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10 ans de réseau social : Quand Facebook rapproche les Sénégalais de la diaspora et leurs familles

jeudi 13 février 2014

Médias/Réseaux sociaux

Fondé en février 2004, Facebook, avec son Adn fait d’interactivité, d’intermédiarité et de proximité, raccourcit plus que jamais les distances. Les Sénégalais de la diaspora l’ont bien compris avec une pratique parfois entre vie privée et professionnelle, souvent en rapport avec le pays d’origine. Un « cyber-reportage » entre clics, messages privés et « spokes » partagés, le statut entre Paris, Tokyo, Rouen, Washington Dc, Lyon.

« En visitant le profil d’une demoiselle dont un ami me parlait et en regardant ses photos, j’ai décidé de prendre contact avec elle. Des rencontres s’en sont suivies. Elle est actuellement ma femme », témoigne Abou, utilisateur de Facebook depuis 2010, âgé de 28 ans, ingénieur de recherche et de développement à Rouen.

Le réseau social où est abonné le sixième de la population mondiale est utilisé parfois comme un lieu virtuel de rencontres ou de drague. De ses 10 ans d’existence, les anecdotes de drague sur Facebook sont à la portée d’un clic.

Les excès de la drague

Abdoulaye, plus connu sous le pseudonyme de Mista Aw, six ans de réseau social, la quarantaine, fondateur et directeur d’un groupe de consultance multimédia à Washington DC (Etats-Unis), raconte un épisode tout aussi illustrant du phénomène : « Une fois, j’avais mis la photo de ma nièce comme photo de profil.

En 24h, j’ai reçu plus d’une centaine de demandes d’amis sans compter une cinquantaine de messages « salés » frisant l’indécence. Jusqu’à aujourd’hui, je reste choqué par l’enfer que peuvent vivre les femmes sur les réseaux sociaux... ». Pour la drague, il y a de plus en plus de parité dans la prise d’initiative sur Facebook.

Mais il serait réducteur de résumer Facebook comme un outil pour séduction. « C’est un outil à la mesure de son utilisateur qui doit savoir bien l’utiliser, reprécise Aly Diab, sur Facebook depuis 2009, âgé de 27 ans, étudiant à J.F Oberlin University Tokyo (Japon) ».

En effet, les définitions et pratiques du réseau social le plus développé au Sénégal sont multiples. « Facebook est un excellent moyen de rester en contact avec des gens pour qui on n’a pas de liens directs dans « la vraie vie », comme les amis et la famille éloignés, confie Niouma, étudiante franco-sénégalaise de 24 ans à Paris et utilisatrice du réseau social depuis 2010. C’est une particularité du réseau social qui attire la diaspora sénégalaise vers Facebook.

En effet, avec Skype et Viber, entre autres, l’outil créé par Mark Zuckerberg a su supplanter Msn qui détenait, il y a une décennie, le monopole du dialogue en temps réel.

« Faire partie de la diaspora et pouvoir discuter en temps réel avec les Sénégalais de l’intérieur, c’est formidable, écrit Samba, qui fait l’impasse sur son âge par coquetterie, mais précise être juriste en Droit international, membre actif de la diaspora sénégalaise ».

Partage privé-public

Draguer, discuter, partager et échanger avec la communauté sénégalaise font de Facebook un mélange de Ppp (un partage entre privé et professionnel ou publique).

Certains n’hésitent d’ailleurs pas à faire le passage du pro au perso. « J’ai une utilisation plus perso à hauteur de 60%, pianote un Sénégalais trentenaire, requérant l’anonymat mais qui confie être utilisateur de Facebook depuis 2007 et travaille dans le domaine du Marketing à Montréal.

Mista Aw se différencie en déclarant « se servir de l’outil Facebook pour étendre et élargir son réseau professionnel. Ce qui lui permet même d’y trouver des clients ». Tout le contraire de Mamadou, journaliste de 33 ans, établi à Berlin et utilisant Facebook depuis 2009 : « Je l’utilise le plus souvent dans un cadre privé, c’est-à-dire en discussion avec des amis et autres connaissances.

