracture numérique ?

C’est une étape essentielle pour le développement du Fonds. Les projets nécessitent des ressources à la hauteur des enjeux, estimés à plusieurs milliards d’Euros. La conférence devra adopter un accord international fixant les modalités du financement d’une société de l’information plus solidaire.

Quel est le message que vous voulez transmettre aux entreprises du secteur numérique ?

L’engagement du secteur privé est cardinal. Le Fonds attend un engagement sans ambiguïté des entreprises. Celles-ci sont directement intéressées à ce que le Fonds investisse dans les marchés actuellement insolvables. Le « pour cent de solidarité numérique » n’est pas une taxe mais un investissement des entreprises pour leur ouvrir de nouveaux marchés. Il est donc juste qu’elles s’associent au Fonds pour réaliser cet objectif. De plus, les entreprises sollicitées sont les premières bénéficiaires des achats du Fonds. Dès lors, elles sont doublement gagnantes dans ce processus, d’autant qu’elles sont également étroitement associées à la gestion des ressources du FSN. Le Fonds est en effet l’illustration d’un « ppp » (partenariat privé - public), notion soutenue par le World Economic Forum, Global Compact et les Nations Unies.

Y-a-t-il un rôle pour la coopération décentralisée dans le développement du Fonds ?

L’implication des collectivités locales dans le FSN est l’un des points forts de cette démarche. Nous ne résoudrons aucun problème de développement sans un engagement déterminé des collectivités locales dans les politiques de coopération. Les objectifs du Millénaire exigent cet engagement. C’est tout particulièrement vrai en matière de technologies de l’information. Les collectivités locales disposent d’une expérience essentielle qu’elles doivent partager. C’est l’essence même d’une société fondée sur la communication. Toutes les collectivités locales doivent s’engager en faveur de l’application du principe du « pour cent de solidarité numérique » en l’introduisant dans leurs appels d’offres touchant des produits ou des services numériques. Les villes de Dakar et de Genève sont les premières à avoir franchi le pas. Elles ont démontré que la solidarité ne relève pas seulement du discours mais qu’elle fonctionne dans l’intérêt de tous.

(Source : Le bulletin d’information du FSN No. 6, 18 mais 2005)

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