Toutefois, il m’arrive d’en faire un usage professionnel ». Binette, 23 ans, étudiante en Comptabilité, qui vit à Aubervilliers (Ile-de-France), apporte un éclaircissement sur ce duel public-privé : « Sur Facebook, les gens ne font plus la différence entre vie privé et vie publique.

Ceux-là oublient que leurs publications sont vues par tous et aussi qu’il n’existe pas de droit à l’oubli ». Certes, mais il y existe bien un droit à une idéologie ou des centres d’intérêts politiques.

« Je tiens à préciser mon militantisme dans les associations et partis politiques, envoie en message privé Samba. Facebook est d’une grande aide dans la transmission d’informations. Dans ce sens, c’est un excellent outil de communication pour nous acteurs associatifs et militants politiques ».

Insolites et militantisme

Pour la diaspora, Facebook peut être d’une utilisation hétéroclite allant d’un appel au don pour la campagne pour la lutte contre le cancer du sein à un statut sur le dernier match de football de l’équipe nationale. Être trop sérieux n’est pas très sérieux, paraît-il. Ainsi, les anecdotes insolites se succèdent, certaines passent de virtuelles à réelles.

« En 2008, j’avais changé ma date d’anniversaire sur Facebook et on m’a fait une fête surprise dans la vraie vie », se souvient l’anonyme de Montréal. Ben, 42 ans, de Paris et cadre dans le privé, utilisateur de Facebook depuis 2012, n’a pas le même souvenir réjouissant.

« Par méprise, j’ai partagé un document confidentiel que je devais corriger pour un ami, raconte-t-il. Cette méprise m’avait mis dans tous mes états et depuis lors, je n’utilise plus la messagerie Facebook pour ce genre de correspondance, mais bien ma boîte mail perso ». Même le côté virtuel de Facebook n’empêche pas de réels embarras.

« J’ai accepté une invitation sur l’un de nos groupes et subitement, je ne recevais que des photos ou messages à caractère pornographique », regrette Abou. Et parfois, ce sont des images déjà publiées qui peuvent ressurgir à la suite d’une réinitialisation. C’est ce qui est arrivé à El Hadji, 25 ans, actuaire en alternance à Lyon, utilisateur de Facebook depuis quatre ans.

Pas de lapsus calami, mais s’approchant d’un lapsus linguae, des incompréhensions linguistiques peuvent y être signalés du fait du mélange des cultures et des origines.

Aly, l’étudiant sénégalais au Japon, peut en témoigner avec quelques tapotements de clavier. « J’avais posté en wolof en y ajoutant le smiley (ndlr, signe pour montrer un état d’esprit ou une émotion) de quelqu’un en colère, se rappelle-t-il.

Certains habitants de la localité où je vivais l’ont vu, ne comprenant pas le wolof mais voyant juste le smiley, ils ont pensé que quelque chose s’était passé avec ma famille d’accueil. Il a fallu les rassurer en leur disant que c’était juste le fait de perdre des données qui m’avait rendu en colère ». De plus en plus concurrencé, surtout chez les ados par Twitter et autres Instagram, Facebook a encore de beaux jours devant lui pour la diaspora sénégalaise.

D’ailleurs, beaucoup d’entre eux sont conscients d’en être accrocs et les applications sur les smartphones amplifient le phénomène. Le réseau social pourrait même être l’objet de changements dans les rapports sociaux. « Facebook peut conduire à une recomposition des liens sociaux, avertit Aly. Un groupe de personnes peut partager un même espace sans pour autant être en interaction. C’est juste la rencontre de plusieurs individualités.

Avec ses 10 ans, Facebook n’est plus à l’âge de l’éveil et des découvertes, mais à celui de la consolidation des acquis comme le rôle de monopole que lui revendique de plus en plus Twitter.

Moussa Diop

(Source : Le Soleil, 13 février 2014)

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